Mercredi 17 juin 2009

Je pourrais passer des heures à parler de ces gens que je croise chaque week-end dans ce bar. J’ai appris à les observer tout en restant neutre, invisible. Je suppose que je suis pour eux le type du fond qui ne parle jamais, qui lève à peine la tête de son journal ou qui reste les yeux dans le vague, sans faire de bruit, juste celui de la tasse qui tinte sur le formica de la table bancale. Mais je les observe, oui, je les écoute raconter leurs vies. De petites vies faites de petits chagrins, de petites misères et de petites habitudes. La grosse rougeaude qui passe chaque dimanche matin prendre un expresso bien serré et n’y met jamais de sucre. Elle a des problèmes de varices - et on le voit bien d’ailleurs - va « au » docteur chaque mois mais ce dernier ne lui file « rien que des saloperies ». Son mec, René, ne sort jamais que pour acheter ses bières et claquer quelques billets au PMU. René est un « faignant » qui ne baise plus, ne la regarde plus, ne la touche plus. De toute façon elle « voudrait qu’elle le ferait pas ! Parole » parce que le sexe et elle, le divorce à été prononcé il y a longtemps.  Je ne suis pas sûr qu’elle l’ai réclamé, avec son sourire inversé, son poireau sur le nez et ses yeux chialeux elle ressemble à s’y méprendre à Jean Carmet avec une mauvaise perruque filasse blonde. Pour compléter le tout, je crois bien ne l’avoir jamais vue avec autre chose sur le dos qu’un long gilet gris, peut être blanc dans le temps…

Quand elle ne parle pas de « son » René, pauvre animal de compagnie lié jusqu’à la fin de sa vie à sa bourgeoise avachie, c’est la France entière qui en prend pour son grade. Nous sommes tous responsable de ses malheurs ! Qu’on se le dise, ça permet de la comprendre. Il y a trop de noirs, trop d’arabes, s’ils sont là c’est pour nous piquer « not’ blé et not’ travail qu’on avait ». Les camps de rétentions ou les centres de concentration – elle ne sait pas bien – c’est pour leur bien « et pis un peu aussi pour le not’ ».  Les deux jeunes de son immeuble sont homos ? « Les pédés c’est rien que des enculés ! » lâche t-elle comme une sentence. Le facteur est noir, ça ne l’étonne pas que le courrier disparaisse. Les flics sont des « faignants qui font rien qu’à faire chier » et qui feraient mieux de bosser au lieu de nous les briser, mais plus ils bossent, plus ils font chier. Elle est comme ça, tout le monde en prend pour son grade.

 

Il y a Farid, le beau gosse de quarante cinq ans, qui n’en avoue gravement que trente malgré ses tempes grises, qui bricole dans la mécanique au noir et qui m’a donné un coup de main un jour en me fourguant un démarreur d’occasion pour ma vieille Rover qui pourrit dans un parking souterrain du coté d’Oberkampf. Il est sympa, un peu bandit quand il fait nuit, je le sais, je ne saurais même pas expliquer pourquoi. Ses yeux probablement, sa peau tannée de mécano, sa force inhabituelle quand il serre la main. Il y a un je ne sais quoi de gitan chez lui. Je parierais presque qu’il a un surin dans la poche de son manteau. Lui, il passe pour acheter ses cigarettes, boire une bière à dix heures du matin et s’éclipser aussi sec. Quand il arrive, la rougeaude s’agrippe à son sac à main, en le regardant de haut.

Régulièrement elle crache un « je ne sais pas comment tu fais pour accepter les arabes dans ton bar ! » au patron qui répond « Mai moi aussi je suis arabe » du ton le plus neutre possible.

« Mais toi c’est pas pareil ! »

Tout est dit. Il tient la caisse, les futs de bière et sert le café, il est forcément l’exception.

Quand Farid se tire, il lui cracherait bien à la gueule, je le vois. Il me sourit vaguement, me fait un signe de la main et s’éclipse en direction de la rotonde.

Le patron du bar, c’est Hicham. « Hich » pour tout le monde. Il y a du Fred Chichin en lui. Ses joues creusées, son teint cadavérique, malade virant du jaune au gris selon son état et ses dents pourries sur fond de costume de cafetier, toute une vie en noir et blanc. Je pense qu’il a mon âge, mais il en parait tellement plus ! La résignation pèse sur ses épaules et l’accable. C’est simple, Hicham est vouté, lent et triste, mais il a autre chose en lui de bien plus costaud, comme une imperméabilité à la bêtise, une sagesse qui lui fait supporter stoïquement la crasse et l’étroitesse d’esprit de la rougeaude et de tous les rougeauds du quartier, de la gare de l’Est jusqu’à Jaurès.  Récemment il a fait peindre le bar en noir sur les conseils branchés d’une relookeuse déco du petit écran. Ce n’est pas elle qui est venue, mais il l’a vu faire, alors…. Il a rajouté quelques cadres rétros chiné chez le chinois d’en face et un grand néon rose très kitch quand il l’allume le soir. C’est franchement lamentable, Farid a trouvé classe,  mais son pain est généreux, son crème parfait et il tient la meilleure terrasse du faubourg, un coin stratégique face à l’entrée du métro.

