Une vie parisienne

Vendredi 26 juin 2009

On est resté un instant allongé, en sueur, sans rien dire, juste à souffler et à se remettre de nos émotions dans les draps trempés et défaits comme deux corps morts, les yeux dans le vague, accrochés au vide sidérant du plafond. Je venais de passer un moment de pure exaltation à m’en faire péter les sens et je me sentais mort, sans force, épuisé, déconnexé de tout dans un état décrit comme une petite mort. Juste la tête lourde et un gout de sang dans la bouche. Et puis le cœur qui bat à tout rompre, et le souffle court du marathonien à l’arrivée.

J’ai touché sa main, elle était bouillante. J’ai remonté le long de son bras collant et chaud et je me suis retourné pour la regarder. Elle semblait ailleurs, incapable de parler, le visage empêtré dans une masse de cheveux poisseux. Je les lui ai ramené sur le coté et lui ai caressé la joue, elle m’a pris la main dans la sienne et s’est retournée à son tour pour me dévisager, le visage grave, scrutateur, les yeux plongés au fond de mon âme.

-                     Tu es un drôle de type, Louis.

-                     Qu’est ce que tu veux dire ?

-                     Tu restes mystérieux pour ceux qui te connaissent, tu parais simple à comprendre mais tu ne livres qu’une partie de toi, le moins possible.

-                     Pourquoi tu dis ça ?

-                     Je dis ce que je pense.

-                     Pourquoi ?

-                     Parce que tu ne dis rien justement. Tu ne te livres jamais entièrement, il faut tout deviner, tu caches des blessures, des cicatrices.

-                     Il n’y a rien à dire.

-                     Il y a beaucoup à dire justement, tu traines un blues permanent, tu vis avec, tu travailles avec, tu dors avec, tu baises même avec.

-                    

-                     Parfois tu es là et tu semble ailleurs, je te parle même et tu n’entends pas, tu traines dans ton monde, tout seul, je me demande même parfois jusqu’à quelle mesure le monde réel peut avoir de l’importance pour toi !

-                     Tu crois que je me fiche de tout ?

-                     Non, je sais que tu prends les choses à cœur et que tu as même un degré d’empathie hors du commun, mais tu es là et en même temps tu sembles ailleurs…

-                     Ouais, c’est le bordel, hein !

-                     Inutile d’ironiser, je te parle sérieusement.

-                     ….je sais. Mais comment dire…j’aimerais être plus simple, moins m’en faire et être un parfait petit soldat, mais je n’y arrive pas.

-                     Tu fais tout en dilettante.

-                      Au sens péjoratif ?

-                     Carrément, oui ! ton boulot te plaît ?

-                     Non.

-                     Pourquoi le fais-tu alors ?

-                     C’était une simple opportunité, j’en faisais un autre, je voulais changer, celui-ci me tentait bien alors j’ai sauté sur l’occasion, il y avait cent candidats pour le poste, c’est moi qui l’ai eu, c’est tout.

-                     Et celui d’avant ?

-                     C’est une autre histoire ! mais dans le fond, c’était aussi une histoire d’opportunité.

-                     Mais avant encore ? tu voulais faire quoi ?

-                     Rien, je n’ai jamais eu d’idées précises, même après le bac je voulais entrer en fac d’Anglais, d’Histoire, de socio, entrer aux beaux arts, devenir photographe, travailler dans la pub, bosser pour un musée, malheureusement il a fallu que je parte, alors j’ai attrapé les boulots comme on surf une vague, et quand j’analyse tout ça, je me dis que j’ai vachement bien surfé, pas une fois j’ai bouffé le sable !

-                     Sauf qu’au fond, tu n’as jamais fait ce que tu voulais réellement faire.

-                     C’est vrai.

-                     La fille, c’est toi, juste toi, Louis. Elle est une manifestation de ton esprit. C’est toi qui la fais vivre, elle est là, dans ta tête. C’est pour cette raison que personne d’autre que toi ne la voit.

-                     Ça n’est rien que ça alors ?

-                     Oui, je pense que c’est ça.

-                     En gros je me tape un « bad trip » tout seul sans acide !

-                     En gros oui.

-                     Je te dois combien docteur ? je ne suis pas cinglé quand même, je l’ai vue avec mes yeux, je lui ai parlé, elle m’a répondu, c’était foutrement réel, merde !

-                     Tu devrais peut-être voir un psy ?

-                     « no way ! » n’y pense même-pas !

-                     Comme tu veux. Je te donne simplement la meilleure explication que j’ai pu trouver. Maintenant si tu en as une autre…

-                     Non, rien, rien d’autre que le hasard, un peu de mystère et….je ne sais pas quoi d’autre, c’est très déstabilisant.

 

Je me suis remis sur le dos, elle a posé sa tête sur ma poitrine et s’est tue. Je pouvais sentir les battements de mon cœur à travers elle.

-                     Parle-moi encore un peu de toi, dis-moi quel genre de petit garçon tu étais.

-                     Pourquoi tu veux savoir ça ?

-                     Pour mieux te connaître, pour t’aider à t’extérioriser.

-                     Il n’y a pas grand-chose à dire.

-                     Tu sortais ? tu faisais des bêtises ?

-                     Non, j’étais plutôt du genre renfermé, entre dix et quinze ans je vivais plongé dans mes livres, je dévorais des bibliothèques entières.

-                     Ta manière de fuir le monde réel ?

-                     Une manière d’échapper à l’ennui, plutôt ! j’avais une conscience assez aigue de la modestie de notre condition sociale, nous n’avions jamais de vacances, peu d’ouvertures sur le monde dans un quartier aussi gris qu’un coron. Je me sentais à l’étroit, je me sentais différend aussi. Jouer dans un club de foot ne m’intéressait pas, trop de braillards et de pères alcoolisés aux buvettes des stades, je trouvais ça pitoyable. J’ai fais une année de tennis dans un club où nous n’étions pas plus de cinq inscrit, ça n’a duré qu’un an, je suppose que ma mère ne savait pas quoi faire pour me faire sortir, j’étais d’un ennui désespérant !

-                     Et après ?

-                     Après, je me suis totalement lâché après avoir fait le plein de littérature ! j’ai découvert la musique appliquée au nihilisme, je suis devenu un petit con de rebelle ridicule! j’ai poussé en hauteur et en épaisseur, comme je n’étais pas comme les autres on se méfiait de moi, pourtant je ne cherchais pas les embrouilles, elles sont venues me trouver toutes seules !

-                     Comment t’en es-tu sorti ?

-                     Stoïquement, j’ai donné quelques baffes, après on me foutait  royalement la paix ! ensuite il y a eu les filles, un peu de drogue, un peu d’alcool, j’ai expérimenté comme on expérimente entre quinze et vingt ans quand il n’y a pas de père pour distribuer les bons coups de pieds au cul dans les moments opportuns.

-                     Tu as trouvé à t’intégrer dans une bande ?

-                     On peut dire ça, on a fait quelques conneries pas racontables, on a croisé la route de flics à quelques occasions, fait un peu de garde à vue, mais c’était pour la bonne cause !

-                     Tu t’en es sorti ?

-                     Tout seul, c’est pour ça que je suis parti très loin, directement, pour me retrouver ici, là, maintenant, harcelé par une muse des temps anciens, à moitié fée clochette, à moitié Jimmy Criquet.

-                     Peut-être parce que tu as gardé une âme d’enfant, tout au fond, comme Pinocchio tu dois apprendre à grandir, mais il y a un Peter Pan tout au fond, là.

Nat pointait mon cœur avec son index, je la repris dans mes bras, tout cela était ridicule.


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Par jlm
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Jeudi 25 juin 2009

J’ai attendu un peu avant de passer la porte et frapper à la sienne. Je voulais simplement lui laisser le temps de souffler avant de lui imposer ma présence.  Nat se conforme chaque fin de journée au même rituel, elle rentre, dépose ses clés dans le vide poche en bambou, sur la console à gauche, se déchausse et range ses escarpins ou ses bottes dans l’armoire à chaussures juste devant elle. Ensuite elle file vers la salle de bain en se déshabillant en chemin. L’appartement n’est pas suffisamment grand pour qu’elle y arrive dans le plus simple appareil, mais c’est juste une manière de gagner du temps et sauter dans la douche plus rapidement. En été elle enfile simplement une robe d’hôtesse ramenée du Liban, l’hiver elle opte pour une tenue d’intérieure molletonnée, dans le genre vieux survêtement usé mais confortable. L’un comme l’autre, j’adore, parce que je sais qu’elle ne porte jamais rien en dessous. C’est à la fois très sage parce qu’on ne voit rien et à la foi chargé d’une intensité érotisante quand on sait.

Ce changement de peau est vital, une coupure nécessaire avec le monde de dehors. Sa vie « dedans » est tout aussi importante pour elle, un temps privilégié pour son développement personnel, ses plongées dans les vieux livres chinés chez les bouquinistes ou les méthodes de méditation zen en musique. Parfois elle m’appelle pour regarder un film – le dernier, Mort à Venise nous à laissé endormis l’un contre l’autre au bout d’une demi-heure – dans des répertoires qui peuvent aller des vieux nanars de série Z remplis de monstres caoutchouteux jusqu’à la « nouvelle vague » en passant par l’avant-garde nord Européenne et les films romantique qui font pleurer les filles. Parfois elle passe me prendre pour descendre à un vernissage dans une improbable galerie du VIème arrondissement et se pointe toujours en tenue immonde, mais je crois qu’elle fait exprès.

Ce soir, je lui ai laissé un peu de temps avant de taper à sa porte. Elle m’a ouvert en souriant, les cheveux encore mouillés, avec son sourire doux et bienveillant, un sourire craquant, fondant, désarmant. C’est un sourire de femme et de mère tout à la fois, la promesse d’instants paisibles, comme un cocon protecteur. Près de ce sourire rien de grave ne pouvait arriver, au contraire, je pouvais lui parler de ce qui me tourmentait, elle m’écouterait attentivement.

-                     Salut Nat, ça va ce soir ?

-                     Disons que ça peut aller.

-                     Tu avais une petite voix au téléphone ce matin, tu as des problèmes ?

-                     Un énorme coup de blues qui m’a submergée ce matin, je me sentais vraiment mal, oppressée.

-                     Il y a une raison à cette crise d’angoisse ?

