Mardi 28 avril 2009

Marc gare la vieille voiture sur le parking public qui borde les quais. Il y a peu de monde en cette saison. La plupart des bateaux de plaisance sont bâchés comme sous des linceuls provisoires. En sortant de la voiture ils sont saisis par le souffle salin du vent d'ouest et la fraîcheur marine. Sara enfonce ses mains dans ses poches et pointe les bateaux du bout du nez

            – C'est triste vous ne trouvez pas ?

            - C'est pas très joyeux en effet ! Il tourne la tête vers les boutiques à la recherche d'un restaurant et demanda à Sara – Vous avez faim ?

            - Il y a un petit restaurant juste derrière qui fait face au vieux phare, celui dont je vous avait parlé, de la salle à manger, à l'étage, on a une vue superbe de l'océan.

- Allons-y, les émotions de tout à l'heure m'ont creusé l'appétit.

  Le restaurant,par chance est ouvert, La salle est quasi déserte. La déco vieillotte n'évoque rien d'autre que la mer, les voyages et la pêche. Les murs, couverts de souvenirs divers, témoignent de l'ancienneté de l'enseigne.  Le serveur, un ancien pêcheur reconverti – ou bien alors il joue parfaitement le rôle de vieux loup de mer - leur propose le plat du jour, un gratin de fruits de mer « dont la réputation n'est plus à faire ».

            - C'est ok pour moi répondit Marc.

            - Ça me va aussi, dit Sara.

            - Parlez moi d'Ally, ajoute-t-elle lorsque que le garçon disparait en cuisine.

            - Que voulez vous que je vous dise ?

            - Je ne sais pas,  ce qui vous passe par la tête ! Votre rencontre, mais pas la version romancée, la vraie !

            - Vous me mettez dans l'embarras !

            - Lancez-vous, je l'ai bien fait avec mes histoires !

  Marc, se retourne et regarde la mer, très loin, cherchant ses mots.

            - J'avais vingt ans à l'époque, mon diplôme en poche. Je suis arrivé dans ce bureau du centre de Denver. Un peu paumé au début. C'était une grosse affaire, avec pas mal d'employés. Chacun avait son portefeuille de clients à gérer, les soucis juridiques qui allaient avec. Elle était déjà là depuis un an. C'est elle qui m'a montré comment bosser en dehors du contexte  purement scolaire et de toutes ces merdes que j'avais apprises sur les bancs de la fac, elle m'a montré le vrai job et ses combines et on a sympathisé. Au tout début elle était célibataire. Elle avait eu quelques aventures par-ci par-là et puis elle a rencontré ce type, son futur mari qui l'avait draguée au cours d'une soirée.

Le temps a passé et je me suis concentré sur mon boulot. On a continué à avoir une liaison purement amicale mais je sentais que j'étais attiré par elle. Elle me plaisait beaucoup. Et puis il y avait ce type qu'elle voyait de temps en temps alors je n'ai pas voulu aller plus loin.Un jour, elle a annoncé à tout le monde qu'elle se mariait, et deux mois après elle quittait le job. Comme ça, du jour au lendemain, sans donner d'explication. Ça m'a brisé le cœur ! Et puis un jour, un collègue de bureau a eu un grave accident de moto. Alors comme c'était un ami commun, je lui ai téléphoné pour lui demander si elle voulait passer le voir à l'hôpital avec moi. Elle m'a répondu que oui, alors je suis passé la chercher et on a passé l'après midi là-bas.

  Après ça je l'ai ramenée chez elle et elle m'a invité à manger un morceau, son mari était en mission quelque part. Je suis resté, on a mangé et puis on a regardé une vidéo, un vieux film. Ensuite je lui ai dit qu'il fallait que je rentre, je me suis levé et quand j'ai pris la poignée de la porte, elle a mis la main dessus et m'a tout déballé très vite.Elle m'a dit qu'elle avait été amoureuse de moi depuis le premier jour, qu'elle avait toujours attendu un signe de ma part, quelque chose, mais qu'en désespoir de cause elle avait répondu favorablement aux avances de l'autre mais qu'elle n'en était pas amoureuse. Si elle avait quitté le boulot c'était pour ne pas m'avoir en face d'elle tous les jours. Elle en avait fait une dépression, vous vous rendez compte ? J'étais scié !  On avait été amoureux l'un de l'autre comme ça, comme des cons, sans rien se dire. Attendant un geste, un signe de l'autre, tous les jours.

            - Vous n'êtes même pas foutu de décrypter les signes que vous envoient les femmes alors ?

            - Il faut croire que non !

            - C'est grave, ça !

            - Ne m'enfoncez pas, d'accord ?

            - OK, alors ?

            - Alors, on s'est foutu au pieu vite fait, voilà ! Je vous passe les détails.

On a vécu comme ça un petit moment en se cachant, en se donnant des rendez vous à la con n'importe où quand elle le pouvait, parfois chez moi, mais on évitait.

Deux mois après elle m'apprenait qu'elle était enceinte ! Je suis tombé de très haut.

            - La tuile !

            - Oui, j'aurais dû me méfier quand elle m'a dit qu'elle prenait la pilule. A l'époque on parlait peu du SIDA et de la prévention, alors on n'avait jamais utilisé de préservatifs, je sais, c'était complètement irresponsable.

Deux autres mois après, son gynécologue lui conseillait de rester couchée si elle voulait mener sa grossesse à terme parce qu'il y avait deux embryons et non pas un seul comme elle l'avait cru et qu'elle aurait une grossesse à risque.

  Son mari a pris les choses en main et l'a envoyée chez ses parents en Louisiane. J'ai vécu ça comme une vraie catastrophe. Pendant cinq mois j'ai eu très peu de nouvelles. Soit elle était surveillée, entourée, soit elle dormait ou passait du temps dans les rendez-vous avec l'obstétricien qui allait l'accoucher. Plus tard, elle est revenue avec les bébés, deux magnifiques garçons et on a recommencé à se voir.

            - Vous deviez avoir pas mal de questions à lui poser je suppose ?

            - La seule question qui me taraudait l'esprit c'était « qui est le père ». Un de mes copains à l'époque qui ne savait pas que j'avais eu une aventure avec elle, m'avait dit qu'il trouvait cette grossesse bizarre parce qu'il croyait savoir que le « père » était stérile. Cette confidence- là m'avait aussi bien secoué ! Alors je lui ai demandé, mais elle a toujours assuré que son mari était le père des garçons, je l'ai crue. Le temps passait, les choses devenaient compliquées. J'étais toujours amoureux d'elle, visiblement c'était réciproque, mais il a été question d'une mutation de son mari. A partir de ce moment-là je crois qu'elle a été très malheureuse parce qu'elle avait un choix à faire. Alors un jour elle l'a fait et son attitude a changé du tout au tout. Elle est devenue gênée, mal à l'aise, fuyante, malade. Elle a fait disparaître tous les mots que nous nous étions échangés, elle n'était plus juste la fille que j'aimais, elle n'était plus la maîtresse d'un jeune sans le sou, elle était une mère avec deux bébés alors il n'y avait pas beaucoup de solutions. Son mec avait une bonne assurance santé, la meilleure dont elle pouvait rêver.

  Et puis il n'était pas dupe, il savait bien qu'il avait une paire de cornes donc il partirait avec elle et les bébés. Elle lui avait involontairement donné la famille qu'il ne pouvait avoir. C'était une bonne raison pour lui pardonner, non ?

            - C'est quoi ? Votre interprétation de la raison pour laquelle elle a préféré se tirer ?

            - J'ai énormément ressassé tout ça dans ma tête dans les années qui ont suivi. A ce jour je n'ai pas de réponses, voilà ! Maintenant je suis ici, comme une belle andouille après avoir raconté cette histoire dans un livre et je ne sais même pas si elle l'a lu, si elle sait même que j'existe toujours à peut être deux cent kilomètres de chez elle.

            - Hé bien dites donc, c'est ce qu'on appelle avoir un sacré cadavre dans le placard !

            - Tout juste.

 

  Marc et Sara font une pause pour savourer le gratin de fruits de mer qui vaut largement sa réputation. La salle ne se remplit désespérément pas, les rues de la station balnéaire semblent toujours désertes.