Ce matin j’ai essayé de penser à autre chose qu’aux évènements de la veille, je me suis concentré sur la rougeaude et ses histoires de fisc et de « remboursements d’la sécu », peine perdue. Je revois encore son visage et j’entends encore ses paroles « Vous avez une irrésistible envie de changer de vie ». Tout le monde aimerait changer de vie, moi comme tant d’autre, ça ne voulait rien dire. C’est comme la voyance, une phrase bateau, une affirmation sans prise de risque. Oui j’avais envie de changer, envie de quitter mon bureau, mes quarante heures par semaine et mes longues suites de tableaux de gestions, mes pavés de comptabilité et les rapports d’enquêtes sur une flopée d’organismes véreux. J’en avais un peu marre des prises de tête et des maux de crâne à ressasser des emplois du temps bidons, des fausses factures et des pressions constantes d’anciens fiscaux reconvertis dans l’arnaque juteuse. On tentait de dépénaliser le droit des affaires, quelle merde. Ces arnaqueurs en col blanc et leurs avocats gagnaient cent fois plus que moi et flattaient mon expertise dans l’espoir de me faire tomber du mauvais coté du jeu. Tout était un jeu. Je savais, ils savaient que je savais, mais il fallait trouver les failles, les erreurs, tout le monde commet une erreur à un moment ou une autre. Pendant ce temps-là ils flambaient et se marraient. Oui, j’avais d’autres rêves, tout envoyer balader, au choix – et Miller ne m’aidait pas beaucoup avec son tropique du capricorne - ou murir mon projet, prendre le temps, me concentrer sur ce qui me paraissait essentiel. Mais bon dieu, tout le monde veut changer quelque chose dans sa vie ! Je n’avais rien d’exceptionnel, RIEN !!!

J’ai terminé mes tartines, formidables comme toujours, et je suis parti faire un tour vers le bassin dans l’espoir de profiter d’une brise rafraichissante, les meilleurs sont toujours matinales. Pour une fois je n’ai pas fait attention à la pollution ambiante, à la circulation infernale, ni même au scooter qui a percuté une petite voiture, sans dommage pour personne. Je suis arrivé sur le bassin à l’eau bleue sombre en passant par l’écluse, vaste étendue huileuse et quasi noire qui reflétait le soleil en face, du coté des anciens moulins de la villette.

Nouvelle journée, j’étais en vie, ouais, j’étais en vie…désespérément. Je me tenais debout entre deux mondes, à la croisée des chemins pas très bien battus. Si je regardais le présent ou le passé, je n’y voyais que des parcours sinueux, des coups de chances et des réussites, peu d’échecs heureusement, mais devant m’attendait un vaste chantier, une grande aventure ou un grand plantage, tout dépendait…Il fallait que je m’y mette sérieusement.

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Par jlm - Publié dans : Une vie parisienne - Communauté : les auto-édités
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Mardi 16 juin 2009

-                     Merde, c’est dingue, elle était là !

-                     Qui ça ?

-                     La fille dont je t’ai parlé !

-                     Quand je suis rentré dans la salle il n’y avait que toi et Hendrix, mec !

-                     Je te jure que…

-                     C’est bon laisse tomber, il faut qu’on y aille.

Que lui avait-il pris de partir si vite ? Et comment avait-elle fait ? Je m’en grattais la tête, perplexe, un peu déçu aussi. Cette fille était un courant d’air. Elle m’avait filé entre les doigts comme une anguille et je passais pour un con. J’ai fais un tour rapide des lieux, mais elle n’était nulle part, et pourtant…Pourtant il n’y avait qu’une issue, celle que Julien avait emprunté. « Fait chier ! »

-                     Bon, elle a gerbé alors ?

-                     Ouais, elle est sortie se faire un stick rapide et elle a aspergé une fille avec des restes de nouilles, c’est gore !  C’est tout juste si la fille n’a pas fait une syncope après une crise de nerf.

-                     Et claire ?

-                     Ça peut aller, mais elle est en train de pleurer sur un banc !

-                     C’est une soirée vraiment très romantique pour vous deux, hein !

-                     Non, presque normale, mais ça fait vraiment chier, mec !

Nous avons juste traversé l’expo en vitesse, Claire était dehors, juste en face de nous, les bras croisés bien haut sur la poitrine, la tête dans ses cheveux. Sa victime s’était tirée rapidement pour se changer ou se laver dans les chiottes d’un bar pourri de l’avenue. Ça sentait les frites grasses et le Kebab, on n’avait encore rien mangé de la soirée et je crois bien que c’était foutu pour Claire. Julien me rassura.

-                     On va rentrer. On va choper un métro et on va rentrer bien sagement.

-                     Ça va Claire ?

-                     Beuuuuh !

-                     Oui, bon, Ok ! Rentrez bien ! moi, je vais y aller doucement et manger un morceau sur place, ok ? Je vous appelle demain.

-                     D’accord, à demain !

On s’est embrassés, je les ai laissés partir en les regardant s’éloigner vers la station la plus proche. Claire reniflait penaude.

Au bout d’un moment j’ai traversé la rue et j’ai craqué devant des frites et un hot-dog. Je suis retourné sur le banc, j’avais besoin de faire le point sur cette fille qui jouait avec mes nerfs. Sur l’esplanade, en cette chaude soirée, il y avait un paquet de monde, des bandes de gosses en slim et converse, des clones méchés et dégingandés de Thurston Moore, quelques amoureux qui s’embrassaient dans les bacs de fleurs et aussi une bande d’ivrognes complètement défoncés. Je me fis la réflexion qu’ils avaient cramés leur soirée beaucoup trop tôt et que si Julien et moi avions décidés de nous chauffer le gosier, on y serait encore à regarder le soleil se lever de l’autre coté du canal. Petits joueurs.