-                     Je n’en sais rien, pas mal de tension en ce moment avec cette foutue crise. Beaucoup de cynisme et de pression.

-                     Pourquoi tu ne m’écoutes pas quand je te dis que la banque ça n’est pas pour toi ?

-                     Que voudrais-tu que je fasse d’autre ?

-                     Je te verrais bien genre prof de méditation ! enfin, tu vois le genre…une sorte de gourou de l’âme et du corps.

-                     Ouais, j’y réfléchirais…Et toi ? qu’est ce qui n’allait pas ?

-                     Tu ne me croiras jamais !

-                     Et bien essaye !

-                     Je suis suivi par une fille depuis quelques jours.

-                     Oh ! mon pauvre ! et qu’est ce qu’elle a, elle est repoussante ?

-                     En fait elle ne me suit pas vraiment, elle apparaît sur mon chemin, comme ça et elle me dit que je dois changer de vie, que c’est important, ce genre de choses.

-                     ….

-                     Tu m’écoutes ?

-                     Oui, vas-y, continue, développe un peu !

-                     La première fois c’était du coté du boulevard Saint Michel et une galerie de Saint Germain dans la même après midi. On a causé un peu, on a échangé quelques points de vue sur l’art en général, quelques banalités. Ensuite je l’ai retrouvée quelques jours après près de l’hôtel de ville. On s’est fait prendre par une averse alors ont a été boire un café vers les halles avant qu’elle ne parte.

-                     Et sur quoi portait la conversation ?

-                     Pas grand-chose, des banalités, elle avait un grand sac avec des carnets à dessins détrempés, elle était déçue pour ses dessins.

-                     Une artiste ?

-                     Amateur.

-                     Tu l’as laissée filer alors ?

-                     Oui, tu sais bien que je ne suis pas du genre à m’imposer.

-                     Ensuite ?

-                     Ensuite, je l’ai retrouvée à la cité de la musique, il y avait une expo de photos.

-                     Je l’ai vue aussi, l’expo je veux dire…

-                     Je l’ai retrouvée avec son grand sac, ses crayons et ses carnets, et puis toujours la même robe qu’elle porte. Le plus étonnant c’est que Julien ne l’a pas vue, elle a disparue d’un coup, comme ça !

-                     Tu l’as vue disparaître ?

-                     Non, j’ai tourné la tête vers Julien et je me suis retourné elle n’était plus là. Pourtant elle était assise près de moi, j’aurais du le remarquer !

-                     Elle sait se faire discrète !

-                     Ouais, et bien ce matin elle était encore sur mon chemin, je l’ai retrouvée sur le Champ de Mars, même robe, mêmes carnets, mêmes crayons. On a marché un peu dans le parc et c’est là qu’elle m’a dit qu’elle était là pour moi, pour m’aider à changer, qu’elle était ma « muse », tu te rends compte ? n’importe quoi !

-                     Tu connais son nom ?

-                     Chloé, non Cléo, un truc comme ça.

-                     Clio ?

-                     C’est une voiture, ça, non ?

-                     C’est aussi le nom d’une muse, une vraie !

-                     On entre dans la mythologie, là ! Les grecs, l’olympe et les dieux querelleurs, mais on est à Paris et au XXIème siècle, tu ne m’aide pas beaucoup, là !

-                     Elle apparaît, elle disparaît, il n’y a que toi qui la vois…

 

Nat nous avait servi deux mojitos et s’affairait dans la cuisine à mitonner un petit plat de crevettes et riz thaï à la sauce parfumée, je sentais l’odeur du gingembre envahir le salon, chaude et subtilement épicée.

-                     Je ne crois pas au surnaturel et aux apparitions, il doit forcement y avoir une autre explication !

-                     Bon, de toute façon, visiblement elle ne te veut aucun mal, non ?

-                     C’est vrai !

-                     Alors laisse-toi aller, prend les choses comme elles viennent. Ce n’est pas comme si tu étais harcelé par une malade mentale !

-                     Et qui te dis qu’elle n’est pas malade ?

-                     Ouvre-toi l’esprit !

-                     Zen, hein ?

-                     Oui, sois zen !

 

Je me suis levé et m’étirant, je me suis approché d’elle doucement pour la prendre par la taille alors qu’elle s’occupait du repas. Je suis resté un moment comme ça et je lui ai déposé un baiser dans le cou avant d’enfoncer ma tête dans le creux de son épaule.


Photo : Jardin Zen de Peter SAMUELS

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Mercredi 24 juin 2009

En d’autres temps je lui aurais fait une vraie cour, et en d’autres circonstances elle aurait sans doute accepté de faire appartement commun, de vivre une vraie relation, mais j’avais déjà un divorce difficile derrière moi et j’étais trop épris de ma nouvelle liberté. De son coté elle avait toujours eue des relations compliquées avec ses ex, des alcooliques, des dépressifs, des grandes gueules, des dominateurs, des violents, des pleurnichards, des illuminés, des méprisants, des coureurs, des joueurs, des losers, parfois une combinaison d’un peu de tout ça et, même si elle n’avait pas renoncé à trouver celui qui serait un gentil mari qui lui ferait de gentils mômes avec un boulot, une situation et des projets d’avenir, elle préférait faire un break prolongé pour se purifier et se débarrasser des dernières traces du dernier à lui avoir pourri la vie. Le type bossait dans la même agence, l’avait travaillée au corps comme un bon commercial qu’il était. L’enjeu était de taille, c’est sa propre personne qu’il devait lui vendre.

Il lui avait fait le grand jeu mais il y avait dans ce jeu-là la ronde mortelle du charognard, l’approche du félin, celui qui s’apprête à manger tout cru et sur place. Un collectionneur qui pensait avec sa queue avant de penser avec sa tête, du genre à rouler en coupé sport pour bien signifier que les chiards c’est pas pour lui. « Contente-toi de ça bébé ! Je n’ai rien d’autre à offrir que le siège passager et ma matraque télescopique et si tu pouvais éteindre avant de partir… »

Il lui avait dit des « je t’aime », des « comme t’es belle ! » mais avait fini par la virer comme on jette un préservatif, ça ne sert qu’une fois. Nat en avait éprouvée une immense humiliation, d’autant plus sévère qu’elle continuait à le croiser chaque jour et que tout le monde était au courant. Si au moins on l’avait mise au courant à son arrivée ! Immonde bizutage qui vous cloue au sol et vous enfonce le nez dans la merde humaine quotidienne. Quel était le  problème de ce type ? Un manque d’amour en phase  pré pubère ? Victime de violences paternelles et de châtiments corporels ? Et quoi encore ?  Attraper les femmes comme un caprice, leur prendre le meilleur et les jeter sans y attacher plus de sentiment que si on jetait un vieux journal, vous plaçait définitivement loin de l’humanité tel qu’elle devait être selon Rousseau, mais vous rapprochait du connard que se complaisent à étudier les psy de bas étage. Certains malins avaient compris très vite l’intérêt de soutirer quelques millier d’euros à ce genre de patient alors que le diagnostic était évident et tenait en un mot : « Connard ».

En plus de vingt années de vie active j’avais beaucoup bougé et j’avais eu l’occasion de vérifier que le monde parfait des gentils collègues n’existe que dans les rêves des naïfs. J’avais croisé des tarés, des connards, des faux culs, des mal-baisés, des revanchards et des frustrés – et quelques types bien aussi malgré tout. Je savais que le connard sévirait encore, et encore, et encore, jusqu’au jour où, trop vieux pour plaire, il deviendrait un vieux beau, un simple con.

Nat avait longtemps vécue dans l’idée que ça n’était pas grave et que « les gens ne sont pas comme ça ». Et bien si ! Les gens sont comme ça. On ne fabrique pas un pays de nazis ou de collabos par hasard, l’homme est faible, veule et traitre, c’est sa nature. Bien sur quelques uns sortent du lot, mais la bêtise et la méchanceté étaient choses aisées, une facilité confortable qui vous permettait de vous fondre dans la masse anonyme. Les héros sont adulés parce qu’ils sont rare et leur position peu envieuse, trop risquée Flattez l’imbécile et vous déplacerez des montagnes. Ce type, comme tant d’autres, s’était comporté avec elle comme un imbécile et elle avait beaucoup pleuré. Ce qui faisait la différence c’est que je n’avais pas insisté pour la baiser ni le premier soir, ni le second. Je m’étais juste contenté d’être un voisin sympa qui sait quand se pointer avec une  bonne bouteille et écouter. Les femmes adorent parler. Sauf que Nat n’avait pas eu grand-chose à dire au début – chatte échaudée craint l’eau chaude ! Nous nous sommes contenté de nous croiser, de nous saluer en grommelant, jusqu’au jour où elle était venue frapper à ma porte pour une histoire de plombs qui sautaient, elle avait grillée son vieux four, je l’avais invitée à manger un morceau, c’était deux mois après son arrivée en face de ma porte. Quinze jours après je partageais son lit et nous convenions que nous ne sortirions pas ensemble, qu’il n’y aurait pas de « je t’aime » et que nous étions complètement libre de tout engagement réciproque. Pour cette raison elle n’avait pas voulue se joindre au petit groupe que nous formions Julien, Claire et moi, tout comme je n’avais jamais insisté pour rencontrer ses amis. A tout moment l’un de nous pouvait partir, tomber amoureux, changer de vie, nous l’avions déjà fait par le passé, il n’y avait aucune raison pour que le temps se fige aujourd’hui.

Cependant j’aimais son amitié, ses sourires et ses bras réconfortants, j’aimais ces instants que nous improvisions, à parler de nos vies et de nos soucis, de nos petites joies aussi, des revanches que nous prenions parfois sur les esprits étroits, assis sur son canapé, un verre à la main. Parfois nous allions directement au lit sans passer par la cuisine et nous nous abandonnions totalement au plaisir de la chaire pendant des temps qui nous paraissaient interminables et merveilleux. Nat est une véritable source d’apaisement comme un condensé de cannelle. Quand je pense à elle c’est cette odeur qui me vient à l’esprit, cette couleur aussi et ses yeux pétillants.