            - C'est lugubre comme endroit.

            - Désolée que ça ne soient pas les vastes plaines ensoleillées de l'ouest, monsieur Channing. Allons nous promener sur la jetée si vous le voulez bien !

            - Vous avez raison et puis ça redonnera un peu de couleurs à vos joues. Ces deux dernières années vous avez cruellement manqué de lumière et du vent sur votre visage, vous êtes encore très pâle.

            - Je suis une morte vivante !

  Ils se lèvent en faisant hurler les chaises et Sara paye l'addition au bar. Dehors le vent siffle, les coques de bateaux tapent contre les plots des quais flottants et l'eau clapote sous les pontons.

            - Ça vous dérange si je vous tiens le bras ? On s'envolera moins facilement à deux !

            - Allez-y, faites.

  Sara et Marc marchent droit devant eux en direction de la pointe d’où l’on aperçoit le goulet et la côte d’Ocean Shores.

            - Ca souffle drôlement, n’est ce pas ?

            - Oui ! On pourrait presque nager jusqu’en face, non ?

            - Ne vous y risquez jamais vous auriez une chance de vous retrouver soit au milieu de la baie, soit au large ! Il y a un courant permanent ici en fonction de la marée.

            - Vous veniez ici avec Paul et Kate ?

            - Oui, assez souvent, ici ou en face, on allait se balader au bord de la mer, ramasser des coquillages, ce genre de choses. Le bout de crique en bas de la maison est bien aussi, mais, le sable y est différent, il y est plus grossier, mélangé avec la vase du fond de la baie et à marée basse ça peut y sentir mauvais. Alors il nous arrivait de venir ici, oui. Paul était un contemplatif, il pouvait rester des heures à regarder la mer, ou à faire le fou avec sa fille. Moi, je m’enduisais entièrement de crème solaire et je priais pour ne pas rôtir.

            - ça devait être drôle !

            - Moquez-vous de moi ! Kate avait la peau de son père, elle bronzait dès le printemps.

  Ils s’assoient face à l’océan. La mer tire vers le brun clair, près de la plage, le vent qui souffle et l’amplitude de la marée qui monte la chargent du sable des hauts fonds.

            - C’est quand même mort, hors saison !

            - Je ne vous le fais pas dire ! Reparlez moi d’Ally, elle était comment ?

            - Elle n’était pas grande, elle avait un regard de lutin malicieux, des yeux pétillants, un petit nez retroussé et toujours un sourire en coin. Ça, c’était dans les bons moments, sinon quand elle se refermait, elle paraissait loin, impénétrable. Elle aussi traînait quelques casseroles. Un père absent, une mère malade, une enfance problématique. Les fées ne s’étaient pas penchées sur son berceau, alors elle passait par des hauts et des bas, mais sans se plaindre.

            - vous arriviez à communiquer ?

            - Dans ces moments-là elle refusait qu’on la plaigne, elle gardait tout pour elle. Elle a donc eu l’habitude de gérer les problèmes et les souffrances dans la solitude de son intimité. Elle était suffisamment forte pour ne pas avoir de tendances dépressives permanentes et je pense que c’est cette force qui a guidé ses choix.

            - Il faut toujours se méfier de l’eau qui dort.

            - Oui, c’est ce que me disait toujours mon père.

            - Et si je vous aidais à la retrouver ? A vous mettre en contact pour solder votre histoire ?

            - Pourquoi feriez-vous ça ?

            - Parce que j’ai du temps à perdre, parce que vous avez pris le temps de m’écouter et que ça m’a permis de vider mon sac une fois pour toute et que ça m’a libérée. Parce que j’ai une dette envers vous.

            - Et vous feriez quoi ?

            - Je pourrais éplucher le bottin, retrouver  sa trace et la rencontrer, lui expliquer que vous la cherchez sans éveiller les soupçons de son mari.

  Je pourrais téléphoner en me faisant passer pour une enquêtrice d’une société de sondage sur les bienfaits comparatifs des poudres de lavage ! Marc éclata de rire !

            - Ca vous fait rire ?

            - C’est très drôle, en effet ! Je vous imagine dans un rôle de télé-enquêtrice un peu nunuche !

            - C’est débile, ce que vous dites !!

            - Désolé, l’image m’est venue spontanément !

            - Je suis avocate, ne l’oubliez pas Monsieur Channing, pas télé-enquêtrice ! Pour ce qu’il s’agit d’enquêter je sais y faire. Donnez moi juste sa véritable identité ainsi que celle de son mari. Il va y avoir du boulot parce qu'entre McChord et Fort Lewis il y a un sacré paquet de monde, c’est une grosse base. Sans compter qu’ils ont pu finalement divorcer ou repartir ailleurs. Vous courez peut-être après un fantôme !

            - OK, je m’excuse et je vous remercie pour votre offre.

            -Bon, il fait quand même plus froid que ce matin, si on rentrait ?

            - Ca marche !

            Sur le chemin du retour, pas de biches, pas d'embardée, juste la radio qui passe « the Greatest » de Cat Power. Sara s'assoupit et s'endort, emmitouflée dans les profondeurs de son gros pull-over de laine.

  Marc n'écrit pas ce soir là. Il reste de long moment près du feu dans son fauteuil, une bière à la main. Il se dit qu'il aurait apprécié la compagnie d'un chien à ses pieds et mesure le chemin parcouru depuis ses vingt ans. Il en a quarante huit à présent et considère qu'il y a à présent plus de route derrière lui que devant. Il y a encore peu, le temps qui passait ne lui importait guère.  Il songe à tous ces moments où il n'avait pas osé dire ses sentiments, par timidité. Il pense que le temps est venu de penser plus haut. Les non-dits lui ont en quelque sorte gâchée une partie de sa vie.

 

  A quelques centaines de mètres plus bas, Sara s'endort profondément, sans faire de rêve, repliée en chien de fusil, le pouce dans la bouche comme la petite fille qu'elle a été, une mèche de ses cheveux sur les yeux et la couette sur les épaules.

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Par jlm - Publié dans : Ned's Rock - Communauté : les auto-édités
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Lundi 27 avril 2009

 
 
Sara s'éclipse rapidement par le chemin pentu d'un pas alerte. Marc la regarde partir, perplexe en se grattant la tête. Il se dit qu'elle est une drôle de fille, qu'il devait être difficile de lui refuser quoi que ce soit quand elle était plus petite. Elle sait ce qu'elle veut et comment le demander avec une capacité hors du commun à passer du rire aux larmes et inversement. Il reste un peu perdu dans ses pensées avant de monter. Une demi- heure plus tard, comme prévu, il gare sa vieille voiture devant chez Sara qui l'attend assise sur le porche de la maison. Elle a passé un jean, son gros pull-over de laine irlandais et l'accueille avec un sourire, les bras croisés serrant un grand fourre-tout.

            - Je vous dépose quelque part mam'zelle ?

            - A Westport chauffeur !

            - Vous avez remarqué ? Juste à l'heure !

            - Je n'en attendais pas moins !

  Elle n'était pas possible, se dit-il. La voiture fait demi-tour et s'engage sur la 109 en direction d'Aberdeen longeant un instant la vieille ligne de chemin de fer qui part vers le terminus de Moclips, plus au nord.

  Tout ici a un air d'avoir été comme si le présent se conjuguait au passé, comme le vieux chemin de fer, comme l'aérodrome herbeux de Bowerman et ses hangars en tôles ou les vieilles installations industrielles dans l'embouchure, de part et d'autre de la rivière. Tout le problème d'Aberdeen est d’assumer un passé disparu et de se décomposer à petit feu.

  La ville abritée au fond de la baie aurait pu avoir un grand destin industriel si Seattle et sa situation privilégiée au fond du Puget Sound ne lui avait pas ravi l'attention des investisseurs et des grandes entreprises au début du vingtième siècle.

  Marc a une vision assez sinistre de la ville en passant le grand pont de la 101 vers Boone Street et la route de Westport. Le temps gris et maussade n'arrange rien à l'affaire. Comme si personne n'avait donné ne serait-ce qu'un coup de peinture aux bâtiments depuis trente ans.