N’empêche ! La fille était bien à coté de moi quand Julien est arrivé. On était entrain de parler, comme une bohémienne faisait les lignes de la main, elle lisait dans mes rides. Je me suis demandé si elle ne se foutait pas un peu de moi, j’ai regardé autour de moi sur la place, une barquette de frite dans une main, un demi hot-dog dans l’autre et la bouche pleine. Je me sentis soudainement ridicule. Je me suis levé, j’ai arpenté la place quelques instants et je me suis décidé à renter à pied jusqu’à chez moi du coté de Stalingrad. Ce n’est pas quelque chose d’habituel. Enfin, je peux aller de chez moi à la place de l’hôtel de ville sans problème, mais là, je n’avais pas vraiment évalué la distance, le retour me paru bien long. Le boulevard était pratiquement vide et sombre. Son visage éclairait mon chemin, un visage souriant, ses lèvres bougeaient mais je n’entendais rien, je crois qu’elle avait des choses à me dire et j’avoue, j’étais un peu largué. J’ai bien essayé de penser à autre chose, mais c’est toujours elle que je voyais.  Je me suis attardé sur les détails concrets de ma promenade. Les vitrines moches de Jaurès, les restaurants chinois encore ouverts dégueulant d’or et de rouge avec leur bien maigre clientèle, des couples de vieux désespérés n’ayant rien à se dire, une vieille femme seule et son vieux caddy usé, mais où allait-elle à cette heure là ? Un marchand de rond de chiottes avec des dizaines de ronds de chiottes en vitrine, la grande classe ! Une chose que je n’avais jamais vue ailleurs. Qui aurait pu croire qu’il y avait un spécialiste du rond de chiotte à Paris ? C’était n’importe quoi, mais ça m’aidait de rire, ces pose-fesses à paillettes détournaient mon attention comme il convenait.

Je suis arrivé chez moi lessivé. Mon appartement où personne ne m’attendait. J’ai eu peur en atteignant le portail de la trouver assise à m’attendre, mais il n’y avait personne, juste moi et le silence. J’ai tourné le verrou de ma porte et je me suis effondré sur mon canapé en soufflant. J’ai trouvé la force de prendre la bouteille de whiskey dans son placard et de sortir quelques glaçons du réfrigérateur et je me suis replongé dans mes pensées dans la profondeur de mes coussins bleus et le silence des murs épais du vénérable bâtiment qui me logeait. Paris est une ville bruyante, mais de chez moi je n’entends jamais le moindre bruit, tout juste un lointain grondement, celui des trains de la gare de l’est qui passaient à moins de cent mètres de l’autre coté du pont. Mais oui, je n’entendais vraiment rien, c’était parfait pour la méditation ou les soirées avec Julien et Claire… ou moi et la voisine quand elle a un blues à décrocher les tableaux des murs. Mais ce soir je me suis senti vidé, je suis resté seul avec mon verre, faisant tinter les glaçons machinalement.

J’ai fini par me coucher sans penser au lendemain, sans rêver, je me suis endormi comme une masse, elle avait fini par sortir de ma tête, elle me donnait un répit. Le lendemain je me suis réveillé du bon pied, le soleil dardait sur mes pieds sous les draps. J’ai fais un saut sous la douche avant de sortir prendre un solide petit déjeuner dans un petit bar du quartier où j’avais mes habitudes le week-end. Deux belles tartines beurrées et confiturées, un grand café crème et un jus d’abricot. A neuf heures du matin le sol était déjà jonché de mégots malgré la récente interdiction de fumer dans les établissements – mais ce bar comme tant d’autres, vivait sur le fil – les nouvelles fraiches sortaient de l’écran géant calé sur une chaine d’info et les pochards de l’avenue racontaient leurs mésaventures ou leurs malheurs à coup de vin blanc de mauvaise qualité. J’avais ma place dans un coin près de l’entrée, ça me permettait d’observer, matin après matin, la grande comédie humaine sans avoir à payer plus que le prix d’un petit dèj. Il m’arrivait de ne pas être seul, il y avait d’autres candidats pour ce rôle, mais j’étais le plus régulier, le plus assidu. Sauf que ce matin encore je ne pu m’empêcher de bien regarder autour de moi dans la rue et dans le bar, si je n’étais pas suivi par une drôle de fille avec une robe à fleur, je devenais parano.

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Par jlm - Publié dans : Une vie parisienne - Communauté : les auto-édités
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Lundi 15 juin 2009

Non, ça ne sera pas un article sur le groupe de Hardcore Punk du même nom, mais juste le reflet de l'actualité de ce jour !
En effet, l
a dissolution des deux principales structures françaises de l'Eglise de Scientologie a été requise par le parquet, lundi 15 juin. L'Eglise est poursuivie devant le tribunal correctionnel de Paris pour escroquerie en bande organisée.

Escroquerie en bande organisée


Les deux représentants du parquet, Maud Morel-Coujard et Nicolas Baïeto, ont en outre demandé aux magistrats de la 12e chambre de condamner l'Association spirituelle de l'Eglise de Scientologie - Celebrity Centre (ASES-CC) - et sa librairie (SEL) à payer chacune une amende de 2 millions d'euros.
Par ailleurs, 150.000 euros d'amende, quatre ans de prison avec sursis et cinq ans de privation des droits civiques et civils ont été requis contre le responsable spirituel du Celebrity Centre, Alain Rosenberg.
Le parquet a requis également de la prison avec sursis et des amendes contre les cinq autres prévenus scientologues

Je crois qu'il va faire beau demain...