 

J’ai passé l’essentiel de mon après-midi à travailler mes dossiers sur la petite table de mon salon à recouper des emplois du temps, des plannings et des formations bidons sur un tableau Excel à entrées multiples. J’avais avec moi des kilos de paperasse à trier, de multiples clés d’entrée pour débloquer le cadenas de la fraude organisée en réseau que je transformerais plus tard en annexes à mon rapport. Quand j’ai relevé la tête, il y avait des feuilles partout, l’ordinateur chauffait, et j’avais mal aux doigts à force de taper, mal au crâne aussi, je me sentais vidé, lavé, rincé.

Je me suis relevé courbaturé et j’ai pris une douche à peine tiède pour me remettre les idées en place, et puis j’avais dans l’idée de dormir chez Nat ce soir encore après avoir passé la soirée à parler de tout et de rien. Je me suis rendu compte également sous le jet que je n’avais pas pensé à la fille un seul instant cet après-midi. J’avais réussi à l’évacuer par le travail.

 Vers vingt heures j’ai entendu Nat rentrer et claquer doucement sa porte. Dans ces vieux murs le moindre bruit résonnait toujours...



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Par jlm
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Lundi 22 juin 2009

J’ai parcouru tout le champ de mars à vélo et j’ai cherché partout, vraiment partout ! Elle n’était nulle-part. J’ai remonté les allées plusieurs fois du quai Branly jusqu’à l’école militaire en fouillant les contre-allées et les marchants de journaux, personne n’avait vu de jeune femme en robe à fleur. Pire, un type que j’interrogeais me dit même qu’il m’avait bien vu pousser mon vélo quelques temps avant, mais il ne se souvenait pas de me voir accompagné. La fille, Cléo, semblait ne pas exister, Julien non plus ne semblait pas l’avoir vu l’autre soir. Je suis arrivé perturbé au bureau, et perturbé, c’est le moins que je puisse dire ! J’ai posé mon portable sur mon fauteuil et je suis parti voir si Julien était arrivé. Naturellement il n’était pas là. Je l’ai appelé et lui ai donné rendez vous à  l’extérieur, j’avais besoin de lui parler.

J’ai rongé mon frein pendant une heure, considérant la pile de contrôles en cours, Les cartons qui débordaient de pièces de procédure posés sur la desserte près de la fenêtre. J’aurais bien tout balancé dehors dans un moment d’exaspération, mais j’étais au rez-de-chaussée, et pire, le patio dehors était légèrement plus haut que mon plancher, inutile de s’énerver. Je me suis fait couler un café dans ce qui nous servait de cuisine, ignorant mes collègues qui arrivaient les uns après les autres et je suis retourné devant mes dossiers, mon écran plat et le reste de mon capharnaüm permanent. Je voyais Cléo me sourire, Julien Claire et Nat, je voyais mes adversaires, avocats véreux, comptables complices et les cravatés drapés dans leur innocence virginale, je me suis demandé si, quand on devenait fou, on voyait, comme à l’ultime instant, sa vie défiler devant soit.

 

J’avais chaud, des sueurs froides et je me sentais à l’étroit. Je suis finalement sorti sans toucher à ma tasse fumante, prétextant un contrôle du coté de la Courneuve. En gros ça voulait dire « je me tire, ne me cherchez pas de la journée ». J’avais besoin d’air et puis de toute façon je pouvais travailler à l’extérieur, je disposais des éléments nécessaires dans ma sacoche.

J’ai retrouvé Julien un peu plus tard, il m’attendait à la terrasse d’un café, non loin du Palais de Tokyo, il avait un rendez-vous dans le quartier et n’avait que peu de temps à m’accorder. Il lisait un gratuit trouvé sur place ou dans le métro tout en observant sa voisine qui lui tournait le dos. Une fille aux cheveux châtains, robe légère et bottes texanes, le visage décoré par une paire de Ray Ban disproportionnée au dessus d’un décolleté vertigineux.

Julien posa sa feuille de chou quand je me suis assis en face de lui et sourit en voyant ma tête.

-                     Ça n’a pas l’air d’aller !

-                     Pas vraiment, non.

-                     Tu voulais me raconter tes petits problèmes alors ?

-                     Si tu savais !

-                     Bah, vas-y !

-                     Tu te rappelle la fille dont je t’avais parlé ?

-                     Oui, alors t’as un rencart ?

-                     Ce n’est pas vraiment ça en  fait. Je ne sais pas comment t’expliquer.

-                     Essaye !

-                     Je crois que je perds la boule, je l’ai encore vue ce matin en rejoignant le bureau. Elle se tenait sur les marches du mur pour la paix, en face de l’école Militaire, tu vois ?

-                     Oui

-                     Pile au moment où je passais, elle était là ! bon sang, tu crois au hasard ?

-                     Pour l’instant ça n’a rien d’exceptionnel, un peu surprenant quand même cette succession de hasard, mais ce n’est pas la mer à boire !

-                     Sauf qu’à chaque fois elle disparaît comme par magie, qu’elle semble me connaître, et se pique de vouloir m’aider. Je lui parle, je tourne la tête et pfft ! il n’y a plus personne ! Et tu peux me croire ce matin j’ai cherché partout dans le parc !

-                     C’est la sœur de Gemini Cricket, voilà tout, elle est ta conscience !

-                     Tu te fous de moi ?

-                     Ecoute, c’est certainement une drôle de fille, alors comme il semble qu’il y ai des chances pour que tu la revoies, et bien la prochaine fois, invite-là à manger un morceau avec nous, qu’on en juge.

-                     Ouais ! quelque-chose me dit que ça va être simple…

-                     Un café ?

-                     Serré.

-                     Qu’est ce que tu crois ? que cette fille n’est pas réelle ? que tu pètes un plomb ?

-                     Je n’en suis pas encore là.

-                     Une conspiration alors ? quelqu’un se fout de ta gueule ?

-                     C’est toi ?

-                     Ça ne va pas, non ! mais qu’est ce qu’elle te veut au juste ?

-                     C’est ça qui est dingue, elle  prétend vouloir m’aider à changer ma vie, qu’elle est là pour m’inspirer ou me donner du courage, enfin, tu vois.

-                     Tu m’avais vaguement parlé d’un projet de création d’activité, il faudrait que tu prennes le temps de m’en dire plus !

-                     Ouais, on pourrait en parler un de ces soir si tu veux bien, là j’ai cette fille en tête.

-                     Un plan drague ?

-                     Ça n’y ressemble pas beaucoup en tout cas.

-                     On dirait que tu viens de te faire aborder par une adepte d’une secte New Age, du genre « rien n’est impossible à celui qui croit – La foi déplace les montagnes et vide votre compte en banque ».

-                     Non, ce n’est pas ça non plus, cette fille est mystérieuse, je n’arrive pas à la cerner, et puis je vois bien que je la rencontre vraiment là où je l’attends le moins, chaque fois que je suis seul.

-                     Tu risques de la croiser souvent !

-                     Sans doute.

-                     Tu as ton portable ?

-                     Oui, toujours, pourquoi ?

-                     Hé bien prend une photo ! il prend bien des photos ton truc, non ?

-                     Bien sur !

-                     Et bien voilà, la prochaine fois tu la flash et tu m’envois le cliché en MMS, c’est pas beau le progrès ? bon ce n’est pas que tu m’emmerdes, Louis, mais il faut vraiment que j’y aille. Tu vas faire quoi de ta carcasse ?

-                     Je n’en sais rien, je crois que je vais rentrer, je vais bosser de chez moi…

-                     Très sage résolution ! tiens-moi au courant.

-                     Ok Julien, à plus tard.

 

Je suis reparti vers le Champ de Mars, dans l’espoir de la revoir, mais visiblement une apparition par jour, ça semblait bien suffisant. J’ai appelé Nat pour lui proposer de manger un morceau entre midi et deux, mais elle n’avait pas le temps. Elle me proposait en revanche de passer chez elle le soir même pour boire un verre et squatter un peu.

Je sentais à sa voix qu’elle aussi avait besoin de poser sa tête sur une épaule, la mienne ne lui allait pas si mal.

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Par jlm
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Vendredi 19 juin 2009

J’ai passé la semaine sans sortir de chez moi autrement que pour aller bosser de l’autre coté de Paris. Métro exécré, foule bovine, abattoir permanent. Je me demandais si les porcs avaient conscience de leur fin quand on les chargeait dans les grandes bétaillères, si les parisiens avaient conscience qu’on leur suçait la moelle jour après jour. J’avais conscience de servir la collectivité comme eux, je faisais mon job ni plus ni moins qu’eux et je me voyais comme eux passer les portiques de sécurité, les portes qui ne s’ouvraient que dans un sens, celui qu’on nous programmait. J’étais Sam Lowry(1), mon salut était dans mon rêve, j’étais dévoré tout cru par l’administration et les canaux d’alimentation de la machine, passant d’une veine à une autre chaque jour. J’effectuais un retrait sensible, un pas de coté, en dehors de cet univers Kafkaïen, je refusais le rôle de Joseph K(2), j’entrais progressivement en résistance avec le risque du rejet. 

Soit un bon soldat, ne te fais pas remarquer, va chez le coiffeur, mets un costume, rase-toi chaque matin, met un pied devant l’autre et recommence, ne t’arrête pas, marche droit, marche au pas, ne pointe pas du doigt, met la main devant la bouche quand tu éternues, excuse-toi, demande pardon, dis bonjour à la dame, au docteur, au curé, à ton chef, ne roule pas trop vite, attention aux panneaux, ne fume pas, ne bois  pas, ne te drogue pas, ne baise pas, c’est pas bien, c’est mal poli, c’est mal élevé, ça ne se fait pas, tu seras puni, tu iras en prison, tu n’ira pas au paradis, tu l’emportera en enfer. Tout était fait pour briser la moindre idée de révolte, le plus petit atome de pensée alternative ou de comportement déviant. J’ai un numéro INSEE, un numéro de sécu, un numéro de mutuelle, un numéro de téléphone, un numéro d’appartement, un code postal, une plaque minéralogique, un numéro gagnant ou un numéro perdant. J’ai pourtant un nom et un prénom. Plus tard j’aurais un numéro d’allée et un numéro de travée, sur ma tombe j’aimerais qu’on grave un code-barres, ou simplement mon numéro de sécu.