            - C'est quand même sinistre, vous ne trouvez pas ?

            - Vous avez parfaitement raison, mais il faut être fataliste. A la fin on se dit qu'on est ici parce qu'il faut occuper le territoire, c'est tout.

            - Vous avez aimé vivre ici ?

            - Vous ne m'avez pas déjà posé cette question ?

            - Peut-être !

            - Et qu'avais-je répondu ?

            - Quelque chose du genre « quand on est d'ici on ne fait pas attention à ça » voyez ?

            - Quand j'étais petite on allait parfois a Seattle en voiture, ma mère adorait y aller faire du shopping, voir les grands buildings qui sortaient de terre, elle aurait voulu y vivre.

  C'est vrai qu'il y avait un pouvoir d'attraction certain quand on est petit, toute les lumières, les vitrines, les gens bien habillés.  Mon père était plutôt blasé, il préférait son coin de nature, ses copains. La pêche et la bière, des plaisirs basiques. Parfois il partait voir un match des Sonics, ça rendait ma mère folle !

            Il y a vingt ans, Aberdeen était déjà aussi triste que maintenant, alors c'est vrai, partir était une solution qui sautait aux yeux. Maintenant je me dis que j'ai de la chance d'avoir cette maison coincée entre la mer et la forêt. Je suis à l'abri du monde, je peux assouvir mes plus bas instincts sans emmerder personne.

Marc reste interdit devant cette dernière remarque. Sara tourne la tête vers lui en riant – Je déconne !!!

 

                                                                 *

 

  La voiture longe à présent la côte sud de la baie, une simple route à deux voies, bordée d'arbres et de bosquets avec quelques trouées dans les intervalles qui laissent apercevoir les eaux noires de Grays Harbor comme une toile japonaise en nuances de gris.

  Sara semble détendue, les yeux dans le vague, très loin, avec un sourire en coin qui semble dire « c'est un bon moment ». Au-dessus de leurs têtes le soleil tente quelques infructueuses percées, les nuages à certains endroits paraissent plus lumineux, mais la pluie n’est jamais loin. Plus loin devant eux, une biche traverse soudainement la route, évitant un 4X4 blanc qui vient du front de mer de justesse. L'homme fait une petite embardée, ses freins hurlent et son véhicule évite de justesse la voiture de Marc. Sara pousse un cri de terreur et se raccroche à la poignée de la portière, tendue, en ramenant ses pieds vers elle.

 Marc, qui maîtrise la situation, ne peut s'empêcher de remarquer son geste et se dit qu'il est bien curieux qu'au moment du départ certains éprouvent  le besoin de se remettre dans la position fœtale originelle. Mais plus encore c'est la terreur dans les yeux de Sara qui le surprend.

            - Ce n'est rien Sara, calmez vous, il ne nous a pas touchés, quand bien même, il n'y aurait eu qu'un peu de tôle froissée.

Sara est livide.

            Elle se tourna lentement vers Marc, sous le choc, et répond – Je me suis vue à la place de ma fille, en un instant j'ai eu l'impression de vivre son accident.

            - Comment vous sentez vous ?

- Mal, très mal. Arrêtez vous !

Sans se poser de question, Marc se range sur le bas-côté, Sara ouvre précipitamment la portière et, dans un haut le cœur, rend son petit-déjeuner au fossé sur lequel elle se penche.

Marc sort un paquet de mouchoirs en papier de son vide-poche et le lui tend – Tenez ! Ils restent quelques minutes comme ça, sans rien dire, puis Sara reprend le dessus sur le cours des événements.

            - C'est bon, vous pouvez redémarrer.

            - Vous préférez qu'on rentre ?

            - Non, c'est bon, c'était un coup de panique déraisonné. On peut continuer !

            - Vous êtes sûre ?

            - Oui, c'est bon, roulez !

            Marc redémarre, la voiture file vers la mer et la petite station balnéaire de Westport. Peut de temps après ils atteignent la côte. L'océan devant leurs yeux fait gronder ses vagues qui s'écrasent sur la jetée du petit port de pêche et les pontons de la marina toute neuve.

            - Il y a peu de temps c'était encore juste un petit village de pêcheurs avec un phare. Aujourd'hui le phare et son parc font partie d'un espace naturel protégé. Comme une relique.

            Il y a eu beaucoup plus de bateaux de pêche aussi par le passé, maintenant Westport et la marina de Westhaven sont des lieux de promenade pour les plaisanciers du coin. Si vous ne portez pas de polos Ralph Lauren ici ou de pull Tommy Hilfiger vous n'êtes rien !

            - OK, je ne suis rien alors.



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Par jlm - Publié dans : Ned's Rock - Communauté : les auto-édités
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Vendredi 24 avril 2009

Partir sur un malentendu,

Un quai, un square, un banc,

Une voie, un chemin, un faux semblant,

S’en aller quand on a tout perdu.


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Par jlm - Publié dans : OD - Communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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Vendredi 24 avril 2009

 
Marc ne se pose pas trop de questions ce matin. Il repense aux évènements de la veille, à ce dialogue avec Sara, cet échange sur leurs vies respectives. Le café fume encore à coté de son assiette d'œufs et de bacon. Beaucoup de mots et d'idées s'entrechoquent.

  Georges à téléphoné un peu plus tôt, toujours anxieux à l'idée que la poule aux œufs d'or n'arrête de pondre. Marc l'a rassuré.

            - C'est bon  Georges, tu vas pouvoir te commander une nouvelle Porsche, j'ai un bon sujet et j'ai recommencé à écrire.

            - Fantastique ! Tu me rassures, c'est quoi l'histoire ?

            - Quelque chose de sombre, une histoire qui fait pleurer les filles, un mélo qui fini bien,

            - Pas trop sombre quand même, hein ! Il faut que ça soit adaptable par la machine Hollywoodienne, d'accord ?

            - Ne te fais pas de souci mon grand, c'est comme Titanic à l'envers, ça commence mal et ça fini bien.

            - Comment ça t'es venu ? C'est soudain, il y a une fille là-dessous ?

            - Pourquoi tu penses toujours à ça ?

            - Parce que la vie tourne autour de trois choses : Le sexe, le pouvoir et l'argent. Tu n'as pas de pouvoir ni même aucune envie de pouvoir, tu as du fric, mais tu n'es pas millionnaire, alors je me dis que peut-être tu as fait une rencontre et que c'est ce qui te motive ! Elle est bonne au moins ?

            - Tu es lourd Georges.

            - Ha ! Il y a donc une femme là dessous !

            - Je vais raccrocher, Georges.

            - Fais ce que tu veux mon pote, mais ramènes-moi deux cent feuillets dans deux mois, quelque chose d'impeccable, et on refait le coup du premier, le livre et une adaptation ciné, d'accord ? Je t'adore !

            - Dis moi Georges, tu m'adorerais si j'étais qu'un type bien qui écrit bien mais qui ne publie pas ?

            - Bien-sûr que non voyons ! Bon allez, il fait un temps superbe ici, et j'ai rendez-vous avec une fille sublime qui pense avoir un peu de talent, le problème c'est que ce n'est pas celui qu'elle croit, alors, à plus tard !

 

  Georges est un requin, mais au moins il est franc, Marc lui en est reconnaissant. Il sait depuis le début qu'il ne doit pas se faire d'illusion, que ce monde lui offrira tout ce qu'il désir pour peu qu'il continue à produire ce qui les intéresse.  Peu importe les sentiments  ou ce qu'on puisse en penser, c'est « take it or leave it »  Parfois Marc se dit qu'il se laisserait bien tenter par une vie sans risque d'auteur a succès avec pied à terre à Malibu ou dans un appartement cossu du coté de Sunset boulevard. Marcher sur les traces de Chinaski, faire du nihilisme un art de vivre et abandonner définitivement l'espoir que la vie a un sens qui le dépasse.

 

                                             *

 

  Il y a du travail dehors. Marc a sorti la grande échelle pour nettoyer les gouttières et enlever les paquets de feuilles mortes qui bloquent l’écoulement de l’eau vers l’évacuation. C’est un matin gris, doux et humide. Un matin sans pluie où seul la capillarité des matières fait remonter l’humidité du sol. Le jardin est complètement détrempé de la veille et les dernières fleurs finissent de mourir. Cependant, L’automne est la saison idéale pour l’entretien des plantes et du gazon.