(source Nouvel Obs)

Par jlm - Publié dans : Actu... - Communauté : agriculture et société
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Lundi 15 juin 2009

 Les Sonic Youth, patrons définitifs de la musique "noise" reviennent ce mois-ci avec leur nouvel album : The Eternal. Ces précurseurs de la No Wave New Yorkaise, toujours sur le pont depuis 1981, sortent là encore une fois un grand album, dans la même veine que les deux derniers opus "Sonic Nurse et Rather Ripped", plus calme, plus pop, mais toujours guidé par une ligne sonore qui est leur marque de fabrique, destructurée, "noise", tendue  avec l'alternance au chant de Kim Gordon - en grande forme - et de Thurston Moore. « Anti-Orgasm » est un des meilleur morceau de l'album et les guitares de « Leaky Lifeboat » regorgent d'inventivité, comme si le groupe avait encore quelque chose à inventer !
Un retour aux fondamentaux dans le style de Daydream Nation ou Sister ? ça sent un peu le pilotage automatique, mais quel reproche peut-on faire à Kim Gordon qui assure toujours autant à la basse et aux chants du haut de ses 56 ans ? Sonic Youth est la quintescence du rock indépendant depuis bientôt trente ans et ils gardent le triomphe modeste, Kim se fait des mèches, Lee assume ses cheveux gris, Moore a toujours sa tête à claque d'éternel ado et grimpe toujours sur les amplis au risque de se tordre le coup (allez les voir en concert, c'est quelque chose !).
à noter le passage du groupe sur le label matador, et un hommage appuyé à Ron Ashton (Stooge)

Par jlm - Publié dans : Actu... - Communauté : agriculture et société
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Samedi 13 juin 2009

La cité de la musique est un endroit formidable à mon sens. C’est un vaste plateau avec de multiples salles, adossé à la cité des sciences de la Villette. Un espace de promenades et de verdure, un lieu dédié à la création et à la mémoire, parfait pour un type comme moi qui aime prendre son temps et flâner le long des chemins.

Il y avait une expo ce soir, de vieilles photos granuleuses en noir et blanc, prise sur le vif de scènes cradingues ou de chambres de palaces dévastées. Il fallait reconnaître les vieilles idoles, certaines oubliées mais figées dans des postures extravagantes. Un Rat Scabies aux yeux révulsés tenant une bière dans les mains, un Jagger hilare ou un Johnny Rotten lessivé après un concert, en sueur, plié dans un coin de scène comme un gamin apeuré. Il y avait là tout le gratin des seventies, un Marc Bolan princier dans sa période Glitter, un Kurt Cobain en proie à la douleur à coté d’une Joplin défoncée et moche comme un pou. La mémoire du rock, les vieilles idoles, veaux d’or post-atomique, héros boiteux pour adolescents ou vieux nostalgique.

Les photos devenues célèbres en avaient fait des stars dans le « hall of fame » de l’inconscient collectif et je méditais devant l’insondable regard d’un Mark Lanegan qui paraissait me fixer dans la petite glace d’un rétroviseur.

Rock star, loser, club des vingt-sept, brochette de survivants et armée de zombies, appliquant pour eux même la devise « live fast, die young ».

On ne la voyait pas, mais la drogue était partout présente. Dans les veines d’Iggy, le nez de Janis ou les poumons de Morrison. On la voyait dans leurs yeux à quasiment tous.

Il y avait une musique en fond sonore, une playlist très rock’n’roll. Près d’un demi-siècle de rébellion adolescente, le « teenage Kicks » des Undertones.

 

Are teenage dreams so hard to beat ?

Everytime she walks down the street

Another girl in the neighbourhood

Wish she was mine, she looks so good

 

I wanna hold her wanna hold her tight

Get teenage kicks right through the night

 

I'm gonna call her on the telephone

Have her over ‘cos I'm all alone

I need excitement oh I need it bad

And it’s the best, I've ever had

 

Et puis au fond une galerie de portrait de tous les animateurs de radio qui avaient lancé la machine, Ed Sullivan, John Peel, Bernard Lenoir et les critiques, Lester Bangs….

Claire et Julien s’extasiaient devant des clichés de Dave Gahan ruisselant, torse nu sur scène, et moi je regardais tous ce monde qui marchait dans le même sens des aiguilles d’une montre, pas très rock’n’roll.

 

Dans une autre salle il y avait des instruments qui avaient fait l’histoire, un orgue Moog à coté d’un Hammond ayant appartenu à Manzarek, une série de telecaster, une batterie avec le logo des Beatles et des manches de Mustang brisées. Dans un cadre grandiose, une Strat à moitié carbonisée, celle d’Hendrix au festival de Monterey, dingue….

C’est là que j’ai revu la fille au cahier à dessin.

Elle se tenait dans un coin, sagement assise, et dessinait le portrait d’Hendrix à main levée, à genou devant sa guitare en flamme, les bras levés en pleine incantation, la playlist diffusait « Break on Through » la température semblait monter d’un cran.

