Mardi 2 juin 2009

La vie nous joue parfois de drôles de tours.

Vous je ne sais pas, mais moi, quand je vois des drames aux infos, ça ne me fait pas grand-chose tellement on nous en gave. La guerre, les prises d’otages, les infanticides, les accidents de trains ou que sais-je encore.  L’info catastrophe est aseptisée, on ne nous montre pas grand-chose d’autre que les « parents de victimes en pleurs », une vague image lointaine, est une flopé d’experts en rien nous expliquer l’inexplicable, je zappe. On vit dans un monde de dingue et ce n’est pas nouveau.

 

Hier tout a changé et l’info catastrophe m’a rattrapé alors que je préparais un lit de braise dans le jardin pour le repas de midi. Un avion d’Air France en provenance d’Amérique du sud – AF 447 -  est porté disparu au dessus de l’atlantique… Je connais quelqu’un qui revient précisément d’Amérique du sud ce jour là, alors je cours vers mon ordi, je lâche mes braises, j’ai le cœur qui s’emballe et je vais chercher les infos.  J’apprends que l’avion est parti de Rio, je souffle, elle quittait Buenos Aires, elle n’est pas concernée. N’empêche ! Elle bosse pour Air France, hôtesse sur longs courriers et aime beaucoup Rio.  Pourquoi avoir choisi d’aller passer un week-end en amoureuse à Buenos Aires au lieu de Rio ? (Ça ma vieille pas la peine de m’en donner une réponse, tu fais ce que tu veux, hein !) Bref, elle est revenue et c’est tout ce qui m’importe. Aujourd’hui je suppose qu’elle a eue connaissance de la liste, les noms de ses collègues qu’elle ne reverra plus, triste journée.

Par jlm - Publié dans : Actu...
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 1 juin 2009

Elle se sent seule loin des siens, loin de tout, loin de ses enfants restés avec leur père et qu’elle ne peut voir que le week-end. Elle n’a jamais voulu arriver ici, travailler loin d’eux, mais les hasards de l’administration, les mutations incompréhensibles en ont décidés autrement. Son couple n’a pas résisté à cette pression, tout a volé en éclat malgré les cris et les larmes.

Maintenant elle s’y est faite, elle apprécie son job, ses amis, les loisirs, les boutiques et les nuits parisiennes, mais au fond d’elle-même elle se sent seule.  Elle est jolie, vraiment jolie, avec ses cheveux longs, noirs et bouclés, ses tailleurs bien coupés et sa taille fine. Elle est plutôt grande, la peau constamment  halée. Elle sait  que les mecs lui tournent autour pour ce qu’elle représente, pas pour ce qu’elle est vraiment. « On accroche toujours une belle fille à un tableau de chasse » lui disait son père.

Elle a gardé un appartement en province pour accueillir ses enfants quand elle rentre, c’est son refuge, sa tanière. Malheureusement elle ne peut assumer deux logement en même temps, alors, la semaine elle squat chez des amis, des copines, des camarades de promotion ou parfois chez quelques types avec qui elle sort. Mais c’est toujours trop compliqué d’avoir une trop belle fille chez soit. Les amies finissent par crever de jalousie, les amis par vouloir se faire payer les frais de collocation en nature. Les autres…Hé bien les autres ne veulent pas d’un provisoire définitif, ils lui font bien comprendre qu’à un moment donné, ça devient lourd, que c’est trop petit, qu’il faut aller voir ailleurs.

 

En ce moment elle est chez lui. Il a une chambre libre, celle de son fils qui vit loin de Paris, une chambre comme un placard, mais avec un lit, et c’est bien là l’essentiel. Il est compréhensif, à l’écoute, un peu décalé aussi parfois. Il ne lui demande rien, il lui a même donné une clé. « Fais ce que tu veux, comme chez toi !» et de ce fait, elle se sent libre.

-                     C’est mon anniversaire aujourd’hui.

-                     C’est génial !

-                     Non.

-                     Pourquoi ?

-                     Personne ne s’en est souvenu.

-                     Personne ? Même pas tes parents ?

-                     Personne, je te dis.

-                     Ha merde !

-                    

-                     On sort !

-                     On va où ?