Ce matin, je prends un vélo et je décide de traverser Paris en passant par les grands boulevards pour rejoindre mon bureau. La Fayette, Opéra, Madeleine, Concorde, les invalides et La Motte Piquet. C’est en abordant le champ de Mars que je l’ai vue, assise sur les marches du mur de la paix ironiquement élevé devant l’école militaire, son grand cahier à la  main,  l’air appliquée à dessiner la vieille statue du glorieux soldat. J’ai failli tomber, percuter une voiture. Il avait suffit d’un simple regard vers la droite, juste un. J’aurais tout aussi bien pu ne pas regarder, attendre quelques secondes et porter mon regard sur la tour Eiffel, mais non, j’ai regardé cette absurdité, rien de pire pour symboliser la paix qu’un mur, fût-il fait de verre, et bordé de poteaux dont on espère qu’ici, à Paris, ils ne serviront pas pour des exécutions. Toujours la même robe à fleur, la même posture concentrée.

J’ai créé une belle panique en coupant la route pour la rejoindre sans me faire tuer. Un concert de klaxons, quelques injures et des crissements de pneus en plein freinage. Elle se tenait là face à moi, perdue sur la grande feuille blanche tandis que son crayon dansait une chorégraphie compliquée, faites de longs sauts et de petits pas nerveux.

-                     Vous saviez que j’allais passer, n’est ce pas ?

-                     Bonjour ! répondit-elle en souriant. C’est une belle journée n’est ce pas ?

-                     Oui, peut-être un peu tôt pour dessiner à l’heure ou les gens vont au boulot.

-                     Non, voyez comme la lumière donne un effet particulier aux plis de son visage ! c’est tout à fait l’heure, au contraire.

-                     Vous vous moquez de moi.

-                     Et pourquoi ça ?

-                     Vous me suivez. Je ne sais pas comment vous faites mais vous me suivez !

-                     Allons, allons, quelle idée ! je vous signale que c’est vous qui arrivez toujours là ou je dessine, sauf peut-être à la galerie, mais c’était un hasard.

-                     Il n’y a pas de hasard, c’est trop gros.

-                     Quand bien même, ma présence vous gène?  C’est vous qui m’avez abordé près de l’hôtel de ville, c’est vous qui êtes venu vers moi à la Villette, c’est encore vous qui avez traversé la rue pour venir me retrouver ce matin, encore, qui suit qui ?

Un bref instant j’eu l’impression que nous étions seuls au monde, dans une bulle intemporelle, j’étais traversé par une sourde angoisse, la gorge sèche et la sensation de ne rien comprendre.

-                     Vous voulez marcher un peu, louis ? me demanda t-elle.

-                     Pourquoi pas, après tout.

Elle se leva et nous partîmes en direction des quais par l’allée centrale, moi en poussant mon vélo, elle en serrant contre son flanc son grand sac à dessins.

-                     Qui êtes-vous ?

-                     Personne en particulier. Et vous ? qui êtes-vous ?

-                     Vous n’avez pas répondue à ma question, pourquoi devrais-je répondre à la votre ?

-                     Que voulez vous savoir alors ?

-                     Me suivez-vous ?

-                     J’avoue, oui !

-                     Pourquoi ?

-                     Vous avez besoin d’aide.

-                     Je n’ai besoin de personne.

-                     Vous ne le savez pas, c’est tout.

-                     Je ne comprends pas !

-                     Pourquoi toujours chercher à comprendre, vous passez votre temps à vous faire des nœuds au cerveau, Louis, vous avez besoin d’aide, je l’ai vu, c’est tout, prenez-le comme ça.

-                     Comment l’avez-vous vu ? je veux dire, ça se voit sur mon visage ? j’ai une aura lumineuse qui clignote et qui fait « help ! »

-                     On peut se passer de vos sarcasmes !

-                     Désolé, vous me perturbez, vous êtes comme une interférence dans mon existence. Vous arrivez comme un cheveu sur la soupe, vous télescopez mes trajectoires, et vous jouez à la sublime ingénue mystérieuse, comment vous faites ?

-                     C’est de la magie.

-                     Vous voyez ? vous recommencez !

-                     Quoi ? non, prenez-moi au sérieux pour une fois ! je suis votre muse, Louis, je dois vous aider à vous révéler, vous n’êtes encore qu’une chenille dans un costume trop étroit, d’ailleurs vous le sentez bien vous-même, votre vie ne vous convient plus, vous avez d’autres aspirations, d’autres rêves, je suis là pour vous dire, « Allez-y, foncez ! » vous trouverez la force suffisante en vous pour démarrer une nouvelle aventure, et puis vous le savez bien ! toute votre vie tendait vers ce but. Tout le reste n’était qu’une répétition ou un grand tâtonnement. Vous avez marché dans le noir, vous vous êtes cogné aux murs, vos rêves vous ont apportés la lumière comme une évidence, je suis vos rêves.

-                     Ouais, c’est ça ! et la marmotte elle met le chocolat dans l’alu ! c’est quoi ? une caméra cachée ? c’est un tour de Julien ?

Je me suis retourné, elle devait avoir un complice, Julien se foutait de moi, et se planquait certainement quelque part à se gondoler comme un malade. J’ai cherché, j’ai scruté les planques possibles, il n’était pas là.  J’ai appelé, même et je me suis retourné vers elle, elle avait disparue…
Sam Lowry : Héro du film "Brazil" de Terry Gilliam (1985)
Joseph K : Personnage principal du roman "le procès" de Franz Kafka (1925), qui se réveille un matin et qui pour une raison que l'on ne découvre jamais, est arrêté et soumis aux rigueurs de la justice.


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Par jlm
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Jeudi 18 juin 2009

J’ai fini par téléphoner à Julien pour avoir des nouvelles de Claire. Il était près de midi et je le réveillais.  Julien, la voix pâteuse, me certifia encore une fois qu’il tuerait probablement le connard qui lui avait refilé de la merde, et me rassura sur la santé de sa copine. Elle dormait encore ou plutôt, elle dormait enfin après avoir  passé une partie de la nuit sur la cuvette des chiottes à se vider d’un coté comme de l’autre. Il avait passé une partie de la nuit près d’elle à lui éponger le front et à lui faire boire des tisanes tièdes pour lui éviter de ne gerber que de la bile tandis qu’elle lui déversait ses colères, puis il avait fini par la lâcher et la laisser se débrouiller seule. Elle lui en avait voulu, il l’avait envoyée promener et c’en était resté là, je ne pouvais pas compter sur eux avant un bon moment.

Je suis finalement rentré chez moi dans l’idée de bosser un peu. J’avais besoin d’écrire, de jeter sur mon écran les plans de mon avenir incertain. Il fallait que je pose les choses comme on construit un mur, en plaçant les parpaings les uns après les autres, ou comme un casse tête que l’on fait et que l’on défait jusqu’à sa réalisation parfaite. Oui, un casse tête, l’idée me semblait plus juste que le mur de briques. J’avais de sacrés écueils sur ma route. D’abord le montage d’un dossier bétonné et étayé, un business plan qui tienne la route, faire un état des lieux des existants, du marché, de la demande, tout ce micmac se bousculait dans mon esprit et je me demandais si je ne devais pas faire profil bas et continuer de faire ce que je faisais.

Je suis tombé sur Nathalie, ma voisine qui sortait de chez elle pour relever le courrier de la semaine. Ça sentait bon derrière sa porte, elle était en train de cuisiner ou venait de finir, un parfum d’Italie, une odeur de pâtes et de parmesan, d’oignon et de basilic.

-                     Salut Louis !

-                     Salut Nat, ça sent bon chez toi !

-                     C’est un plat de pâtes qui mijote, tu as faim ?

-                     Ça me donne faim en tout cas !

-                     Hé bien rentre, il y en a pour deux.

-                     On pourrait se boire un verre de vin qu’en dis-tu ? je peux aller en chercher une bouteille chez moi.

-                     Bonne idée !

Nathalie vit seule depuis près d’un an, depuis qu’elle s’est installée juste en face de chez moi après une rupture compliquée. Depuis elle se concentre sur son boulot, son chat et son blog culinaire qu’elle alimente de ses expériences dont je suis parfois le cobaye. J’ai de la chance, c’est souvent excellent. Accessoirement elle a aussi expérimenté avec moi le concept de « fuck friend » après une soirée où nous avions arrosé la mort de sa cuisinière électrique. Elle avait un plat sur la plaque, les plombs avaient sautés, paniquée elle avait frappé à ma porte et nous avions terminé la cuisson chez moi en buvant sans doute plus que de raison. Nous avions discutés d’un peu n’importe quoi, elle m’avait confié une partie de ses histoires avec son ex et ses chagrins dans un instant propice au réconfort. Je l’avais prise dans mes bras un peu maladroitement, elle m’avait embrassé et déshabillé sur le vieux canapé du salon. Le lendemain, nous nous sommes réveillés en nous demandant comment nous en étions arrivé là, et passé le choc du réveil, avions convenu avoir passé une nuit sommes toute « intéressante » mais que ni l’un ni l’autre n’étions près à nous lancer dans une nouvelle aventure. Malgré cela, nous passions du temps à inventer des prétextes pour passer du temps chez l’un ou chez l’autre. Pas de sentiment amoureux, juste du sexe. Il n’était pas question que je frappe à sa porte pour lui demander si elle voulait baiser, elle s’en abstenait aussi. Mais voilà, ça venait comme ça, il suffisait de se croiser et de se trouver dans les  mêmes dispositions au même moment.

    Le temps de prendre une bouteille dans ma cuisine, nous nous sommes retrouvés devant sa porte. Elle portait un ensemble en lin coloré certifié bio équitable, une paire de tong en paille tressée et un bandana dans les cheveux. Pour le reste, elle ne semblait rien porter d’autre, la conjoncture semblait favorable, j’en profitais donc pour lui caresser discrètement les fesses. Elle se retourna vers moi en souriant et glissa la clé dans la porte.