Je suis resté un moment à la regarder faire vivre son crayon sur la grande feuille blanche. Une mèche lui barrait le front et retombait sur son épaule gauche. Elle portait toujours la même robe à fleur légère que je lui avait toujours vue sur le dos. Elle s’appliquait visiblement à reproduire les effets des flammes, donnait quelques coups de gomme en fronçant les sourcils et repartait dans de grandes envolées, des courbes sans fins, de grands gestes surs. Le processus créatif est troublant pour celui qui ne crée pas, je la voyais créer, et je prenais conscience de mon incapacité à le faire, Elle avait ce don que je n’avais pas, elle donnait vie, je ne donnais rien. De ma pauvre guitare je ne faisais déjà sortir que quelques accords minables quand Julien savait faire pleurer la sienne, je me sentais exclu. Je la regardais avec envie, elle en devenait désirable, mais tout autant inatteignable. J’avais cette impression désagréable que si je tendais le bras je ne la toucherais pas.

Elle leva la tête et la tourna vers moi en souriant. D’un geste de la main elle me fit signe de m’approcher. Que faisait-elle là ? une troisième rencontre fortuite en si peu de temps, était-ce le fruit du hasard ? Mes oreilles bourdonnaient.

-                     C’est un drôle de hasard de vous rencontrer à nouveau !

-                     Qui sait ce que le hasard réserve à ceux qui n’attendent rien ?

-                     Qu’en savez-vous ?

-                     Rien, je le devine…

-                     Vous êtes partie plutôt précipitamment cet après midi !

-                     J’avais à faire !

-                     Vous êtes une drôle de fille ! comment vous appelez vous ?

-                     Cléo

-                     Mois c’est Louis.

-                     Alors bonsoir Louis !

-                     Que faites-vous là ? on dirait que vous me suivez. Déjà dans la galerie après le parc…

-                     Ce matin c’est vous qui m’avez abordé, non ?

-                     C’est vrai…Mais ce soir ?

-                     Une coïncidence ?

-                     Ok, ça me va.

Je me suis penché sur son dessin, je n’y voyais rien d’autre que du mouvement, j’entendais presque la musique, c’était bien plus que beau, troublant. Hendrix paraissait vivre sur papier.

-                     Vous êtes très douée !

-                     Merci.

-                     Qu’allez-vous faire de ce dessin ?

-                     Vous le voulez ?

-                     Non, c’est à vous, je ne saurais pas où le mettre.

-                     Sur un mur, peut-être ?

-                     Ce n’est pas ce que je voulais dire, enfin, là maintenant, je n’ai même pas de poche assez grande et je ne voudrais pas le plier….et puis non, c’est à vous, gardez le.

-                     Vous êtes sur ?

-                     Absolument !

Ses yeux se sont fixés sur moi, intensément. Elle paraissait lire en moi, détaillait la moindre de mes rides, mes premiers cheveux blancs et ma barbiche poivre et sel.

-                     Vous avez une irrésistible envie de changer de vie, je me trompe ?

-                     Non, c’est vrai.

-                     Laissez vous aller, ne résistez pas.

Julien est arrivé dans la pièce et m’a fait un grand signe en s’approchant à grand pas.

-                     On doit rentrer, Claire vient de gerber ses tripes dehors !

-                     Quoi ?

-                     Tu te rappelles le vendeur de shit ? il lui a refourgué une belle merde ! celui-là si je lui mets la main dessus…

-                     Julien, voilà Cléo !

-                     Qui ?

Je me suis tourné vers elle, elle n’était plus là.



photo : Mark Lanegan par Charles Peterson

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Par jlm - Publié dans : Une vie parisienne - Communauté : jeune auteur et compositeur
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Vendredi 12 juin 2009


Claire nous a rejoints une heure plus tard, pimpante, pleine de vie et souriante. Elle a une capacité hors du commun à passer de l’ombre à la lumière, à effacer le temps comme si rien ne s’était passé.

Nous étions toujours sur la terrasse du « lieu unique », et nous la vîmes arriver donc, un peu surpris, ou du moins Julien plus surpris que moi. Elle alluma une cigarette dans ses derniers mètres.

Claire fume beaucoup, et ça s’entend, elle a quelques cailloux au fond de la gorge, comme une Marianne Faithful trentenaire, en brune, d’ailleurs elle fume de tout, même la saloperie vendue par le type sous le métro aérien. Il me semble d’ailleurs qu’elle a déjà tout essayé, le pire comme le meilleur. Accessoirement elle peut boire beaucoup aussi, elle encaisse bien, nous avons passés quelques soirées entre nous à boire plus que de raison, sans nous presser, mais jusqu’à liquidation des soutes. Elle nous a couchés plusieurs fois, rarement l’inverse.

  Mais surtout, elle en jette pas mal quand elle sort avec ses tenues, toujours tirée à quatre épingles dans ses tailleurs et ses chemisiers blancs. Je crois bien ne l’avoir jamais vue en tenue négligée. Claire c’est la grande classe. L’image de la parisienne sophistiquée. Elle attire les mecs plutôt facilement, mais Julien veille au grain, en mec jaloux. Je sais ce qui l’anime au fond. Elle est si belle et lui se croit si misérable, qu’il la voit chaque jour comme un miracle malgré leurs engueulades, les cris et les larmes. Claire et Julien c’est une perpétuelle comédie baroque  fellinienne. Un théâtre permanent avec ses grands gestes, les dialogues forcé et le souci d’occuper l’espace. A coté, je suis tout petit, me contentant d’un coussin, d’un bout de table et d’un verre.