  IL y a des tas de fleurs à replanter, les arbres à tailler, la pelouse à scarifier, les feuilles mortes à composter. Marc a bénéficié des conseils de l’ancien propriétaire qui avait toujours entretenu son terrain avec passion. La maison pouvait bien s’écrouler, il n’en allait de même pour ses rosiers que Marc avait adoptés.

  Il a découvert, avec ce jardin, un remède miracle contre la dépression qui guette tout quadra dans la force de l’âge et passe plusieurs heures chaque semaine à inspecter son terrain. Il ne s’en sort pas trop mal pour un type que ça n’avait jamais intéressé jusqu’à présent. Même le jardin de son pavillon de banlieue n'avait jamais été aussi bien entretenu.

  C’est en quelque sorte son travail du matin avant de se mettre à l’écriture l’après-midi.

 

  Et puis Marc se dit qu’il ne tarderait pas à avoir des nouvelles et des commentaires de Sara à propos de son livre. Il y avait mis une grande partie de sa vie, une part non négligeable de cette intimité qui avait exacerbé la jalousie maladive de son ex-femme.

  Il pense que chacun a un cadavre dans le placard, le sien c’est une femme quelque part avec des jumeaux, pas très loin d’ici, du coté de McChord AFB et de Tacoma, dont il n’avait pas eu de nouvelles depuis des années.

  Avec le temps passé, il n’a plus pour seule motivation que de savoir ce qu’elle est devenue et peut être un jour voir les enfants qu’il avait connus si brièvement quand ils étaient bébés. Cet épisode de sa vie a laissé un grand vide, une grande absence qu’il veut combler.

  Quand il a quitté Denver pour La région de Seattle, sa femme lui avait dit qu’il ne devait s’attendre à rien, qu’elle avait fait le choix de le quitter, sans lui donner de nouvelles et qu’il y avait des rêves auxquels il ne fallait pas toucher si on ne voulait pas être déçu.

  Oui, ils avaient été amoureux, passionnés et oui, leur passion ne s’était pas étiolée dans le temps. Il risquait de tout gâcher en tentant de les retrouver. Il risquait de l’avoir idéalisée avec le temps, il n’était pas certain de la retrouver comme il l’imaginait et comme disait l’adage, il vaut mieux finir en apothéose que de disparaître à petit feu. Sa femme ne se remettait pas de ce que leur amour s’était étiolé avec le temps, elle lui en avait voulu lorsqu’elle s’était aperçu qu’elle avait vécu dans l’ombre d’une disparue. Elle se rendait compte qu'elle avait été floué en pensant avoir été la première, la seule ou le grand amour de Marc et en avait retiré un immense sentiment de frustration. Marc en avait été désolé. Il n'avait jamais voulu lui parler de cette vieille histoire.

 

            - Dites ! Vous m'avez caché un gros bout de votre histoire !!!

Marc sursaute sur son échelle et se rattrapa de justesse aux barreaux, surpris d'entendre la voix si claire de Sara  derrière lui.

            - Oups ! Désolée !

            - Ca vous amuse de faire peur aux gens ?

            - Vous étiez perdu dans vos pensées ?

            - C'est un peu ça, en effet ! Vous avez tout lu alors ?!?

            - Tout ! Et d'une traite ! Je suppose que votre femme n'a pas dû apprécier d'en apprendre autant sur vous ! Elle savait au moins ?

            - Non, c'était juste une histoire ancienne, je ne voulais pas l'ennuyer avec ça et puis elle a su quand elle a lu, il fallait que ça sorte.

            - Le coup de l'origine de la famille dans le coin, c'était du pipeau aussi ?

            - Non, c'est vrai, un heureux hasard ! Je vous le jure !

            - en tout cas j'apprécierais que vous ne me cachiez rien si de mon coté je dois vous raconter mon histoire. Vous ne croyez pas ?

            - Je ne vois pas quoi dire de plus, la plupart de l'histoire est dans le livre !

            - Elle habite dans le coin alors ?

            - Oui, elle doit habiter du coté de Tacoma je pense. Pour ce que j'en sais son mari bosse sur la base aérienne de McChord, il est militaire, spécialiste en transmissions, ce genre de trucs.

            - Il ne vous est jamais venu à l'idée qu'elle aurait pu le quitter un jour ? Aller ailleurs ?  Ou même qu'elle aurait pu finir par vous oublier ?

            - Qu'est ce que vous voulez dire ?

            - Ce que je veux dire c'est que c'est votre histoire que vous avez racontée, pas la sienne. Visiblement vous avez été terriblement amoureux de cette fille, mais elle ? Vous pensez vraiment qu'elle ressentait la même chose ?

Marc regarde Sara du haut de son échelle, interdit. Elle semble beaucoup plus petite sous cet angle, mais elle parait d'autant plus déterminée avec les mains sur les hanches et les yeux plissés.

  Elle a passé un vieux survêtement vert par-dessus un grand tee-shirt délavé de l'université de Washington.

            - Vous allez rester sur votre échelle toute la matinée ou vous allez m'offrir une tasse de votre café ?

            - Hmm, je descends.

            - Arrêtez de grogner !

            En bas de l'échelle, Marc retire ses gants et les met dans la poche arrière de son pantalon avant de s'essuyer le front avec sa manche.

            - Vous êtes toujours aussi rude le matin ?

            - Vous non plus vous ne connaissez rien de moi, vous voyez ?

            - En effet ! Rentrons.

            Marc semble emprunté, aussi à l'aise qu'avec un percepteur.

            - Pourquoi ne pas m'avoir tout raconté, tout simplement ? Vous savez, je peux tout entendre !

            - Je crois que je ne voulais pas vous embêter avec mes histoires, j'ai déjà bien exorcisé le passé en le racontant dans ce livre. Et puis c'est tellement vieux...

            - Tellement vieux que vous venez dans le coin au prétexte d'écrire dans l'espoir d'avoir quelques nouvelles ? C'est bien ça ? Vous en êtes où exactement dans vos recherches, vous avez épluché l'annuaire de la base ? Et puis je crois que je me suis beaucoup racontée, sans trop de pudeur, alors faites un effort, vous voulez bien ? Ne trichez pas avec moi.

            - Dites, je n'ai pas vraiment triché. C'est juste une partie de moi dont je ne voulais pas parler, c'est tout. Je ne voulais pas en rajouter avec mes histoires alors qu'on travaillait sur la vôtre. Et puis je ne vous ai pas caché le livre, je savais que vous seriez suffisamment intelligente pour comprendre, je ne me suis pas trompé!

            - Bon, on joue franc- jeu alors ? Ne me refaites pas le coup de l'écrivain ermite perdu dans la forêt.

            - Ok ! C'est bon. Mais vous savez, je suis réellement venu ici pour écrire !

            - Vous êtes ici pour deux choses, écrire et la retrouver.

            - Non, si vous croyez que je suis venu ici dans l'espoir de la reconquérir vous vous trompez. j'ai toujours été sensible à ce qui m'entoure et me touche. Ally – c'est son prénom -  a fait partie de ma vie, a porté deux bébés dont tout me porte à croire qu'ils sont de moi et qui sont grands maintenant. Mon seul désir est de la rencontrer à nouveau, de parler du bon vieux temps, de la pluie et du beau temps, lui demander comment elle va et comment elle a vécu toutes ces années loin de moi. C'est tout.

            - Et si elle n'avait pas envie ? Si elle avait fait un trait sur ce passé ?

            - Je ne sais pas, il y a comme un goût d'inachevé encore. J'ai juste envie d'être rassuré et je m'en vais.

            - Et les garçons, vous voulez les revoir aussi ?

            - Non, je n'ai pas envie de les déstabiliser et puis de toute façon ils doivent être loin, ils doivent vivre leur vie à présent. Ils n'ont toujours eu qu'un père, je ne veux pas tout bousiller.

            - Vous vouliez écrire une suite à votre livre ?