Mon appartement donnait à l’Est, le sien vers l’Ouest. J’avais peu d’ensoleillement à cause du bâtiment d’en face, elle profitait du soleil à partir de midi et jusqu’au soir, n’ayant pour tout masque qu’un lointain immeuble dont elle était séparé par un grand jardin. J’appréciais sa déco dépouillée, zen, et son salon comme une vaste banquette circulaire autour d’une vieille table ronde indienne. Sur le mur opposé recevant le soleil trônait un bouddha débonnaire encadré de brûloirs à encens, trip new age ou conviction profonde, je n’en savais rien, la semaine elle prenait une posture plus conventionnelle pour filer vendre des assurances et des téléphones à des clients qui ne désiraient qu’ouvrir un compte ou discuter de leurs découverts. Je lui demandais parfois par jeu si la banque n’était pas devenu le nouveau repaire d’escrocs à la mode ou ce qu’ils avaient fait de nos bons vieux banquiers et des cohortes de conseillers financiers qui semblaient avoir disparus. Je lui demandais où se situait son éthique et sa confiance dans le système, elle me répondait qu’elle ne se nourrissait pas de rêves.

En parlant de rêves je lui fis part du mien, de ce que je ruminais depuis un bon bout de temps.

-                     J’ai le projet d’ouvrir une galerie d’art.

-                     Oh ? ça te prend comme ça ?

-                     Non, ça fait longtemps déjà. Je pense à un lieu où les amateurs pourront échanger avec les artistes, mais des jeunes, pas des vieux connards prétentieux ! Un espace humain comme chez un disquaire, avec des toiles dans des bacs, un espace pour des show cases et une machine à café.

-                     Tu rêves mon pauvre vieux ! les galeries obéissent à des codes, s’organisent en réseaux d’initiés, tu ne connais personne.

-                     Je n’en ai rien à foutre, justement ! je ne travaillerais que pour des jeunes artistes, ceux dont tout le monde se fout.

-                     Des artistes à deux balles ?

-                     Et alors ? qu’importe le prix, ce qui compte c’est la vibration de l’art, celle qui pénètre en toi, celle qui fait que tu n’as pas envie d’avancer mais de rester devant parce que dedans il y a quelque chose qui t’intrigue qui te colle, qui te fait entrevoir l’ombre ou la lumière, l’espoir ou le désespoir. Et si ça ne vaut pas grand-chose, parce que l’artiste n’est pas coté, alors on aura une chance de toucher un vaste public, celui qui croit que l’art n’est que pour les plus fortunés. De même que Warhol disait que chacun pouvait avoir son quart d’heure de célébrité, moi je dis que tout le monde peut avoir accès à l’art.

-                     T’es fou.

-                     Tant pis, ou tant mieux, le monde manque de fous dans mon genre.

-                     Et puis quoi ? Tes client ce seront toujours les mêmes, si tu créés un buzz ils viendront vampiriser tes œuvres et au final tu ne seras qu’une galerie de plus, noyée parmi les autres, un simple marchand de peintures

-                     Tu veux me saper le moral ?

-                     Non, je teste ta résistance à la critique, tiens, débouche ta bouteille.

-                     Franchement, dis-moi, tu crois que c’est irréalisable ?

-                     Je n’en sais rien, je n’y pas grand-chose dans ce secteur. Mais objectivement, Paris est une ville très ouverte et compte beaucoup sur ce marché, non ? Et puis je suppose que la matière ici ne manque pas…Mais le nerf de la guerre !

-                     Tu n’aurais pas cent mille euros à me prêter ?

-                     Tu as déjà fait tes comptes ?

-                     Non pas encore, il faut que je voie ça. J’ai encore tout à faire. Mais je comptais un peu sur toi pour me guider.

-                     Si tu n’as pas un centime d’avance ça va être difficile !

-                     Ouais, je n’ai rien, mes poches sont vides.

-                     Tu sais quoi ? on va manger, après on va prendre un peu de bon temps !

Nat est une démineuse de conflit, spécialiste du désamorçage par le sourire et le yoga en tandem. Elle est désarmante, rassurante, captivante. Nous avons donc mangé en silence, assis sur le tapis profond et avons passé une partie de l’après-midi  dans sa chambre à coucher, illuminés par le soleil. Sans réel vis-à-vis, Nat laissait toujours la fenêtre ouverte quand il faisait beau, même pour faire l’amour. Elle détestait les corps à corps dans le noir, l’amour étant une histoire de sens, elle n’y prenait vraiment plaisir que lorsque tous ses capteurs participaient à la fête.

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Par jlm
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Mercredi 17 juin 2009

Je pourrais passer des heures à parler de ces gens que je croise chaque week-end dans ce bar. J’ai appris à les observer tout en restant neutre, invisible. Je suppose que je suis pour eux le type du fond qui ne parle jamais, qui lève à peine la tête de son journal ou qui reste les yeux dans le vague, sans faire de bruit, juste celui de la tasse qui tinte sur le formica de la table bancale. Mais je les observe, oui, je les écoute raconter leurs vies. De petites vies faites de petits chagrins, de petites misères et de petites habitudes. La grosse rougeaude qui passe chaque dimanche matin prendre un expresso bien serré et n’y met jamais de sucre. Elle a des problèmes de varices - et on le voit bien d’ailleurs - va « au » docteur chaque mois mais ce dernier ne lui file « rien que des saloperies ». Son mec, René, ne sort jamais que pour acheter ses bières et claquer quelques billets au PMU. René est un « faignant » qui ne baise plus, ne la regarde plus, ne la touche plus. De toute façon elle « voudrait qu’elle le ferait pas ! Parole » parce que le sexe et elle, le divorce à été prononcé il y a longtemps.  Je ne suis pas sûr qu’elle l’ai réclamé, avec son sourire inversé, son poireau sur le nez et ses yeux chialeux elle ressemble à s’y méprendre à Jean Carmet avec une mauvaise perruque filasse blonde. Pour compléter le tout, je crois bien ne l’avoir jamais vue avec autre chose sur le dos qu’un long gilet gris, peut être blanc dans le temps…

Quand elle ne parle pas de « son » René, pauvre animal de compagnie lié jusqu’à la fin de sa vie à sa bourgeoise avachie, c’est la France entière qui en prend pour son grade. Nous sommes tous responsable de ses malheurs ! Qu’on se le dise, ça permet de la comprendre. Il y a trop de noirs, trop d’arabes, s’ils sont là c’est pour nous piquer « not’ blé et not’ travail qu’on avait ». Les camps de rétentions ou les centres de concentration – elle ne sait pas bien – c’est pour leur bien « et pis un peu aussi pour le not’ ».  Les deux jeunes de son immeuble sont homos ? « Les pédés c’est rien que des enculés ! » lâche t-elle comme une sentence. Le facteur est noir, ça ne l’étonne pas que le courrier disparaisse. Les flics sont des « faignants qui font rien qu’à faire chier » et qui feraient mieux de bosser au lieu de nous les briser, mais plus ils bossent, plus ils font chier. Elle est comme ça, tout le monde en prend pour son grade.

 

Il y a Farid, le beau gosse de quarante cinq ans, qui n’en avoue gravement que trente malgré ses tempes grises, qui bricole dans la mécanique au noir et qui m’a donné un coup de main un jour en me fourguant un démarreur d’occasion pour ma vieille Rover qui pourrit dans un parking souterrain du coté d’Oberkampf. Il est sympa, un peu bandit quand il fait nuit, je le sais, je ne saurais même pas expliquer pourquoi. Ses yeux probablement, sa peau tannée de mécano, sa force inhabituelle quand il serre la main. Il y a un je ne sais quoi de gitan chez lui. Je parierais presque qu’il a un surin dans la poche de son manteau. Lui, il passe pour acheter ses cigarettes, boire une bière à dix heures du matin et s’éclipser aussi sec. Quand il arrive, la rougeaude s’agrippe à son sac à main, en le regardant de haut.

Régulièrement elle crache un « je ne sais pas comment tu fais pour accepter les arabes dans ton bar ! » au patron qui répond « Mai moi aussi je suis arabe » du ton le plus neutre possible.

« Mais toi c’est pas pareil ! »

Tout est dit. Il tient la caisse, les futs de bière et sert le café, il est forcément l’exception.

Quand Farid se tire, il lui cracherait bien à la gueule, je le vois. Il me sourit vaguement, me fait un signe de la main et s’éclipse en direction de la rotonde.

Le patron du bar, c’est Hicham. « Hich » pour tout le monde. Il y a du Fred Chichin en lui. Ses joues creusées, son teint cadavérique, malade virant du jaune au gris selon son état et ses dents pourries sur fond de costume de cafetier, toute une vie en noir et blanc. Je pense qu’il a mon âge, mais il en parait tellement plus ! La résignation pèse sur ses épaules et l’accable. C’est simple, Hicham est vouté, lent et triste, mais il a autre chose en lui de bien plus costaud, comme une imperméabilité à la bêtise, une sagesse qui lui fait supporter stoïquement la crasse et l’étroitesse d’esprit de la rougeaude et de tous les rougeauds du quartier, de la gare de l’Est jusqu’à Jaurès.  Récemment il a fait peindre le bar en noir sur les conseils branchés d’une relookeuse déco du petit écran. Ce n’est pas elle qui est venue, mais il l’a vu faire, alors…. Il a rajouté quelques cadres rétros chiné chez le chinois d’en face et un grand néon rose très kitch quand il l’allume le soir. C’est franchement lamentable, Farid a trouvé classe,  mais son pain est généreux, son crème parfait et il tient la meilleure terrasse du faubourg, un coin stratégique face à l’entrée du métro.

Ce matin j’ai essayé de penser à autre chose qu’aux évènements de la veille, je me suis concentré sur la rougeaude et ses histoires de fisc et de « remboursements d’la sécu », peine perdue. Je revois encore son visage et j’entends encore ses paroles « Vous avez une irrésistible envie de changer de vie ». Tout le monde aimerait changer de vie, moi comme tant d’autre, ça ne voulait rien dire. C’est comme la voyance, une phrase bateau, une affirmation sans prise de risque. Oui j’avais envie de changer, envie de quitter mon bureau, mes quarante heures par semaine et mes longues suites de tableaux de gestions, mes pavés de comptabilité et les rapports d’enquêtes sur une flopée d’organismes véreux. J’en avais un peu marre des prises de tête et des maux de crâne à ressasser des emplois du temps bidons, des fausses factures et des pressions constantes d’anciens fiscaux reconvertis dans l’arnaque juteuse. On tentait de dépénaliser le droit des affaires, quelle merde. Ces arnaqueurs en col blanc et leurs avocats gagnaient cent fois plus que moi et flattaient mon expertise dans l’espoir de me faire tomber du mauvais coté du jeu. Tout était un jeu. Je savais, ils savaient que je savais, mais il fallait trouver les failles, les erreurs, tout le monde commet une erreur à un moment ou une autre. Pendant ce temps-là ils flambaient et se marraient. Oui, j’avais d’autres rêves, tout envoyer balader, au choix – et Miller ne m’aidait pas beaucoup avec son tropique du capricorne - ou murir mon projet, prendre le temps, me concentrer sur ce qui me paraissait essentiel. Mais bon dieu, tout le monde veut changer quelque chose dans sa vie ! Je n’avais rien d’exceptionnel, RIEN !!!

