Vendredi 19 juin 2009

J’ai passé la semaine sans sortir de chez moi autrement que pour aller bosser de l’autre coté de Paris. Métro exécré, foule bovine, abattoir permanent. Je me demandais si les porcs avaient conscience de leur fin quand on les chargeait dans les grandes bétaillères, si les parisiens avaient conscience qu’on leur suçait la moelle jour après jour. J’avais conscience de servir la collectivité comme eux, je faisais mon job ni plus ni moins qu’eux et je me voyais comme eux passer les portiques de sécurité, les portes qui ne s’ouvraient que dans un sens, celui qu’on nous programmait. J’étais Sam Lowry(1), mon salut était dans mon rêve, j’étais dévoré tout cru par l’administration et les canaux d’alimentation de la machine, passant d’une veine à une autre chaque jour. J’effectuais un retrait sensible, un pas de coté, en dehors de cet univers Kafkaïen, je refusais le rôle de Joseph K(2), j’entrais progressivement en résistance avec le risque du rejet. 

Soit un bon soldat, ne te fais pas remarquer, va chez le coiffeur, mets un costume, rase-toi chaque matin, met un pied devant l’autre et recommence, ne t’arrête pas, marche droit, marche au pas, ne pointe pas du doigt, met la main devant la bouche quand tu éternues, excuse-toi, demande pardon, dis bonjour à la dame, au docteur, au curé, à ton chef, ne roule pas trop vite, attention aux panneaux, ne fume pas, ne bois  pas, ne te drogue pas, ne baise pas, c’est pas bien, c’est mal poli, c’est mal élevé, ça ne se fait pas, tu seras puni, tu iras en prison, tu n’ira pas au paradis, tu l’emportera en enfer. Tout était fait pour briser la moindre idée de révolte, le plus petit atome de pensée alternative ou de comportement déviant. J’ai un numéro INSEE, un numéro de sécu, un numéro de mutuelle, un numéro de téléphone, un numéro d’appartement, un code postal, une plaque minéralogique, un numéro gagnant ou un numéro perdant. J’ai pourtant un nom et un prénom. Plus tard j’aurais un numéro d’allée et un numéro de travée, sur ma tombe j’aimerais qu’on grave un code-barres, ou simplement mon numéro de sécu.

Ce matin, je prends un vélo et je décide de traverser Paris en passant par les grands boulevards pour rejoindre mon bureau. La Fayette, Opéra, Madeleine, Concorde, les invalides et La Motte Piquet. C’est en abordant le champ de Mars que je l’ai vue, assise sur les marches du mur de la paix ironiquement élevé devant l’école militaire, son grand cahier à la  main,  l’air appliquée à dessiner la vieille statue du glorieux soldat. J’ai failli tomber, percuter une voiture. Il avait suffit d’un simple regard vers la droite, juste un. J’aurais tout aussi bien pu ne pas regarder, attendre quelques secondes et porter mon regard sur la tour Eiffel, mais non, j’ai regardé cette absurdité, rien de pire pour symboliser la paix qu’un mur, fût-il fait de verre, et bordé de poteaux dont on espère qu’ici, à Paris, ils ne serviront pas pour des exécutions. Toujours la même robe à fleur, la même posture concentrée.

J’ai créé une belle panique en coupant la route pour la rejoindre sans me faire tuer. Un concert de klaxons, quelques injures et des crissements de pneus en plein freinage. Elle se tenait là face à moi, perdue sur la grande feuille blanche tandis que son crayon dansait une chorégraphie compliquée, faites de longs sauts et de petits pas nerveux.

-                     Vous saviez que j’allais passer, n’est ce pas ?

-                     Bonjour ! répondit-elle en souriant. C’est une belle journée n’est ce pas ?

-                     Oui, peut-être un peu tôt pour dessiner à l’heure ou les gens vont au boulot.

-                     Non, voyez comme la lumière donne un effet particulier aux plis de son visage ! c’est tout à fait l’heure, au contraire.

-                     Vous vous moquez de moi.

-                     Et pourquoi ça ?

-                     Vous me suivez. Je ne sais pas comment vous faites mais vous me suivez !

-                     Allons, allons, quelle idée ! je vous signale que c’est vous qui arrivez toujours là ou je dessine, sauf peut-être à la galerie, mais c’était un hasard.

-                     Il n’y a pas de hasard, c’est trop gros.

-                     Quand bien même, ma présence vous gène?  C’est vous qui m’avez abordé près de l’hôtel de ville, c’est vous qui êtes venu vers moi à la Villette, c’est encore vous qui avez traversé la rue pour venir me retrouver ce matin, encore, qui suit qui ?

Un bref instant j’eu l’impression que nous étions seuls au monde, dans une bulle intemporelle, j’étais traversé par une sourde angoisse, la gorge sèche et la sensation de ne rien comprendre.

-                     Vous voulez marcher un peu, louis ? me demanda t-elle.

-                     Pourquoi pas, après tout.

Elle se leva et nous partîmes en direction des quais par l’allée centrale, moi en poussant mon vélo, elle en serrant contre son flanc son grand sac à dessins.