            - Non, J'avais écrit une histoire complètement personnelle, je voulais passer à quelque chose de plus léger, une comédie, mais j'avoue que j'étais en panne d'inspiration.

            - Vous avez fait quoi tout ce temps alors ?

            - J'ai remis cette baraque en état, et j'ai parcouru la région. Je ne suis là que depuis l'hiver dernier, vous savez !

            - Vous avez pensé à votre femme quand vous avez écrit ça ? Parce que c'est quand même un aveu de désamour, vous ne croyez pas ?

            - Non, ça n'a rien à voir, j'avais le sentiment que je devais écrire ce bouquin, même si j'avais encore été fou amoureux d'elle. C'était aussi écrire pour ne pas oublier, parce que vous savez, avec le temps les souvenirs s'estompent et je ne voulais pas perdre ce souvenir. Vous voyez ce que je veux dire ? Je suis sûr que ça vous parle parce que vous êtes dans la même démarche, en parler pour ne pas oublier. C'est parce que votre histoire m'a touché, parce que je la trouvais si semblable à ce qu'après quoi je courais, moi-même, que j'ai décidé de vous aider. On écrit simplement des pages de notre vie pour ne pas oublier, pas pour les revivre. Ça aide à être en paix avec soi-même et à repartir en avant. Moi j'ai une chance de plus que vous. J'ai encore la possibilité d'avoir un rendez-vous, juste pour dire « hey ! Salut, comment ça va depuis tout ce temps ? » Mais au fond, on n'est pas si différent. Vous ne croyez pas ?

Sara ne dit rien. Elle tient une tasse de café chaud dans les mains, le regard ailleurs, les yeux rouges, l'air perdu à son tour et fond en larmes.

            - J'aurais tellement eu envie de les revoir avant qu'ils ne partent, les serrer dans mes bras, leur dire combien je les aime, ça a été si brutal...Se souvenir de tout, c'est une course contre la montre, contre l'oubli, et puis pourquoi ? Pourquoi a t-il fallu que ça tombe sur nous ? Pourquoi juste eux et pas moi aussi ?

            Marc la regarde sans rien dire. Un peu gêné, triste. Il éprouve beaucoup de peine pour ce qui est arrivé à Sara, il la sent encore si fragile.

            - J'ai retourné dans ma tête toutes les minutes qui ont précédé l'accident, tout décortiqué pour trouver la faille, le moment où ça avait merdé, le moment où j'aurais pu leur dire, « non ne bougez pas j'arrive », où rien ne serait arrivé, mais il y a toujours une faille. Ils auraient pu ne pas partir de Seattle sans moi, Paul aurait pu m'attendre, mais il ne l'a pas fait. Moi j'aurais pu me libérer plus tôt, on serait partit ensemble, et peut être qu'on serait arrivé plus tard, trop tard pour aller au cinéma...C'est peut-être moi qui avait les cartes en mains, et j'ai merdé, j'ai choisi de rester bosser un peu plus tard.

  L’atmosphère du salon est devenue très lourde et Marc sent le poids de toutes les frustrations du quotidien sur ses épaules. Il se lève, se rapproche de Sara et la prend dans ses bras. Il sent que c’est ce qu’il a de mieux à faire.

  Sara enfouit son visage dans le sweat encore humide de sueur, et le repousse lentement.

            - Je suis désolée, je n’étais pas venue ici pour pleurer.

            - Ce n’est rien, je comprends.

            - En êtes-vous vraiment sûr ?

            - Je n’en sais rien, mais c’est généralement ce qu’on dit dans ces cas-là, il me semble. 

            - C’est de l’ironie ?

            - Juste une tentative malheureuse de dédramatisation. Mais que voulez-vous ! Oui, je crois qu’on court tous après notre passé, après des échecs ou des regrets, moi je cours après une partie de moi qui vit en parallèle, loin depuis plus de vingt ans, quelque chose qui ne s’est jamais terminé dans les règles, j’ai juste envie de solder ce passé-là une bonne fois pour toutes.

  C’est un peu comme quand on demande « que ferais-tu si tu n’avais plus que trois jours à vivre ? » Certains pensent invariablement à se saoûler pendant trois jours et puis les autres, moins nombreux en général, soldent les comptes, règlent leurs affaires. Je compte bien vivre encore très longtemps, mais j’ai ce compte là à solder définitivement.

  Sara se mouche longuement, s’essuie les yeux et lève la tête vers Marc.

            - Pourquoi n’avez-vous pas été vous installer du coté de Tacoma ?

            - Parce qu’elle peut très bien ne pas y habiter, elle est peut être à Olympia, Lakewood ou Lacey et puis je ne voulais pas risquer de la croiser par hasard, alors comme j’avais quelques attaches ici…

            - Quelle galère !

            - Oui !

            Sara ouvre soudainement de grands yeux et se redresse.

            - Il ne devrait pas pleuvoir aujourd’hui, ça vous dirait d’aller faire un tour du coté du phare de  Westport ? Je crois qu’après ce moment de tension ça nous ferait du bien ! Allez dites oui !

            - Pourquoi pas ! On pourrait y manger un morceau, il y a un très bon petit restaurant sur le port de pêche, je vais me doucher, vite fait et on pourra partir.

            - Excellent ! Je vais passer quelque chose de chaud, vous me prenez au passage ?

            - Pas de problème, je suis là dans une demi-heure.

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Par jlm - Publié dans : Ned's Rock - Communauté : les auto-édités
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Jeudi 23 avril 2009
Aujourd'hui j'ai effacé la moitié des nouvelles des "Anges" et j'ai réactualisé les autres dans leurs écritures définitives J'en ai laissé 20, c'est pas la mort !
Pareil pour "Isa", j'ai enlevé le dernier tier. Tous ceux qui m'ont soutenu au fil de l'écriture de cette histoire en connaissent déjà la fin, pour les autres : il n'y a qu'à aller

Par jlm - Publié dans : Actu... - Communauté : les auto-édités
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Jeudi 23 avril 2009

Je ne me souviens même pas de la semaine qui a suivi, de l'enterrement et ce genre de choses. J'étais à l'hôpital, avec les dingues, sous médicaments pour ne pas faire de bêtises. J'étais surveillée en permanence, sous camisole chimique. Franchement j'ai peu de souvenirs de cette période...

  Je sais que quelques temps après on m'a installée chez les parents de Paul, chez Maud et Jack. Jack en avait vu d'autres, il était un peu plus jeune que mon père, il avait fait son service militaire au Vietnam. Je crois qu'il avait vécu des trucs pas joli-jolis là bas, ça lui avait donné une force nécessaire pour surmonter sa peine d'avoir perdu son fils unique. Maud, elle, plus fragile, ne tenait que pour s'occuper de moi, mais il faut bien avouer que pour eux j'étais un sacré poids mort. Je ne pensais qu'à ma petite personne. Alors un jour je leur ai dit que je préférais aller vivre chez moi, dans la maison de Grass Creek. Je leur ai annoncé ça un matin, au bout de trois mois.


 
Je suis assez têtue alors je n'ai pas eu beaucoup de mal à les convaincre de me ramener chez moi. C'était assez rude parce que tout était resté en l'état, il y avait encore dans l'entrée le sac que Paul avait laissé traîner en arrivant, avec ses affaires et celles de Kate. Il y avait ses cahiers, ses poupées, et sa console de jeux.

  Alors, Maud et Jack se sont installés provisoirement pour continuer à me soutenir, assurer la transition. Ils m'ont nourrie, ont veillé sur mes nuits et mes cauchemars, sans rechigner, sans se plaindre et puis un jour ils sont rentrés chez eux.

            - Brusquement, comme ça ?

            - Non, progressivement, ils revenaient souvent, la journée, pour ne pas que je me retrouve seule, mais petit à petit je me suis retrouvée face à mes problèmes et à ma petite personne, la nuit. Je crois que c'est la nuit que c'est le plus dur, quand rien ne vient perturber le silence. C'est le moment où viennent les fantômes. Vous avez remarqué comme c'est toujours la nuit que les gens déclarent voir des revenants ? Moi, je pouvais les sentir à coté de moi. Pas réellement, bien sur, il n'y avait pas d'apparitions, je sais parfaitement que c'est mon esprit qui fabriquait tout ça pendant qu'il tournait à cent à l'heure, je ne suis pas assez folle encore pour ne plus savoir faire la part des choses, mais c'est une évidence, la nuit et le silence sont propices à la concentration et aux hallucinations.