J’ai terminé mes tartines, formidables comme toujours, et je suis parti faire un tour vers le bassin dans l’espoir de profiter d’une brise rafraichissante, les meilleurs sont toujours matinales. Pour une fois je n’ai pas fait attention à la pollution ambiante, à la circulation infernale, ni même au scooter qui a percuté une petite voiture, sans dommage pour personne. Je suis arrivé sur le bassin à l’eau bleue sombre en passant par l’écluse, vaste étendue huileuse et quasi noire qui reflétait le soleil en face, du coté des anciens moulins de la villette.

Nouvelle journée, j’étais en vie, ouais, j’étais en vie…désespérément. Je me tenais debout entre deux mondes, à la croisée des chemins pas très bien battus. Si je regardais le présent ou le passé, je n’y voyais que des parcours sinueux, des coups de chances et des réussites, peu d’échecs heureusement, mais devant m’attendait un vaste chantier, une grande aventure ou un grand plantage, tout dépendait…Il fallait que je m’y mette sérieusement.

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Par jlm
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Mardi 16 juin 2009

-                     Merde, c’est dingue, elle était là !

-                     Qui ça ?

-                     La fille dont je t’ai parlé !

-                     Quand je suis rentré dans la salle il n’y avait que toi et Hendrix, mec !

-                     Je te jure que…

-                     C’est bon laisse tomber, il faut qu’on y aille.

Que lui avait-il pris de partir si vite ? Et comment avait-elle fait ? Je m’en grattais la tête, perplexe, un peu déçu aussi. Cette fille était un courant d’air. Elle m’avait filé entre les doigts comme une anguille et je passais pour un con. J’ai fais un tour rapide des lieux, mais elle n’était nulle part, et pourtant…Pourtant il n’y avait qu’une issue, celle que Julien avait emprunté. « Fait chier ! »

-                     Bon, elle a gerbé alors ?

-                     Ouais, elle est sortie se faire un stick rapide et elle a aspergé une fille avec des restes de nouilles, c’est gore !  C’est tout juste si la fille n’a pas fait une syncope après une crise de nerf.

-                     Et claire ?

-                     Ça peut aller, mais elle est en train de pleurer sur un banc !

-                     C’est une soirée vraiment très romantique pour vous deux, hein !

-                     Non, presque normale, mais ça fait vraiment chier, mec !

Nous avons juste traversé l’expo en vitesse, Claire était dehors, juste en face de nous, les bras croisés bien haut sur la poitrine, la tête dans ses cheveux. Sa victime s’était tirée rapidement pour se changer ou se laver dans les chiottes d’un bar pourri de l’avenue. Ça sentait les frites grasses et le Kebab, on n’avait encore rien mangé de la soirée et je crois bien que c’était foutu pour Claire. Julien me rassura.

-                     On va rentrer. On va choper un métro et on va rentrer bien sagement.

-                     Ça va Claire ?

-                     Beuuuuh !

-                     Oui, bon, Ok ! Rentrez bien ! moi, je vais y aller doucement et manger un morceau sur place, ok ? Je vous appelle demain.

-                     D’accord, à demain !

On s’est embrassés, je les ai laissés partir en les regardant s’éloigner vers la station la plus proche. Claire reniflait penaude.

Au bout d’un moment j’ai traversé la rue et j’ai craqué devant des frites et un hot-dog. Je suis retourné sur le banc, j’avais besoin de faire le point sur cette fille qui jouait avec mes nerfs. Sur l’esplanade, en cette chaude soirée, il y avait un paquet de monde, des bandes de gosses en slim et converse, des clones méchés et dégingandés de Thurston Moore, quelques amoureux qui s’embrassaient dans les bacs de fleurs et aussi une bande d’ivrognes complètement défoncés. Je me fis la réflexion qu’ils avaient cramés leur soirée beaucoup trop tôt et que si Julien et moi avions décidés de nous chauffer le gosier, on y serait encore à regarder le soleil se lever de l’autre coté du canal. Petits joueurs.

N’empêche ! La fille était bien à coté de moi quand Julien est arrivé. On était entrain de parler, comme une bohémienne faisait les lignes de la main, elle lisait dans mes rides. Je me suis demandé si elle ne se foutait pas un peu de moi, j’ai regardé autour de moi sur la place, une barquette de frite dans une main, un demi hot-dog dans l’autre et la bouche pleine. Je me sentis soudainement ridicule. Je me suis levé, j’ai arpenté la place quelques instants et je me suis décidé à renter à pied jusqu’à chez moi du coté de Stalingrad. Ce n’est pas quelque chose d’habituel. Enfin, je peux aller de chez moi à la place de l’hôtel de ville sans problème, mais là, je n’avais pas vraiment évalué la distance, le retour me paru bien long. Le boulevard était pratiquement vide et sombre. Son visage éclairait mon chemin, un visage souriant, ses lèvres bougeaient mais je n’entendais rien, je crois qu’elle avait des choses à me dire et j’avoue, j’étais un peu largué. J’ai bien essayé de penser à autre chose, mais c’est toujours elle que je voyais.  Je me suis attardé sur les détails concrets de ma promenade. Les vitrines moches de Jaurès, les restaurants chinois encore ouverts dégueulant d’or et de rouge avec leur bien maigre clientèle, des couples de vieux désespérés n’ayant rien à se dire, une vieille femme seule et son vieux caddy usé, mais où allait-elle à cette heure là ? Un marchand de rond de chiottes avec des dizaines de ronds de chiottes en vitrine, la grande classe ! Une chose que je n’avais jamais vue ailleurs. Qui aurait pu croire qu’il y avait un spécialiste du rond de chiotte à Paris ? C’était n’importe quoi, mais ça m’aidait de rire, ces pose-fesses à paillettes détournaient mon attention comme il convenait.

Je suis arrivé chez moi lessivé. Mon appartement où personne ne m’attendait. J’ai eu peur en atteignant le portail de la trouver assise à m’attendre, mais il n’y avait personne, juste moi et le silence. J’ai tourné le verrou de ma porte et je me suis effondré sur mon canapé en soufflant. J’ai trouvé la force de prendre la bouteille de whiskey dans son placard et de sortir quelques glaçons du réfrigérateur et je me suis replongé dans mes pensées dans la profondeur de mes coussins bleus et le silence des murs épais du vénérable bâtiment qui me logeait. Paris est une ville bruyante, mais de chez moi je n’entends jamais le moindre bruit, tout juste un lointain grondement, celui des trains de la gare de l’est qui passaient à moins de cent mètres de l’autre coté du pont. Mais oui, je n’entendais vraiment rien, c’était parfait pour la méditation ou les soirées avec Julien et Claire… ou moi et la voisine quand elle a un blues à décrocher les tableaux des murs. Mais ce soir je me suis senti vidé, je suis resté seul avec mon verre, faisant tinter les glaçons machinalement.

J’ai fini par me coucher sans penser au lendemain, sans rêver, je me suis endormi comme une masse, elle avait fini par sortir de ma tête, elle me donnait un répit. Le lendemain je me suis réveillé du bon pied, le soleil dardait sur mes pieds sous les draps. J’ai fais un saut sous la douche avant de sortir prendre un solide petit déjeuner dans un petit bar du quartier où j’avais mes habitudes le week-end. Deux belles tartines beurrées et confiturées, un grand café crème et un jus d’abricot. A neuf heures du matin le sol était déjà jonché de mégots malgré la récente interdiction de fumer dans les établissements – mais ce bar comme tant d’autres, vivait sur le fil – les nouvelles fraiches sortaient de l’écran géant calé sur une chaine d’info et les pochards de l’avenue racontaient leurs mésaventures ou leurs malheurs à coup de vin blanc de mauvaise qualité. J’avais ma place dans un coin près de l’entrée, ça me permettait d’observer, matin après matin, la grande comédie humaine sans avoir à payer plus que le prix d’un petit dèj. Il m’arrivait de ne pas être seul, il y avait d’autres candidats pour ce rôle, mais j’étais le plus régulier, le plus assidu. Sauf que ce matin encore je ne pu m’empêcher de bien regarder autour de moi dans la rue et dans le bar, si je n’étais pas suivi par une drôle de fille avec une robe à fleur, je devenais parano.

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Par jlm
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Samedi 13 juin 2009

La cité de la musique est un endroit formidable à mon sens. C’est un vaste plateau avec de multiples salles, adossé à la cité des sciences de la Villette. Un espace de promenades et de verdure, un lieu dédié à la création et à la mémoire, parfait pour un type comme moi qui aime prendre son temps et flâner le long des chemins.

Il y avait une expo ce soir, de vieilles photos granuleuses en noir et blanc, prise sur le vif de scènes cradingues ou de chambres de palaces dévastées. Il fallait reconnaître les vieilles idoles, certaines oubliées mais figées dans des postures extravagantes. Un Rat Scabies aux yeux révulsés tenant une bière dans les mains, un Jagger hilare ou un Johnny Rotten lessivé après un concert, en sueur, plié dans un coin de scène comme un gamin apeuré. Il y avait là tout le gratin des seventies, un Marc Bolan princier dans sa période Glitter, un Kurt Cobain en proie à la douleur à coté d’une Joplin défoncée et moche comme un pou. La mémoire du rock, les vieilles idoles, veaux d’or post-atomique, héros boiteux pour adolescents ou vieux nostalgique.

Les photos devenues célèbres en avaient fait des stars dans le « hall of fame » de l’inconscient collectif et je méditais devant l’insondable regard d’un Mark Lanegan qui paraissait me fixer dans la petite glace d’un rétroviseur.

Rock star, loser, club des vingt-sept, brochette de survivants et armée de zombies, appliquant pour eux même la devise « live fast, die young ».