-                     Qui êtes-vous ?

-                     Personne en particulier. Et vous ? qui êtes-vous ?

-                     Vous n’avez pas répondue à ma question, pourquoi devrais-je répondre à la votre ?

-                     Que voulez vous savoir alors ?

-                     Me suivez-vous ?

-                     J’avoue, oui !

-                     Pourquoi ?

-                     Vous avez besoin d’aide.

-                     Je n’ai besoin de personne.

-                     Vous ne le savez pas, c’est tout.

-                     Je ne comprends pas !

-                     Pourquoi toujours chercher à comprendre, vous passez votre temps à vous faire des nœuds au cerveau, Louis, vous avez besoin d’aide, je l’ai vu, c’est tout, prenez-le comme ça.

-                     Comment l’avez-vous vu ? je veux dire, ça se voit sur mon visage ? j’ai une aura lumineuse qui clignote et qui fait « help ! »

-                     On peut se passer de vos sarcasmes !

-                     Désolé, vous me perturbez, vous êtes comme une interférence dans mon existence. Vous arrivez comme un cheveu sur la soupe, vous télescopez mes trajectoires, et vous jouez à la sublime ingénue mystérieuse, comment vous faites ?

-                     C’est de la magie.

-                     Vous voyez ? vous recommencez !

-                     Quoi ? non, prenez-moi au sérieux pour une fois ! je suis votre muse, Louis, je dois vous aider à vous révéler, vous n’êtes encore qu’une chenille dans un costume trop étroit, d’ailleurs vous le sentez bien vous-même, votre vie ne vous convient plus, vous avez d’autres aspirations, d’autres rêves, je suis là pour vous dire, « Allez-y, foncez ! » vous trouverez la force suffisante en vous pour démarrer une nouvelle aventure, et puis vous le savez bien ! toute votre vie tendait vers ce but. Tout le reste n’était qu’une répétition ou un grand tâtonnement. Vous avez marché dans le noir, vous vous êtes cogné aux murs, vos rêves vous ont apportés la lumière comme une évidence, je suis vos rêves.

-                     Ouais, c’est ça ! et la marmotte elle met le chocolat dans l’alu ! c’est quoi ? une caméra cachée ? c’est un tour de Julien ?

Je me suis retourné, elle devait avoir un complice, Julien se foutait de moi, et se planquait certainement quelque part à se gondoler comme un malade. J’ai cherché, j’ai scruté les planques possibles, il n’était pas là.  J’ai appelé, même et je me suis retourné vers elle, elle avait disparue…
Sam Lowry : Héro du film "Brazil" de Terry Gilliam (1985)
Joseph K : Personnage principal du roman "le procès" de Franz Kafka (1925), qui se réveille un matin et qui pour une raison que l'on ne découvre jamais, est arrêté et soumis aux rigueurs de la justice.


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Par jlm - Publié dans : Une vie parisienne - Communauté : les auto-édités
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A propos de moi...

  • sentiers-battus
  • : Que dire ? que j'écris, que ça vient tout seul, que je ne sais pas encore quand cela s'arretera. J'ai déjà créé une belle gallerie de personnages et j'aime les faire vivre un court instant pour saisir une tranche de vie. et vous ça va ?

Présentation

Coupat.....ble

 


Julien Coupat est toujours en prison...sans preuves, parce que "l'antiterrorisme est la forme moderne du procès en sorcellerie".

Du côté de la police, on commence à paniquer, il faut trouver des éléments convaincants pour justifier tout cela… à mon avis il va y avoir une grosse manipulation sous peu, un truc qui va exploser dans la presse, que des zélés scribouillards comme Cornevin du Figaro se chargeront de relayer, et qui leur permettra de (tenter) de dire “Vous voyez, c’étaient des méchants, on a eu raison des les coffrer…”

[David Dufresne - Mediaprt - Jeudi 23 avril 2009]

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Pour résumer...

  "Les Anges" est une gallerie de personnages de la Bay Area, des gens ordinaires pris en flagrant délit de rien, dans leurs vies de tous les jours, comme un recueil d'instantanés. "Les Anges" parle de vous, de moi, de tout le monde. Des vies ordinaires, insignifiantes, mais baignées par le vent, le fog et le soleil californien et l'esprit de ceux qui m'ont influencés. Kerouac, Djian, et le vieux dégueulasse. Il se trouve maintenant (et pour moins cher) chez "thebookedition"

  Isa (Too Drunk To Fuck) c'est la rencontre de Dave, Isa et Theo, mais c'est aussi Phoebe et Ed, une bande de trentenaires en décalage avec la morale et les conventions entre le Castro et Valencia, North Beach et Oakland. Ensemble ils vont affronter quelques épreuves, les conneries d'Isa, l'homophobie et les principes religieux. Il y aura bien de l'alcool, de la drogue et du sexe, il y en aura pour tout le monde, homos ou hétéros, mais c'est surtout une chronique de la tolérance au quotidien autour de la baie de San Francisco.