 
J'ai donc passé un bon moment à me bourrer de calmants pour dormir. En réalité ça ne me faisait pas dormir, mais ça m'abrutissait suffisamment pour que j'oublie les nuits que je passais. La journée c'était pas mieux, je passais mon temps entre le lit et la cuisine. Je n'étais vraiment pas très bavarde et je chialais pour n'importe quoi. Le fauteuil n'était  pas à sa place ? Je pleurais, et je retournais dans mon lit. Je crois que si ma mère avait été encore avec moi j'aurais tenté de retourner dans son ventre. Enfin, c'est une image, vous voyez ?

            - Je crois que oui. Vous auriez voulu oublier complètement cette vie et tout recommencer ?

            - Absolument, résolument. Mais quand j'ouvrais les yeux je me retrouvais dans la chambre, dans des draps froissés, plus très frais, engoncée dans un vieux survêtement hors d'âge. Sans compter que je ne devais pas sentir la rose tous les jours, vous pouvez me croire.

  Je fuyais la salle de bain et le miroir, je n'avais pas envie de me regarder dans une glace, mon reflet sur une vitre me suffisait largement. Je n'avais pas envie de me voir, de me regarder dans les yeux et d'affronter mon air cadavérique et sinistre. Je faisais peur à voir, juré !

            - Eh bien vous avez bien remonté la pente en tout cas, vous avez définitivement figure humaine à présent !

            - Oui, oh, et c'est rien comparé à avant ! répondit Sara dans un sourire. Et puis la résilience à un prix. J'ai surmonté la souffrance psychique, j'ai l'air bien maintenant, mais la souffrance est toujours là, à l'intérieur. Ça ne demande encore qu'à sortir.

Elle n'a pratiquement rien mangé et Marc non plus, absorbé par le récit de sa voisine.

Les plats sont froids à présent, mais il reste suffisamment de vin, ils se resservent.

            -Si on profitait de ce silence pour manger, qu’en dites vous ? Je peux faire réchauffer tout ça, non ?

            - C’est une idée !

Sara se mordit un peu la lèvre et rajouta « parlez-moi de vos enfants ! »

            - Que voulez vous savoir ?

            - Je ne sais pas, ce qui vous passe  par la tête !

            - Oh, eh bien par où commencer….J’ai une fille de seize ans et un garçon de vingt et un ans, Julie et Alex. En ce moment Alex étudie la psycho à l’université de Denver tandis que sa sœur traîne encore au lycée sans aucune idée de ce qu’elle pourrait bien faire de ses dix doigts plus tard.  Pour l’instant je ne m’en fait pas trop, Alex a mit un certain temps avant de trouver sa voie

            - Ils vous en veulent de les avoir laissés ?

            - Pas vraiment, Alex a une chambre sur le campus, alors on ne le voyait déjà pas souvent. Je crois qu'il avait deviné depuis plusieurs années que ça n'allait plus vraiment entre sa mère et moi, que nous faisions semblant. Julie, elle, est solidaire de sa mère, j’ai plus de mal avec elle. Ces derniers temps j’avais beaucoup critiqué ses choix de petits copains ou ses tentatives pour obtenir l’autorisation d’aller en ville avec ses copines et la question de son permis de conduire, je passais pour un vieux con je suppose. Heureusement sa mère savait la remettre à sa place.

            - La plupart des ados passent par ce genre de crises !

            - La plupart, oui. Pas l’aîné. Alex a toujours été droit dans ses bottes, il a toujours été motivé par la réussite et l’envie de travailler. Je n’ai jamais eu à mettre sa confiance à l’épreuve, c’est quelqu’un de calme et de curieux. Il aurait pu faire n’importe quoi comme métier, finalement son choix ne m’a pas surpris.

            - Vous avez des photos d’eux ?

            - Oui, j’en ai dans l’ordinateur, attendez…Voilà !


 
Marc se lève pour aller chercher son portable. Il y a tout un stock d'images qui défilent en mode visionneuse. Des photos de vacances, d’autres prises en randonnées dans les rocheuses ou dans ce qui devait être son ancienne maison. Certaines sont posées, d’autres, manifestement, avaient été prises à l’insu des sujets, Parfois Sara y aperçoit Marc dans son ancienne vie, parfois son ex-femme.

  Julie ne semble pas très grande, mais parait totalement dans le coup avec ses fringues « total look » et sa coiffure « baywatch ». Sur chacune de ses photos elle prend la pose, dévoile son plus beau sourire et mett en valeur son nouveau sac à main ou une partie de sa garde-robe.

  Alex semble plus discret que sa petite sœur. Les photos le montrent tour à tour timide, gêné ou absent. Le genre de gamin qui préfère être derrière l’appareil que devant,  Sara se dit qu’il ressemble beaucoup à son père, au moins physiquement.

            - Comment sont vos rapports avec votre fils ?

            - Très bons. Il est vraiment brillant, il m’impressionne. Quand il a un problème il m’appelle, il doit avoir maintenant plus de cartes dans son jeu que moi, mais parfois il m’appelle pour avoir mon avis sur tout et n’importe quoi. Je suppose qu’il le fait, non pas parce que mon avis lui importe réellement, mais plutôt pour ne pas rompre le lien qu’il y a toujours eu entre nous.

            - Vous avez toujours été très proches ?

            - Oui, j’ai toujours eu le sentiment de le comprendre, de savoir ce qu’il fallait lui dire au bon moment. Parfois il n’y avait rien à dire, mais j’étais là, ça suffisait. Et puis il a toujours eu toute ma confiance. Maintenant il est prêt à faire sa vie, il a une copine avec qui il traîne depuis qu’il a douze ans,  j’ai du mal à penser que ça ne soit pas du sérieux, depuis tout ce temps !

            - Et votre fille, elle vous appelle ?

            - Jamais ! Elle passe son temps et son forfait à téléphoner à ses copines ! Pour elle c’est une corvée ! Et puis elle a décrété que Washington était un état pluvieux tout juste bon pour les bouseux, alors ce que j’y fais ne l’intéresse pas du tout. Je me souviens d’une fois ou elle m’a reproché vertement de ne pas avoir été foutu d’avoir une maison à Los Angeles, au lieu de ça ses copines se foutaient d’elle et de son père minable qui était parti se transformer en homme des bois au pied du mont Rainier. Elle rêve de tutoyer Paris Hilton et de faire le bœuf avec Britney Spears, ça fout les boules, hein ?

            - Vous n’avez pas été attiré par les lumières de la grande ville ?

            - Non, ça ne m’a jamais attiré, vous pensiez que j’aurais pu m’acheter une Porsche ? Me balader avec une Rolex au poignet et changer de blonde comme on change de chemise dans une grande maison d’architecte avec vue sur la mer du coté de Santa Monica et la réserve de coke ?  Il n’y a que les moustiques qui sont attirés par la lumière ! Pourtant mon agent a essayé de m’y attirer au prétexte que c’est l’endroit où il faut être, et que pour exister dans ce monde de requins il faut savoir nager avec le ban.

            - Mais vos enfants vont quand même venir vous voir ?

            - Oui, je suppose qu’Alex sera obligé de menotter sa sœur dans la voiture !

            - Ca vous rend triste ?

            - Non, je me dis que c’est la vie, que nos enfants sont pour une partie ce que nous leur enseignons, mais qu’ils sont aussi surtout le fruit de leurs propres développements et de leur sensibilité à ce qui les entoure. Et puis il y a la part du hasard. Prenez deux enfants identiques, élevez-les de la même manière en donnant exactement à l’un ce que vous avez donné à l’autre, vous n’êtes pas certaine d’avoir deux caractères identiques ! Alors je me dis que même si Julie n’est pas exactement comme j’avais rêvé qu’elle soit, elle est ce qu’elle était destinée à être, elle a ses cartes en main, je ne peux qu’approuver ses choix, l'aider si elle me le demande, de plus je ne les ai pas faits seul ! Nous étions deux ces soirs-là !