Quand Claire est arrivée donc, elle a fait mentir Julien sur ses éclats névrotiques de la journée. Comme si rien ne s’était passé. Elle nous a embrassés, julien un peu plus que moi, et s’est collée à lui comme une chatte en quête d’amour. Avec ça, Julien était rhabillé pour la soirée, calé comme un gros matou satisfait. Je me les suis imaginé ronronner et j’ai souris l’espace d’un instant.

C’est Julien qui a commencé.

-                     Louis a rencontré une fille !

-                     Nooon !

-                     Si, hein Louis ?

-                     Raconte !

-                     Il n’y a rien à raconter, merde ;

-                     Allez, dis-lui !

-                     Allez, dis-moi !

-                     Bon, je disais à Julien tout à l’heure que j’ai rencontré une fille par hasard deux fois à quelques jours d’intervalles.

-                     Où ça ?

-                     La première fois au petit parc du coté de Cluny, ensuite aujourd’hui sur Rivoli en bas du squat d’artistes, elle en sortait.

-                     Et alors ?

-                     Alors on a discuté un peu, je lui ai payé un café, il pleuvait, elle avait ruiné les dessins qu’elle avait dans son sac…voilà !

-                     T’as un rencard ?

-                     Non, rien !

-                     T’as son nom ?

-                     Même pas, je n’ai rien, ni son nom, ni son téléphone, ni son adresse, que dalle !

-                     T’es incroyable ! Elle a accepté de boire un café avec toi, à votre deuxième rencontre elle t’aurait bien donné un numéro et un prénom ! tu veux bien me commander un verre Julien ?

-                     Ouais…

-                     T’as rien demandé alors ?

-                     Non, rien, je ne sais pas, je n’ai pas osé, elle avait quelque chose de spécial.

-                     Pff ! avec toi toutes les filles ont quelque chose de spécial. De nos jours il faut attaquer direct !

-                     C’est comme ça que julien t’as eue ? en attaquant direct ?

-                     Direct, oui, même s’il a fallu qu’il boive quelques verres avant pour se donner du courage !

-                     Vous aimez ça, n’est ce pas ?

-                     Comment ça ?

-                     Faire attendre les mecs, les faire mariner dans leur jus jusqu’à ce qu’ils craquent ?

-                     Ce n’est pas un acte de torture, non plus, hein ! c’est juste la drague, le jeu de la séduction, enfin tu vois quoi.

-                     Non, jamais, je suis nul à ce jeu là.

-                     Alors prend ça comme quelque chose de spontané, lâche toi et ça sortira tout seul.

Julien est revenu avec un plateau et trois verres. Je commençais a sentir les effets de l’alcool, j’avais besoin de manger un morceau.

Claire se remit à ronronner et à frotter le dos de son mec comme s’il avait besoin qu’on le réconforte ou qu’on le réchauffe.

-                     Tu crois que tu la retrouveras ?

-                     Qui te dit que j’ai envie de la retrouver ?

-                     Ça se voit dans tes yeux, ils brillent !

-                     J’ai faim…

Je n’avais surtout pas envie de poursuivre cette conversation embarrassante, je voulais qu’on se tire et qu’on se pose ailleurs. Il y avait une exposition consacrée à un photographe rock à la villette, une rétrospective sur ces trente dernières années entre les Stones, Iggy Pop et Nirvana, Julien suggéra qu’on y aille faire un tour. C’était Ok pour moi, pour claire aussi, le métro n’était qu’à quelques pas.

Nous avons quitté la terrasse, bras dessus, bras dessous à vitesse lente. En remontant la rampe pavée pour revenir dans le monde des fous, j’ai remarqué un petite tente de fortune confectionnée à l’aide de bâche noire et de cartons, pile sous le pont, de l’autre coté d’une grille de fer. Nous étions jeunes, plus ou moins friqués selon le jour du mois – mais dans l’ensemble on n’en s’en tirait pas trop mal – et nous sortions à notre guise. Là, devant moi, un pauvre type me regardait, le buste hors de sa cabane, comme un lapin la nuit qui s’arrête ébloui par les phares d’une voiture, comme s’il attendait un geste. Je n’avais pas grand-chose, mais d’un regard fugace j’ai eu l’impression qu’il me racontait sa vie en même temps qu’il sondait mon âme, comme un viol, rapide, désagréable. Je me suis frotté les yeux, j’ai regardé ailleurs. Quelle chienne de vie.

-                     Foutons le camp, on mangera un morceau à la Villette.

-                     Un italien, j’ai envie de manger des pâtes glissa Julien sournoisement.

-                     Ah oui ! Bonne idée, répondis Claire qui ne releva même pas l’allusion à leur dernière crise.

Il faisait maintenant quasiment nuit et je pouvais apercevoir la lune se refléter sur l’eau du bassin de la Villette. De chaque coté de ses berges, les néons bleus et rouges des deux cinémas, comme les balises d’un chenal, signalaient les cohortes d’aficionados des productions indépendantes et guidaient la navette qui faisait des ronds dans l’eau. Un ticket, une traversée ! Pourvu qu’il n’y ai pas de tempête ce soir.

Claire s’arrêta deux minutes près d’un des dealers de la rotonde et revint avec sa tête d’affranchie, pendant que Julien rêvait tout haut de crever l’ordure. Moi, je me contentais de regarder l’étrange marchandage, indifférent. Probablement que ce qui m’emmerdait le plus était la possibilité de me faire serrer pour une connerie à vingt euros dans le sac de Claire par une patrouille de dogues agressifs, mais je suppose qu’ici il fallait savoir vivre dangereusement. N’empêche, il fallait que j’en glisse un mot à Claire, elle faisait chier.