Ned's Rock est une histoire sur le deuil et la résilience,  une rencontre entre deux personnes écorchées par la vie, dans le nord de l'Amérique et la région de Seattle. C'est aussi un retour sur le passé pour une femme et un homme qui n'ont pas grand chose d'autre en commun que leurs regards sur de vieilles blessures et la manière d'y faire face.

OD comme Over-Dose, comme ode, comme Over-Drive, comme Oscar Douglas, comme Occupation Double, comme Opération Délicate, comme Origine Diverse, comme Objet Direct, surchauffe, des bouts de rien, des morceaux de pas grand chôse, rien de très joli en tout cas, ni rien de sérieux...

 

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Les Tee shirts de la semaine sont des créations personnelles pour financer l'envoi de manuscrits (la poste, la reliure et les feuilles) là dessus je ne touche que 2€ par commande, cliquez sur ce lien, il y en a plein d'autres et vous pouvez choisir la couleur, la coupe, toussa toussa....(on se débrouille comme on peut)

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TibiscuitLe Blog de Thuy PHAM, une rennaise en séjour à San Francisco.  Thuy ne se raconte pas vraiment sur son blog, mais le déroule comme un carnet de voyage.  Plein d’articles sur la ville, les bonnes adresses, les évènements culturels, les ballades hors de la ville (Los Angeles, San Diego, Lake Tahoe.) Thuy raconte également les différences culturelles entre la France et la Californie, c’est le journal d’une expatriée.

Un stock impressionnant de photos !

Nathalie Pahud-Briquet

 Nathalie Pahud-Briquet

Nathalie Pahud est enseignante et photographe. Je suis tout d'abord tombé par hasard sur ses photos sur Flickr. Des photos d'elle, de ses ballades, de la ville et une magnifique gallerie de portraits. Ensuite, j'ai trouvé un ancien Blog ou elle se raconte, et parle de son expérience d'enseignante de l'East bay.
Elle m'a gentillement autorisé à utiliser deux portraits pour l'histoire de
Mad Joe & Tricky, et inspiré une autre histoire, La plus grande petite ville du monde.
Je vous invite donc à aller faire un tour sur sa Gallerie.


Les Nouvelles nouvelles Chroniques de San Francisco

Le Blog de Didier, un Expatrié Français à San Francisco. Ses tribulations, ses ballades, ses reflexions, à la découverte des clés qui permettent de mieux connaitre la ville, ses habitants et le système Américains.

Obligatoire part. II

Go Francisco



Go Francisco est un site pertinent bourré d'infos sur la ville, mis à jour régulièrement.
Si vous voulez des adresses de restos, des indications sur le climat, ou tout simplement, si vous voulez ramener des fringues mais que vous ne connaissez pas votre taille US, tout y est.
Vous y trouverez également des WebCams, et un forum de discussion.


Des grenouilles dans la vallée

Des grenouilles dans la vallée, un blog très fourni par un expatrié qui vit et travaille à San Francisco depuis une dizaine d’année. Egalement une grosse source d’informations sur  les us et coutumes des habitants de la baie, la culture, et la géographie, la bouffe et les humeurs. Des articles intéressants, drôles et variés, un des meilleurs blog d’expat qu’il me soit arrivé de lire.

 



SF GATE est le site internet du SF Chronicle, Le journal où est censée travailler Phoebe. Il constitue l'un des plus importants journaux de Californie. Il a été créé en 1865, et s'appelait alors The Daily Dramatic Chronicle. Il est possédé par la Hearst Corporation, et son tirage quotidien atteint 512 000 exemplaires en semaine, et 540 000 le dimanche. Cliquez directement sur la bannière si vous voulez consulter son site.



Craigslist est un site Web créé par Craig Newmark, offrant des annonces classées (avec des rubriques telles qu'offres d’emplois, curriculum vitæ, logements, annonces personnelles, objets/services désirés/offerts/à échanger et événements communautaires)
 ainsi que des Forums de discussion sur différents sujets.
C'est LE site d'annonces de référence à San Francisco qui a fait son chemin depuis sa création en 1995, puisqu'on le retrouve maintenant aussi à Paris




Only in sanfrancisco est le Blog de Geneline : un personnage à deux têtes féminines qui totalisent à elles deux vingt ans de vie à San Francisco, vingt ans de découvertes et d’amour de cette ville mythique.
Beaucoup d'informations pour moi, pour connaitre la ville, des billets courts et pertinents...

 


Le principe du site est simple, chaque jour (si possible, mais il peut arriver qu'il y ai une absence) Manuel Guerzoni, un photographe Français expatrié, met en ligne une nouvelle photo de San Francisco. Une simple photo, enfin pas si simple que ça. Ce ne sont pas des photos pour cartes postales, ni le genre souvenir de vacances, ce sont les rues, les gens, le coeur de la ville.


Fog Bay est comme un livre de voyage, un blog qui vous fait découvrir San Francisco au jour le jour. Son auteur voulait créer un lieu pour montrer sa ville, ses bons coins pour ses amis ou ses invités de passage. C'est très réussi.

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