 

  Marc revient dans le salon, tenant un plateau avec la tarte réchauffée, sortie du four.  Le plat défait et coupé en parts ne ressemble plus vraiment à ce qu’il était en arrivant. Moins beau, moins attirant, il se défend par son fumet tandis que la pluie annoncée s’abat violemment sur les carreaux de la fenêtre, par vagues successives portées par le vent et les bourrasques marines.

 

            - On dirait qu’on va avoir un temps de chien tout l’après midi !

            - Oui, c’est bien parti pour.

            - Vous avez encore faim j’espère !

            - Pas trop en fait, je n’ai jamais beaucoup mangé à midi, au bureau je me contentais d’une salade, vite fait. Vous avez travaillé sur notre balade à Seattle, au fait ?

            - Oui, j’ai commencé, c’est un processus tout nouveau pour moi. Il faudrait qu’on reparle de votre vie là-bas, de votre quotidien. J’ai posé une trame comme un sommaire un peu plus fouillé, mais j’ai vraiment besoin d’en savoir plus. Et puis je crois que je vais dépersonnaliser l’histoire, je vais partir de votre expérience pour écrire un roman qui se rapproche plus de la fiction. Si je devais m’attacher à la stricte réalité je n’écrirais que pour vous, c’est quand même très personnel, très intime. En prenant le parti d’écrire une fiction je réduis le drame à une taille acceptable pour le lecteur, même si on sait tous les deux que c’est votre vie que je raconte. Je veux dire par là que les gens n’ont pas besoin de coller votre visage et votre nom à ce qui décrit un drame personnel. J’inventerais d’autres prénoms, d’autres lieux.

            - Vous n’avez pas envie d’écrire une bio qui fasse peur ou pleurer ?

            - C’est pas ça, de toute façon je doute que le fait de raconter une fiction comme celle là fasse moins chialer ! Non, en réalité c’est de plonger au plus profond de votre intimité, la plus dure, la plus cruelle et la livrer nue, ça…

Sara le coupe  - ça vous gène ? 

            - Un petit peu, oui.

            - Je comprends. Vous avez raison. Beaucoup de gens connaissent mon histoire ici sans me connaître moi. Je n’ai pas non plus envie que les gens que j’ai connus avant en apprennent sur des choses qui relèvent de l’intime. Ok, donnons un autre nom à « l’héroïne !» 

            - Parfait ! Et puis j’en ai encore beaucoup à écrire après ce que vous m’avez raconté aujourd’hui.

            - Je vais vous laisser finir l’après-midi tout seul, il faut que je rentre.

            - Vous pouvez rester si vous voulez.

            - Non, j’ai besoin de me reposer, vraiment, il faut que j’y aille. Oh, vous avez encore un exemplaire de votre livre ? J’aimerais beaucoup le lire !

            - Oui, attendez, je dois en avoir un quelque part.

  Marc se dirigea vers le carton qui lui servait de bibliothèque dans le fond de la pièce, sortit quelques ouvrages et saisit un livre au format poche à la couverture écornée.

            - Je crois que c’est le dernier exemplaire qu’il me reste ! Mon éditeur m’en avait fourni un carton plein, mais j’ai déjà tout distribué, tenez !

            - Merci, je vous le rapporterai.

            - Inutile, vous pouvez le garder.

            - Bon, eh bien, à bientôt.

            - Oui, portez-vous bien !

 

  L’après midi est déjà bien avancé, la pluie tombe toujours par vagues successives et le vent d’ouest  souffle de telle sorte que Sara a le sentiment de devoir lutter pour rentrer.

  Sara se met à courir, elle est trempée, transie de froid, mais elle tient contre elle son plat à tarte récuré et le livre de Marc, emballés  dans un sac étanche. Quand elle arrive chez elle, Sara se précipite dans sa chambre, se déshabille et s’enroule dans un gros peignoir.

  Dans la salle de bain, Sara tourne le robinet d’eau chaude de la baignoire pour se faire couler un bain bien chaud. Elle a froid jusqu’à l’intérieur, se sent gelée au plus profond d’elle-même. La pluie et le vent lui ont frappé le front qui n’est plus qu’une barre de chair froide et douloureuse.

 

  Elle descend ensuite dans le salon et allume un feu dans la cheminée, puis remonte se couler dans la chaleur du bain.

  Elle y reste un bon moment, réajustant régulièrement la température, se frictionnant la peau avec une fleur de douche en sisal.

  Sara a mal au crâne,  une céphalée qui s’estompe à mesure qu’elle se relaxe.   Elle tenta également de se masturber, mais constate au bout de deux minutes qu’elle n’a aucun désir, et se sentit ridicule, rouge de honte. Sara se dit que, quand même, c’est bien la première fois qu’elle y pense depuis deux ans, et que c’est le signe que quelque chose en elle renaît. Sara sort de l’eau en se promettant d’y repenser sérieusement et pouffe de rire.

 

  Dans la chambre, un tas de vêtements dégoulinant traîne lamentablement sur les lattes du plancher. Le vieux manteau semble peser dix fois son poids tandis que le bas de son pantalon est maculé de boue. L’ensemble est froid et désagréable mais elle se force à descendre le tout à la buanderie.

  La pièce, au rez-de-chaussée, avait été longtemps, avec la cuisine, le fief de sa mère, pur exemple de la ménagère américaine typique, comme on la vendait encore dans les années soixante, livrée avec un tablier et un livre de recettes de cookies.

  La mère de Sara n’avait jamais été une militante féministe, elle prenait beaucoup de plaisir à coudre, à confectionner des couvertures en patchwork et à aller à l’église. Le linge de la maison était toujours impeccablement repassé, et jamais la dinde de Thanksgiving n’avait été ratée.

  Elle avait collectionné les ustensiles de cuisine comme d’autres collectionnaient les dés à coudre en porcelaine, et c’est ainsi que Sara s’était retrouvée avec des tiroirs pleins d’objets aussi étranges que divers dont elle ne savait quoi faire.

  Son père n’avait jamais mis les pieds dans la buanderie autrement que pour réparer les fuites d’eau ou y installer des étagères. Il n’avait jamais fait une lessive de sa vie, N’avait jamais fait sécher le linge, ni ne l’avait repassé. Paul, lui, connaissait les programmes de la machine par cœur. Le repassage faisait partie de ses attributions dans couple.

  Les mentalités avaient bien changé. Paul avait toujours partagé les tâches ménagères comme il pouvait. On ne pouvait pas dire que Paul se montrait particulièrement doué dans cet exercice, mais il le faisait volontiers, tout comme il avait prit à cœur de donner le biberon à Kate, de changer ses couches ou de se lever en pleine nuit quand elle faisait des cauchemars.

 

  A présent,  la buanderie ou Sara aimait se cacher quand elle était petite, semble triste, grise et exigüe.

  Sara prend le livre de Marc, laissé sur la commode, près de l’entrée et pose son nez sur la vitre froide de la fenêtre qui donne sur la baie.

  On n’y voit pas à cent mètres avec la pluie qui continue à battre la maison, mais Sara distingue la forme grise de Ned’s rock, à quelques brasses de la petite crique.

  Sara s’assoit finalement dans le vieux fauteuil, et ouvre le livre écorné. Marc l’a prévenue, l’histoire raconte une partie de sa vie, une rencontre et une histoire d’amour de jeunesse avec une fille, une aventure qui s’est terminée par une séparation, une fuite, un abandon.

            Le héros, « Mac » - Sara note l’absence préméditée du « r » - et la fille, Stefanie s’étaient rencontrés très jeunes. « Mac » venait de commencer sa vie d’adulte, avait obtenu son premier job et rencontré la fille sur son lieu de travail.

  Ils étaient tombés amoureux, sans rien oser s’avouer, puis ils avaient fini par sortir ensemble. Malheureusement Stefanie était mariée, une union triste et convenue dans laquelle elle se noyait lentement.

  Le récit décrivait avec justesse et humour les escapades et les prétextes, les rendez-vous rapides dans les hôtels et les restaurants. Les scènes d’amour dans les parkings ou en forêt, la peur d’être découverts, une aventure et un frisson quotidien.