Photo : Lavomatic

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Par jlm - Publié dans : Une vie parisienne - Communauté : les auto-édités
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Jeudi 11 juin 2009


« Le lieu unique » est un café au bord de l’eau, un espace tridimensionnel où l’on vous servira votre repas dans une assiette en carton et un gobelet en plastique, non par manque de moyen, mais juste pour le style, pour la Hype ! Pour faire branché, anti bourgeois, sous un grand portrait en couleur du Che. L’endroit, au bord de l’eau, près d’une singulière petite caserne de pompiers, est une sorte de havre de paix, en dehors des rues bruyantes. Une terrasse en bois d’allure plutôt simple le prolonge et se couvre d’une sorte d’auvent de foire, comme un barnum d’hiver quand arrivent les jours de froid. La salle, à l’intérieur n’a rien d’exceptionnel si ce n’est l’espace d’exposition permanente à destination d’artistes peu connus. On y boit, on y mange et on s’y cultive dans un carnaval perpétuel où il est de bon ton de ne pas être ni trop jeune, ni trop vieux et d’afficher des convictions alter positives sans jeter un seul regard compatissant aux quelques tentes de « médecin du monde » qui bordent les quais près du pont sous le métro aérien. Ceux-là, tout le monde s’en fout. Je me rappelle que quand je travaillais dans les bureaux de la tour d’en face, il m’est arrivé d’apercevoir un de ces malheureux se déshabiller et sauter dans le canal pour y faire quelques longueurs et s’y laver. Un moment de magie pure.

Aujourd’hui, les tentes ont été confisquées, des vigiles gros comme des gorilles arpentent les quais pour les empêcher de se réinstaller, et les services municipaux ont déversés des blocs de béton là où il y avait de l’herbe et des fleurs.

De l’autre coté du mur, contre le bar, une petite salle de concert, guère plus de cinquante places, mais toujours pleine.

 

Julien est arrivé avec une heure de retard finalement. L’air maussade, le genre d’air qui signifie qu’il se serait bien vu ailleurs pour ne pas avoir à se raconter. Je savais bien que tout n’allait pas pour le mieux entre lui et Claire, que souvent la passion les emportait et que les mots jaillissaient, et quelques verres aussi parfois. Je pensais que Claire était restée dans leur appartement à pleurer et à regretter ses gestes ou ses paroles, comme souvent. Julien, lui, ne voulais pas imposer son mal être qu’il trainait depuis tellement d’années. Drôle de type, julien. Orphelin, solitaire, mal dans sa peau, pas sûr de lui, toujours prêt à s’excuser ou à se justifier mais capable de colères aussi. Des colères violentes, brutales, des torrents d’insultes et de mots orduriers pouvaient se déverser d’un coup, comme sous l’effet du syndrome de Tourette, mais il y avait d’infimes signes précurseurs, une lueur dans le regard, un tremblement des lèvres, il fallait savoir le laisser seul à ce moment là, le laisser déverser sa colère, c’était un combat entre elle et lui, une affaire personnelle. Ne pas partir trop loin quand même, on ne savait jamais comment pourraient réagir quelques voisins ou quelques passants. On a du se défendre une fois contre une bande de types excités qui avaient pris l’offense à leur compte personnel, il y avait eu des chemises déchirées, une pommette éclatée, du sang dans le caniveau, mais ça l’avait calmé et il était redevenu doux comme un agneau. Ce que j’appréciais chez lui, c’était sa manière de se lâcher avec sa guitare. Les mots qu’il ne pouvait faire sortir du fond de son âme ou de son blues, il les faisait s’exprimer en pinçant les cordes de sa magnifique Gretsch White Falcon de bluesman. Un virtuose qui la saisissait d’un coup et la faisait pleurer à sa place.

Quand ça partait, les voisins n’avaient pas intérêt à se plaindre !

Il avait trouvé chez Claire son alter-égo, son double aussi torturé qu’il pouvait l’être lui-même. Le moins qu’on pouvait dire c’est qu’il n’y en avait pas un pour apaiser l’autre, mais ils s’aimaient. Ça paraissait fou à tous ceux qui les connaissaient, mais l’un n’allait pas sans l’autre dans cette relation fusionnelle.

-                     Commande-moi une Guinness, tu veux bien ?

-                     Tu aurais pu commencer par « Bonjour » !

-                     Vas chier, je ne suis pas d’humeur.

-                     Je vois, c’est quoi ce coup-ci ?

-                     On s’est engueulés pour une gamelle de pâtes, tu arrives à y croire ?

-                     Avec vous, oui. Elles avaient quoi ces nouilles ?

-                     Rien ! elles n’avaient absolument rien, juste ce qu’il fallait pour lui donner un prétexte pour pleurer et menacer de se foutre en l’air, j’en ai ras-le-bol !

-                     Hé bien quitte la !

-                     Je sais, je devrais, enfin, on devrait, mais on ne peut pas.

-                     Elle va m’appeler …

-                     Et tu vas lui suggérer de me quitter ?

-                     Comme d’habitude ! et comme d’habitude elle me dira aussi qu’elle ne peut pas, qu’elle est trop amoureuse de toi.

-                     Comme d’habitude….Putain, on t’emmerde souvent alors, non ?

-                     Ce n’est pas un problème, vous êtes mes amis, c’est le genre de choses que des amis doivent savoir supporter.

-                     On est des boulets, non mais j’te jure !