-                     Je t’emmène au restaurant, il faut fêter ça ! dit-il péremptoire.

-                     Je ne sais pas trop si j’ai envie de sortir, je préfèrerais me cacher au fond du lit.

-                     Après si tu veux, allez, viens !

La petite rue bordée de marronniers descend vers le faubourg et ses petits restaurants, limite invisible entre les quartiers misérables et la zone « bobo » qui commence à s’étendre de Belleville à St Martin. Il a décidé de l’emmener chez « Papa » un restaurant comme une auberge qui sert de la cuisine Basque, pas dans le genre raffinée, mais copieuse, généreuse et parfumée.

On n’y mange jamais seul, il y a toujours, sur les grandes tables, quelqu’un pour s’assoire à coté et commencer une discussion. C’est une cantine, un lieu de vie dans un cadre vieillot, entouré de guirlandes de piments.

-                     On va s’empiffrer ?

-                     On va manger et boire, comme des cosaques ! tant pis pour ta ligne.

-                     T’es gentil !

-                     Je sais, mais pas que ça.

-                     Ouais, tu fais chier aussi !

-                     Tu te priveras demain, c’est tout.

Il y a de la place, il fait chaud, le type derrière le bar ressemble a un vieux surfeur de Biarritz, et la fille en noir les place au milieux de la salle.

Faisant mine d’aller aux toilettes, il la coince près de la caisse et lui glisse « C’est l’anniversaire de mon amie là,  vous avez quelque chose de spécial ? » Elle lui répond qu’il ne s’inquiète de rien, qu’il y a toujours quelque chose à faire, l’air entendu, comme des affranchis.

Elle semble dans le vague quand il la rejoint, son téléphone portable dans la main, désespérément silencieux.

-                     T’as choisie, alors ?

-                     Oui, un petit Parmentier de canard à la crème, et de la salade.

-                     Je vais prendre comme toi…ça va ?

-                     Je ne sais pas, tout tourne dans ma tête, j’ai l’impression de passer mon temps à faire les mauvais choix.

-                     On en est tous là. Moi je passe mon temps à fuir.

-                     Quoi ?

-                     Je ne sais pas encore. Je n’ai pas de réponses non plus.

-                     Ton fils te manque ?

-                     Ouais, tous les jours. Comme toi et tes enfants je suppose, mais plus que quelques mois et il sera là.

-                     Je ne sais pas encore quand je pourrais y retourner définitivement, ça fait chier, à chaque fois que je parts ils pleurent.

La première bouteille de vin arrive, il la sert, ils décident de boire d’un trait après avoir trinqués, il ressert. La salle se remplit petit à petit, plus de monde, plus de bruit, plus de chaleur aussi dans cette salle sans climatisation. Ils parlent et se racontent leurs frustrations, il l’encourage à ne pas sombrer dans la déprime, elle boit un peu plus que lui.

Il a remarqué qu’elle avait l’alcool festif, plus que de raison, il lui en fait part. Elle sait qu’elle boit trop souvent, mais c’est plus fort qu’elle, elle réclame une autre bouteille. Le repas s’étire, l’alcool passe mieux, plus lentement. Quand vient le moment du dessert, la fille en noir apporte un gâteau avec des bougies, et toute la salle entonne le « happy birthday !» de circonstance, elle a fait passer le mot.

Elle est émue, une larme au coin de l’œil, il lui sourit, elle l’embrasse.

La nuit est là dehors, ils sortent après avoir descendu une bouteille d’Izarra, ils tiennent encore debout, ils ont encore soif.

A cette heure, les bars sont fermés sur le faubourg. Sauf un. C’est un vieux comptoir miteux, un vieux zinc entouré de formica imitation bois, ponctué de tabourets miteux et défoncés.  Ils terminent à la vodka et explosent leurs verres par la porte ouverte, sur le trottoir. Le patron, un vieux graisseux mal rasé se met à gueuler et les jette dehors. Ils sont cuits, ne tiennent plus debout qu’accrochés l’un à l’autre.