Stefanie n’avait pas d’enfant mais se retrouva enceinte. Un temps éloignée de « Mac »  pour suivre sa grossesse chez ses beaux-parents, elle revint avec des jumeaux assurant toujours Mac de son amour. Pourtant, le mari jaloux et stérile décida de mettre fin à une histoire qui l’humiliait profondément et décida un jours de quitter la ville avec femme et enfants.

  Le mari avait une bonne situation, de l’argent, « Mac » n’avait rien, pas un dollar de coté, Stefanie suivit finalement le mari, abandonnant une vie qui, à son avis, devait laisser la place aux intérêts des enfants.

  « Mac » avait toujours eu des doutes sur la paternité mais n’avait jamais eu de réponses claires à ce sujet. Au bout du compte Stefanie avait bel et bien disparue, ne donnant de ses nouvelles qu’une fois, quelques années plus tard, alors que le personnage principal avait finalement fait sa vie et un bébé avec une autre. Elle vivait à l’autre bout du pays, assurant « Mac » qu’il avait été la plus belle aventure de sa vie.

  Marc s’était donc résolu à vivre avec son ex, une autre histoire, plus convenable, avec deux enfants et un pavillon bien sage.

  Sara lut le livre d’une traite et se dit qu’il y avait là effectivement une bonne idée de film dans le genre qui faisait tirer une larme aux filles dans l’obscurité d’une salle de cinéma, Une histoire d’amour contrariée par l’argent et le besoin de sécurité, une version soft de Roméo et Juliette, une histoire où personne ne se suicide, mais empreinte d’un sentiment de gâchis éternel, comme une plaie qui ne se referme jamais. Ça expliquait peut être la décision de Marc de venir s’isoler quelques temps loin de Denver, Peut-être « Stefanie » vivait-elle près d’ici ? Et peut-être la cherchait-il ? 

 

  Sara s’avoue perplexe par le récit. Le ton est juste, l’émotion est bien présente et Marc n’en a pas trop rajouté dans le style larmoyant, elle est impressionnée.

 

  En fin de compte Marc n’est peut-être pas si libre qu’il en a l’air. Sara a bien un moment envisagé avoir une aventure avec lui. Oui, cette pensée lui a traversé l’esprit de manière fugace. Même le vieux Leland lui a suggéré avec ses mots que ce pourrait être une solution à ses problèmes.

 

  Jusqu’à présent elle l’a vu comme une sorte de solitaire dans sa maison de bois, un genre d’intellectuel en parenthèse, un ermite provisoire. Il ne semble pas intéressé par les choses du sexe, Sara n’a jamais surpris chez lui un quelconque regard intéressé. Il est juste amical, c’est tout. C’est tout le problème avec les gens qu’on rencontre. On croit faire la connaissance de gens tous neufs, quand, en réalité, on a en face de soi des personnes avec un vrai passé, de vraies expériences et de vraies blessures.  Marc est à l’image du livre qu’il lui avait prêté, il est plié, racorni, usé par le temps, parcheminé. Le disque dur est déjà plein.

  Sara le voit maintenant avec de nouvelles perspectives, sous un nouveau jour.  Marc n’est pas seulement le comptable qui a empoché un gros chèque en publiant une histoire, il n’est pas juste le type divorcé de Denver. Il se peut même qu’il y ait d’autres histoires, d’autres blessures.

  Cependant, il est toujours le type sympa et un peu nonchalant qui habite plus haut. Il reste bigrement intéressant, peut être même un petit peu plus attirant. Il lui demanderait certainement ce qu’elle en avait pensé, Sara n’a pas de réponse immédiate. Peut-être le questionnerait-elle pour en savoir un peu plus, pour savoir où il en était maintenant.

  Cette histoire relance sérieusement la curiosité de Sara et son intérêt pour quelque chose dont elle n’est pas le point central. Marc a réussi à détourner son attention, il est bien le premier.

 

  Quand Sara s’endort ce soir là, elle pense à la fille, Stefanie et lui donne le visage de la Meg Ryan dans « nuits blanches à Seattle » Elle convient également que Tom Hanks pourrait jouer le rôle de « Mac ».  C’est une bonne nuit, une des première depuis longtemps où Sara ne se réveille pas en pleurant vers trois heures du matin.

  C’est aussi une nuit où Sara imagine des scènes d’amour dans lesquelles elle se figure prendre la place de la fille aux côtés de Marc.

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Par jlm - Publié dans : Ned's Rock - Communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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Jeudi 23 avril 2009

Allongé sur un lit crevé,

La douleur vrille mon cerveau

Tandis que la lumière

Me brûle les yeux et les paupières.

La pourriture me ronge,

C’est une question de temps.


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Par jlm - Publié dans : OD - Communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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A propos de moi...

  • sentiers-battus
  • : Que dire ? que j'écris, que ça vient tout seul, que je ne sais pas encore quand cela s'arretera. J'ai déjà créé une belle gallerie de personnages et j'aime les faire vivre un court instant pour saisir une tranche de vie. et vous ça va ?

Présentation

Pour résumer...

 

  "Les Anges" est une gallerie de personnages de la Bay Area, des gens ordinaires pris en flagrant délit de rien, dans leurs vies de tous les jours, comme un recueil d'instantanés. "Les Anges" parle de vous, de moi, de tout le monde. Des vies ordinaires, insignifiantes, mais baignées par le vent, le fog et le soleil californien et l'esprit de ceux qui m'ont influencés. Kerouac, Djian, et le vieux dégueulasse. Il se trouve maintenant (et pour moins cher) chez "thebookedition"

  Isa (Too Drunk To Fuck) c'est la rencontre de Dave, Isa et Theo, mais c'est aussi Phoebe et Ed, une bande de trentenaires en décalage avec la morale et les conventions entre le Castro et Valencia, North Beach et Oakland. Ensemble ils vont affronter quelques épreuves, les conneries d'Isa, l'homophobie et les principes religieux. Il y aura bien de l'alcool, de la drogue et du sexe, il y en aura pour tout le monde, homos ou hétéros, mais c'est surtout une chronique de la tolérance au quotidien autour de la baie de San Francisco.

 


Ned's Rock est une histoire sur le deuil et la résilience,  une rencontre entre deux personnes écorchées par la vie, dans le nord de l'Amérique et la région de Seattle. C'est aussi un retour sur le passé pour une femme et un homme qui n'ont pas grand chose d'autre en commun que leurs regards sur de vieilles blessures et la manière d'y faire face.

OD comme Over-Dose, comme ode, comme Over-Drive, comme Oscar Douglas, comme Occupation Double, comme Opération Délicate, comme Origine Diverse, comme Objet Direct, surchauffe, des bouts de rien, des morceaux de pas grand chôse, rien de très joli en tout cas, ni rien de sérieux...

 
http://www.wikio.fr

Art Generation

 


Un peu de pub gratuite pour une enseigne que j'adore (cliquez sur la vignette pour le lien direct)


Art Génération est né de l'envie de rendre l'art accessible à tous, de partager des émotions et de faire découvrir la diversité de la création contemporaine. C'est aussi le désir de défendre des artistes dont le talent mérite d'être reconnu. Et surtout de réconcilier l'art, parfois trop élitiste, avec le grand public.

La galerie Art Génération sélectionne des artistes et propose leurs oeuvres à un prix d'entrée accessible. Le prix des oeuvres d'art a toujours été lié au succès de l'artiste. La côte de l'artiste évolue donc en fonction de la demande. C'est une façon de récompenser le talent de l'artiste et l' œil averti du collectionneur.

Avec sa salle des ventes Art génération propose d'agir en véritable connaisseur. Vous pourrez céder ou rechercher une oeuvre pour faire évoluer votre collection. Avec le temps les goûts évoluent et l'oeil s'affine.

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La vie trépidante d’Eve, fan des Cramps, des Adicts et de tout le punk old school en général. La musique et le cul, le tir de scud, et les problèmes de ménage entre deux binouzes.  C’est très drôle. Si vous n’aimez que le mainstream, passez votre chemin..

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