On ne la voyait pas, mais la drogue était partout présente. Dans les veines d’Iggy, le nez de Janis ou les poumons de Morrison. On la voyait dans leurs yeux à quasiment tous.

Il y avait une musique en fond sonore, une playlist très rock’n’roll. Près d’un demi-siècle de rébellion adolescente, le « teenage Kicks » des Undertones.

 

Are teenage dreams so hard to beat ?

Everytime she walks down the street

Another girl in the neighbourhood

Wish she was mine, she looks so good

 

I wanna hold her wanna hold her tight

Get teenage kicks right through the night

 

I'm gonna call her on the telephone

Have her over ‘cos I'm all alone

I need excitement oh I need it bad

And it’s the best, I've ever had

 

Et puis au fond une galerie de portrait de tous les animateurs de radio qui avaient lancé la machine, Ed Sullivan, John Peel, Bernard Lenoir et les critiques, Lester Bangs….

Claire et Julien s’extasiaient devant des clichés de Dave Gahan ruisselant, torse nu sur scène, et moi je regardais tous ce monde qui marchait dans le même sens des aiguilles d’une montre, pas très rock’n’roll.

 

Dans une autre salle il y avait des instruments qui avaient fait l’histoire, un orgue Moog à coté d’un Hammond ayant appartenu à Manzarek, une série de telecaster, une batterie avec le logo des Beatles et des manches de Mustang brisées. Dans un cadre grandiose, une Strat à moitié carbonisée, celle d’Hendrix au festival de Monterey, dingue….

C’est là que j’ai revu la fille au cahier à dessin.

Elle se tenait dans un coin, sagement assise, et dessinait le portrait d’Hendrix à main levée, à genou devant sa guitare en flamme, les bras levés en pleine incantation, la playlist diffusait « Break on Through » la température semblait monter d’un cran.

Je suis resté un moment à la regarder faire vivre son crayon sur la grande feuille blanche. Une mèche lui barrait le front et retombait sur son épaule gauche. Elle portait toujours la même robe à fleur légère que je lui avait toujours vue sur le dos. Elle s’appliquait visiblement à reproduire les effets des flammes, donnait quelques coups de gomme en fronçant les sourcils et repartait dans de grandes envolées, des courbes sans fins, de grands gestes surs. Le processus créatif est troublant pour celui qui ne crée pas, je la voyais créer, et je prenais conscience de mon incapacité à le faire, Elle avait ce don que je n’avais pas, elle donnait vie, je ne donnais rien. De ma pauvre guitare je ne faisais déjà sortir que quelques accords minables quand Julien savait faire pleurer la sienne, je me sentais exclu. Je la regardais avec envie, elle en devenait désirable, mais tout autant inatteignable. J’avais cette impression désagréable que si je tendais le bras je ne la toucherais pas.

Elle leva la tête et la tourna vers moi en souriant. D’un geste de la main elle me fit signe de m’approcher. Que faisait-elle là ? une troisième rencontre fortuite en si peu de temps, était-ce le fruit du hasard ? Mes oreilles bourdonnaient.

-                     C’est un drôle de hasard de vous rencontrer à nouveau !

-                     Qui sait ce que le hasard réserve à ceux qui n’attendent rien ?

-                     Qu’en savez-vous ?

-                     Rien, je le devine…

-                     Vous êtes partie plutôt précipitamment cet après midi !

-                     J’avais à faire !

-                     Vous êtes une drôle de fille ! comment vous appelez vous ?

-                     Cléo

-                     Mois c’est Louis.

-                     Alors bonsoir Louis !

-                     Que faites-vous là ? on dirait que vous me suivez. Déjà dans la galerie après le parc…

-                     Ce matin c’est vous qui m’avez abordé, non ?

-                     C’est vrai…Mais ce soir ?

-                     Une coïncidence ?

-                     Ok, ça me va.

Je me suis penché sur son dessin, je n’y voyais rien d’autre que du mouvement, j’entendais presque la musique, c’était bien plus que beau, troublant. Hendrix paraissait vivre sur papier.

-                     Vous êtes très douée !

-                     Merci.

-                     Qu’allez-vous faire de ce dessin ?

-                     Vous le voulez ?

-                     Non, c’est à vous, je ne saurais pas où le mettre.

-                     Sur un mur, peut-être ?

-                     Ce n’est pas ce que je voulais dire, enfin, là maintenant, je n’ai même pas de poche assez grande et je ne voudrais pas le plier….et puis non, c’est à vous, gardez le.

-                     Vous êtes sur ?

-                     Absolument !

Ses yeux se sont fixés sur moi, intensément. Elle paraissait lire en moi, détaillait la moindre de mes rides, mes premiers cheveux blancs et ma barbiche poivre et sel.

-                     Vous avez une irrésistible envie de changer de vie, je me trompe ?

-                     Non, c’est vrai.

-                     Laissez vous aller, ne résistez pas.

Julien est arrivé dans la pièce et m’a fait un grand signe en s’approchant à grand pas.

-                     On doit rentrer, Claire vient de gerber ses tripes dehors !

-                     Quoi ?

-                     Tu te rappelles le vendeur de shit ? il lui a refourgué une belle merde ! celui-là si je lui mets la main dessus…

-                     Julien, voilà Cléo !

-                     Qui ?

Je me suis tourné vers elle, elle n’était plus là.



photo : Mark Lanegan par Charles Peterson

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Par jlm
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Vendredi 12 juin 2009


Claire nous a rejoints une heure plus tard, pimpante, pleine de vie et souriante. Elle a une capacité hors du commun à passer de l’ombre à la lumière, à effacer le temps comme si rien ne s’était passé.

Nous étions toujours sur la terrasse du « lieu unique », et nous la vîmes arriver donc, un peu surpris, ou du moins Julien plus surpris que moi. Elle alluma une cigarette dans ses derniers mètres.

Claire fume beaucoup, et ça s’entend, elle a quelques cailloux au fond de la gorge, comme une Marianne Faithful trentenaire, en brune, d’ailleurs elle fume de tout, même la saloperie vendue par le type sous le métro aérien. Il me semble d’ailleurs qu’elle a déjà tout essayé, le pire comme le meilleur. Accessoirement elle peut boire beaucoup aussi, elle encaisse bien, nous avons passés quelques soirées entre nous à boire plus que de raison, sans nous presser, mais jusqu’à liquidation des soutes. Elle nous a couchés plusieurs fois, rarement l’inverse.

  Mais surtout, elle en jette pas mal quand elle sort avec ses tenues, toujours tirée à quatre épingles dans ses tailleurs et ses chemisiers blancs. Je crois bien ne l’avoir jamais vue en tenue négligée. Claire c’est la grande classe. L’image de la parisienne sophistiquée. Elle attire les mecs plutôt facilement, mais Julien veille au grain, en mec jaloux. Je sais ce qui l’anime au fond. Elle est si belle et lui se croit si misérable, qu’il la voit chaque jour comme un miracle malgré leurs engueulades, les cris et les larmes. Claire et Julien c’est une perpétuelle comédie baroque  fellinienne. Un théâtre permanent avec ses grands gestes, les dialogues forcé et le souci d’occuper l’espace. A coté, je suis tout petit, me contentant d’un coussin, d’un bout de table et d’un verre.

Quand Claire est arrivée donc, elle a fait mentir Julien sur ses éclats névrotiques de la journée. Comme si rien ne s’était passé. Elle nous a embrassés, julien un peu plus que moi, et s’est collée à lui comme une chatte en quête d’amour. Avec ça, Julien était rhabillé pour la soirée, calé comme un gros matou satisfait. Je me les suis imaginé ronronner et j’ai souris l’espace d’un instant.

C’est Julien qui a commencé.

-                     Louis a rencontré une fille !

-                     Nooon !

-                     Si, hein Louis ?

-                     Raconte !

-                     Il n’y a rien à raconter, merde ;

-                     Allez, dis-lui !

-                     Allez, dis-moi !

-                     Bon, je disais à Julien tout à l’heure que j’ai rencontré une fille par hasard deux fois à quelques jours d’intervalles.

-                     Où ça ?

-                     La première fois au petit parc du coté de Cluny, ensuite aujourd’hui sur Rivoli en bas du squat d’artistes, elle en sortait.

-                     Et alors ?

-                     Alors on a discuté un peu, je lui ai payé un café, il pleuvait, elle avait ruiné les dessins qu’elle avait dans son sac…voilà !

-                     T’as un rencard ?

-                     Non, rien !

-                     T’as son nom ?

-                     Même pas, je n’ai rien, ni son nom, ni son téléphone, ni son adresse, que dalle !

-                     T’es incroyable ! Elle a accepté de boire un café avec toi, à votre deuxième rencontre elle t’aurait bien donné un numéro et un prénom ! tu veux bien me commander un verre Julien ?

-                     Ouais…

-                     T’as rien demandé alors ?

-                     Non, rien, je ne sais pas, je n’ai pas osé, elle avait quelque chose de spécial.

-                     Pff ! avec toi toutes les filles ont quelque chose de spécial. De nos jours il faut attaquer direct !

-                     C’est comme ça que julien t’as eue ? en attaquant direct ?

-                     Direct, oui, même s’il a fallu qu’il boive quelques verres avant pour se donner du courage !

-                     Vous aimez ça, n’est ce pas ?

-                     Comment ça ?

-                     Faire attendre les mecs, les faire mariner dans leur jus jusqu’à ce qu’ils craquent ?

-                     Ce n’est pas un acte de torture, non plus, hein ! c’est juste la drague, le jeu de la séduction, enfin tu vois quoi.

-                     Non, jamais, je suis nul à ce jeu là.

-                     Alors prend ça comme quelque chose de spontané, lâche toi et ça sortira tout seul.

Julien est revenu avec un plateau et trois verres. Je commençais a sentir les effets de l’alcool, j’avais besoin de manger un morceau.

Claire se remit à ronronner et à frotter le dos de son mec comme s’il avait besoin qu’on le réconforte ou qu’on le réchauffe.

-                     Tu crois que tu la retrouveras ?

-                     Qui te dit que j’ai envie de la retrouver ?

-                     Ça se voit dans tes yeux, ils brillent !