-                     Comment elle va ?

-                     Il y a eu pire. En ce moment elle passe le plus clair de son temps au fond du lit, ça fait trois jours qu’elle refuse de sortir. Ça a commencé quand sa mère l’a appelée et lui a sorti ses quatre vérités. Tu sais comme elle est sensible, hein ? et bien elle s’est mise à hurler au téléphone et lui a sorti des griefs qui remontaient à sa petite enfance, des trucs qui lui avaient échappée toutes ces années et qui sont remontés d’un coup. Ça l’a sonnée et après, ça l’a vidée ! là donc aujourd’hui c’est un sublime plat de pâtes qui a tout pris. Tu sais comme je m’applique en cuisine ? et bien des fettucini au saumon fumé, tomates séchées et parmesan se sont transformés en simples nouilles, le paradis a heurté l’enfer d’un coup, BAAM !

-                     Ah ouais ! quand même !

-                     Bon, et toi ?

-                     J’ai été voir un conseiller du maire à l’hôtel de ville pour un projet que je muris doucement depuis quelques années. J’ai besoin d’un local au plus près du centre pour développer mon activité alors je lui ai parlé pendant une heure, il avait l’air de s’en foutre, je me suis tiré. Rien de plus banal, quoi.

-                     Sans une thune, t’es rien de nos jours !

-                     C’est assez vrai…Et puis j’ai rencontré une fille aussi.

-                     Sans blagues ?

-                     Ne t’emballe pas ! c’est juste une fille que j’avais déjà croisé du coté de Saint Germain, je l’ai recroisée du coté de la mairie quand il y a eu une grosse averse, elle était trempée, je lui ai payée un café et puis c’est tout.

-                     C’est tout ? rien d’autre ?

-                     C’est ça.

-                     T’as pas un numéro de téléphone, un nom ?

-                     Rien !

-                     T’es vraiment un âne !

Je suis parti vers le bar et j’ai commandé deux bières noires bien mousseuses. Il y avait un brouhaha de conversations en dix langues différentes, une musique qui me vrillait le crâne, et le serveur semblait aux abonnés absents, Julien l’aurait empoigné ! Par la vitre, je le voyais sur la terrasse invectiver son téléphone portable. Quand je suis revenu avec les gobelets king size, il s’était calmé et proposait à Claire de nous rejoindre, on l’attendrait pour manger.

Plus loin, à quelques mètres de nous, un vieux mendiant tentait de pêcher son repas du soir dans l’eau fangeuse du canal. Je pouvais voir son bouchon de liège rouge flotter entre deux sacs en plastic morts. A ses yeux nous n’existions même pas, je crois bien.

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Par jlm - Publié dans : Une vie parisienne - Communauté : les auto-édités
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A propos de moi...

  • sentiers-battus
  • : Que dire ? que j'écris, que ça vient tout seul, que je ne sais pas encore quand cela s'arretera. J'ai déjà créé une belle gallerie de personnages et j'aime les faire vivre un court instant pour saisir une tranche de vie. et vous ça va ?

Présentation

Pour résumer...

 

  "Les Anges" est une gallerie de personnages de la Bay Area, des gens ordinaires pris en flagrant délit de rien, dans leurs vies de tous les jours, comme un recueil d'instantanés. "Les Anges" parle de vous, de moi, de tout le monde. Des vies ordinaires, insignifiantes, mais baignées par le vent, le fog et le soleil californien et l'esprit de ceux qui m'ont influencés. Kerouac, Djian, et le vieux dégueulasse. Il se trouve maintenant (et pour moins cher) chez "thebookedition"

  Isa (Too Drunk To Fuck) c'est la rencontre de Dave, Isa et Theo, mais c'est aussi Phoebe et Ed, une bande de trentenaires en décalage avec la morale et les conventions entre le Castro et Valencia, North Beach et Oakland. Ensemble ils vont affronter quelques épreuves, les conneries d'Isa, l'homophobie et les principes religieux. Il y aura bien de l'alcool, de la drogue et du sexe, il y en aura pour tout le monde, homos ou hétéros, mais c'est surtout une chronique de la tolérance au quotidien autour de la baie de San Francisco.

 


Ned's Rock est une histoire sur le deuil et la résilience,  une rencontre entre deux personnes écorchées par la vie, dans le nord de l'Amérique et la région de Seattle. C'est aussi un retour sur le passé pour une femme et un homme qui n'ont pas grand chose d'autre en commun que leurs regards sur de vieilles blessures et la manière d'y faire face.

OD comme Over-Dose, comme ode, comme Over-Drive, comme Oscar Douglas, comme Occupation Double, comme Opération Délicate, comme Origine Diverse, comme Objet Direct, surchauffe, des bouts de rien, des morceaux de pas grand chôse, rien de très joli en tout cas, ni rien de sérieux...

 
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Art Generation

 


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Art Génération est né de l'envie de rendre l'art accessible à tous, de partager des émotions et de faire découvrir la diversité de la création contemporaine. C'est aussi le désir de défendre des artistes dont le talent mérite d'être reconnu. Et surtout de réconcilier l'art, parfois trop élitiste, avec le grand public.

La galerie Art Génération sélectionne des artistes et propose leurs oeuvres à un prix d'entrée accessible. Le prix des oeuvres d'art a toujours été lié au succès de l'artiste. La côte de l'artiste évolue donc en fonction de la demande. C'est une façon de récompenser le talent de l'artiste et l' œil averti du collectionneur.

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