-                     J’ai faim…

Je n’avais surtout pas envie de poursuivre cette conversation embarrassante, je voulais qu’on se tire et qu’on se pose ailleurs. Il y avait une exposition consacrée à un photographe rock à la villette, une rétrospective sur ces trente dernières années entre les Stones, Iggy Pop et Nirvana, Julien suggéra qu’on y aille faire un tour. C’était Ok pour moi, pour claire aussi, le métro n’était qu’à quelques pas.

Nous avons quitté la terrasse, bras dessus, bras dessous à vitesse lente. En remontant la rampe pavée pour revenir dans le monde des fous, j’ai remarqué un petite tente de fortune confectionnée à l’aide de bâche noire et de cartons, pile sous le pont, de l’autre coté d’une grille de fer. Nous étions jeunes, plus ou moins friqués selon le jour du mois – mais dans l’ensemble on n’en s’en tirait pas trop mal – et nous sortions à notre guise. Là, devant moi, un pauvre type me regardait, le buste hors de sa cabane, comme un lapin la nuit qui s’arrête ébloui par les phares d’une voiture, comme s’il attendait un geste. Je n’avais pas grand-chose, mais d’un regard fugace j’ai eu l’impression qu’il me racontait sa vie en même temps qu’il sondait mon âme, comme un viol, rapide, désagréable. Je me suis frotté les yeux, j’ai regardé ailleurs. Quelle chienne de vie.

-                     Foutons le camp, on mangera un morceau à la Villette.

-                     Un italien, j’ai envie de manger des pâtes glissa Julien sournoisement.

-                     Ah oui ! Bonne idée, répondis Claire qui ne releva même pas l’allusion à leur dernière crise.

Il faisait maintenant quasiment nuit et je pouvais apercevoir la lune se refléter sur l’eau du bassin de la Villette. De chaque coté de ses berges, les néons bleus et rouges des deux cinémas, comme les balises d’un chenal, signalaient les cohortes d’aficionados des productions indépendantes et guidaient la navette qui faisait des ronds dans l’eau. Un ticket, une traversée ! Pourvu qu’il n’y ai pas de tempête ce soir.

Claire s’arrêta deux minutes près d’un des dealers de la rotonde et revint avec sa tête d’affranchie, pendant que Julien rêvait tout haut de crever l’ordure. Moi, je me contentais de regarder l’étrange marchandage, indifférent. Probablement que ce qui m’emmerdait le plus était la possibilité de me faire serrer pour une connerie à vingt euros dans le sac de Claire par une patrouille de dogues agressifs, mais je suppose qu’ici il fallait savoir vivre dangereusement. N’empêche, il fallait que j’en glisse un mot à Claire, elle faisait chier.



Photo : Lavomatic

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A propos de moi...

  • sentiers-battus
  • : Que dire ? que j'écris, que ça vient tout seul, que je ne sais pas encore quand cela s'arretera. J'ai déjà créé une belle gallerie de personnages et j'aime les faire vivre un court instant pour saisir une tranche de vie. et vous ça va ?

Présentation

Coupat.....ble

 


Julien Coupat est toujours en prison...sans preuves, parce que "l'antiterrorisme est la forme moderne du procès en sorcellerie".

Du côté de la police, on commence à paniquer, il faut trouver des éléments convaincants pour justifier tout cela… à mon avis il va y avoir une grosse manipulation sous peu, un truc qui va exploser dans la presse, que des zélés scribouillards comme Cornevin du Figaro se chargeront de relayer, et qui leur permettra de (tenter) de dire “Vous voyez, c’étaient des méchants, on a eu raison des les coffrer…”

[David Dufresne - Mediaprt - Jeudi 23 avril 2009]

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Pour résumer...

  "Les Anges" est une gallerie de personnages de la Bay Area, des gens ordinaires pris en flagrant délit de rien, dans leurs vies de tous les jours, comme un recueil d'instantanés. "Les Anges" parle de vous, de moi, de tout le monde. Des vies ordinaires, insignifiantes, mais baignées par le vent, le fog et le soleil californien et l'esprit de ceux qui m'ont influencés. Kerouac, Djian, et le vieux dégueulasse. Il se trouve maintenant (et pour moins cher) chez "thebookedition"

  Isa (Too Drunk To Fuck) c'est la rencontre de Dave, Isa et Theo, mais c'est aussi Phoebe et Ed, une bande de trentenaires en décalage avec la morale et les conventions entre le Castro et Valencia, North Beach et Oakland. Ensemble ils vont affronter quelques épreuves, les conneries d'Isa, l'homophobie et les principes religieux. Il y aura bien de l'alcool, de la drogue et du sexe, il y en aura pour tout le monde, homos ou hétéros, mais c'est surtout une chronique de la tolérance au quotidien autour de la baie de San Francisco.


Ned's Rock est une histoire sur le deuil et la résilience,  une rencontre entre deux personnes écorchées par la vie, dans le nord de l'Amérique et la région de Seattle. C'est aussi un retour sur le passé pour une femme et un homme qui n'ont pas grand chose d'autre en commun que leurs regards sur de vieilles blessures et la manière d'y faire face.

OD comme Over-Dose, comme ode, comme Over-Drive, comme Oscar Douglas, comme Occupation Double, comme Opération Délicate, comme Origine Diverse, comme Objet Direct, surchauffe, des bouts de rien, des morceaux de pas grand chôse, rien de très joli en tout cas, ni rien de sérieux...

 

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Les Tee shirts de la semaine sont des créations personnelles pour financer l'envoi de manuscrits (la poste, la reliure et les feuilles) là dessus je ne touche que 2€ par commande, cliquez sur ce lien, il y en a plein d'autres et vous pouvez choisir la couleur, la coupe, toussa toussa....(on se débrouille comme on peut)

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TibiscuitLe Blog de Thuy PHAM, une rennaise en séjour à San Francisco.  Thuy ne se raconte pas vraiment sur son blog, mais le déroule comme un carnet de voyage.  Plein d’articles sur la ville, les bonnes adresses, les évènements culturels, les ballades hors de la ville (Los Angeles, San Diego, Lake Tahoe.) Thuy raconte également les différences culturelles entre la France et la Californie, c’est le journal d’une expatriée.

Un stock impressionnant de photos !

Nathalie Pahud-Briquet

 Nathalie Pahud-Briquet

Nathalie Pahud est enseignante et photographe. Je suis tout d'abord tombé par hasard sur ses photos sur Flickr. Des photos d'elle, de ses ballades, de la ville et une magnifique gallerie de portraits. Ensuite, j'ai trouvé un ancien Blog ou elle se raconte, et parle de son expérience d'enseignante de l'East bay.
Elle m'a gentillement autorisé à utiliser deux portraits pour l'histoire de
Mad Joe & Tricky, et inspiré une autre histoire, La plus grande petite ville du monde.
Je vous invite donc à aller faire un tour sur sa Gallerie.


Les Nouvelles nouvelles Chroniques de San Francisco

Le Blog de Didier, un Expatrié Français à San Francisco. Ses tribulations, ses ballades, ses reflexions, à la découverte des clés qui permettent de mieux connaitre la ville, ses habitants et le système Américains.

Obligatoire part. II

Go Francisco



Go Francisco est un site pertinent bourré d'infos sur la ville, mis à jour régulièrement.
Si vous voulez des adresses de restos, des indications sur le climat, ou tout simplement, si vous voulez ramener des fringues mais que vous ne connaissez pas votre taille US, tout y est.
Vous y trouverez également des WebCams, et un forum de discussion.


Des grenouilles dans la vallée

Des grenouilles dans la vallée, un blog très fourni par un expatrié qui vit et travaille à San Francisco depuis une dizaine d’année. Egalement une grosse source d’informations sur  les us et coutumes des habitants de la baie, la culture, et la géographie, la bouffe et les humeurs. Des articles intéressants, drôles et variés, un des meilleurs blog d’expat qu’il me soit arrivé de lire.

 



SF GATE est le site internet du SF Chronicle, Le journal où est censée travailler Phoebe. Il constitue l'un des plus importants journaux de Californie. Il a été créé en 1865, et s'appelait alors The Daily Dramatic Chronicle. Il est possédé par la Hearst Corporation, et son tirage quotidien atteint 512 000 exemplaires en semaine, et 540 000 le dimanche. Cliquez directement sur la bannière si vous voulez consulter son site.



Craigslist est un site Web créé par Craig Newmark, offrant des annonces classées (avec des rubriques telles qu'offres d’emplois, curriculum vitæ, logements, annonces personnelles, objets/services désirés/offerts/à échanger et événements communautaires)
 ainsi que des Forums de discussion sur différents sujets.
C'est LE site d'annonces de référence à San Francisco qui a fait son chemin depuis sa création en 1995, puisqu'on le retrouve maintenant aussi à Paris




Only in sanfrancisco est le Blog de Geneline : un personnage à deux têtes féminines qui totalisent à elles deux vingt ans de vie à San Francisco, vingt ans de découvertes et d’amour de cette ville mythique.
Beaucoup d'informations pour moi, pour connaitre la ville, des billets courts et pertinents...

 


Le principe du site est simple, chaque jour (si possible, mais il peut arriver qu'il y ai une absence) Manuel Guerzoni, un photographe Français expatrié, met en ligne une nouvelle photo de San Francisco. Une simple photo, enfin pas si simple que ça. Ce ne sont pas des photos pour cartes postales, ni le genre souvenir de vacances, ce sont les rues, les gens, le coeur de la ville.


Fog Bay est comme un livre de voyage, un blog qui vous fait découvrir San Francisco au jour le jour. Son auteur voulait créer un lieu pour montrer sa ville, ses bons coins pour ses amis ou ses invités de passage. C'est très réussi.

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La vie trépidante d’Eve, fan des Cramps, des Adicts et de tout le punk old school en général. La musique et le cul, le tir de scud, et les problèmes de ménage entre deux binouzes.  C’est très drôle. Si vous n’aimez que le mainstream, passez votre chemin..





On the road with Jerry


 un blog qui  se propose de nous faire découvrir la culture des 60’s, l’art, la musique, la littérature, le cinéma, la Beat Generation. C’est aussi un blog fortement influencé par la musique de Jerry Garcia et des Gratful Dead. Un blog qui parle aussi de la relève, des nouveaux groupes blues – folk – garage…


Une petite chanson toute molle :



Mais peut être préfererez vous les ARCTIC MONKEYS  et leur "FAKE TALES OF SAN FRANCISCO"





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