La rue tourne, ils titubent. Le chemin semble interminable vers l’appartement, elle tombe une fois, il la ramasse. Il se sent malade, mais c’est normal, il a franchi la limite qu’il connaît bien entre se sentir ivre et être complètement défoncé. D’habitude il la voit arriver et sait précisément à quel moment il est préférable de partir, mais ce soir, il l’accompagne, parce que ça fait du bien de se lâcher.  Et puis que peut-il leur arriver ? Ils sont à pied, pas loin, après l’allée de marronniers.

Il leur faut du temps pour ouvrir les portes et parvenir, par le dédale des couloirs, jusqu’au salon où ils s’effondrent. Ils sont heureux et malades, content de s’être lâchés. Ils continueraient bien, même, mais il n’y a plus rien ici, les placards sont vides, alors ils s’endorment l’un contre l’autre, tout habillés, affalés dans le canapé.

 

Il est dix heures, ils sont en retard, ils ont une vraie gueule de bois, avachis dans le métro. Ils se regardent en souriant, l’air entendu, comme des affranchis.

Page copy protected against web site content infringement by Copyscape

Par jlm - Publié dans : Une vie parisienne - Communauté : les auto-édités
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 31 mai 2009

Grace à Eve, je viens de m'appercevoir que ça fait un bail que j'ai pas écouté Nirvana,


et que je n'ai pas mis mon Superfuzz-préféré-fétiche-que-je-traine-depuis-de-nombreuses-années. Voilà, c'est réparé, je vous laisse donc et je retourne à mon activité préférée du Week-end, le moulage dans une chaise longue...

Par jlm - Publié dans : ma life ! - Communauté : agriculture et société
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 30 mai 2009

Elle semble avoir une bonne tête, plutôt jolie, ni trop jeune, ni trop âgée, un profil qui lui correspond, il est tard, il revient du cinéma sur le bord du bassin de la villette et comme à son habitude, il consulte ses mails avant d’aller se coucher.  Elle lui a envoyé un signe, elle a consulté sa fiche, l’a trouvé pas mal. Sur le site de rencontre, elle pose en maillot de bain sur le pont d’un bateau, des vacances au soleil, une grosse paire de lunettes de soleil sur le nez, un vague sourire et l’océan derrière.

La fiche précise qu’elle est cadre, une fourchette de revenue plus que correct, mais voilà, à quarante ans elle est seule sans enfant.

Le message qu’elle lui a envoyé est bref, direct. « J’aime beaucoup ton annonce, on pourrait discuter » Elle est en ligne, il est tard.

 

Il est seul aussi depuis quelques années. Il jette un regard autour de lui, la lumière douce accentue par ses ombres le désordre permanent de son salon, les reliefs du repas de midi sur la table, une tasse vide sur la table basse, des livres en vrac, des vêtements fripés sur le bord du canapé, et l’ordinateur toujours allumé. Un appartement vide depuis qu’elle est partie. Il se gratte la tête, réfléchi un instant et s’installe devant son écran.

 

-                     Salut, on peut discuter…

-                     ……

-                     Plus personne ?

-                     Salut, désolée, je tchatais à coté…

-                     Tu m’as envoyé un message…

-                      Ha oui, c’est vrai ! j’ai consulté ton annonce et j’étais intéressée !

-                     Par quoi exactement ?

-                     La photo, quelques critères habituels, l’instinct peut-être.

-                     L’annonce que j’ai laissé ici est très mauvaise pourtant, rien d’original.

-                     Vas savoir !

-                     Il est tard !

-                     Je sais, tu es dans quel coin ?

-                     Jaurès – Stalingrad, et toi ?

-                     Mairie, le marais.

-                     Ce n’est pas très loin.

-                     Quand même ! on pourrait se boire un verre ?

-                     C’est direct !

-                     Je le suis toujours.

-                     Mm, ok ! dans une heure près du pot de fleur de Beaubourg, ça ira ?

-                     D’accord !

 

Il est vingt-trois heures, pas vraiment trop tard pour sortir et boire un verre. Il se dit que c’est une drôle de fille, que lui ce n’est pas trop son genre de sortir comme ça au bout de dix minutes de correspondance mais que pourquoi pas, et puis il fait bon dehors, il fait chaud, une légère brise, et il aime Beaubourg la nuit et sa façade illuminée d’une multitude de spots, sa piazza et ses touristes, les bars alentours, le coté chic-intello-artiste.

 

Il prend une douche rapide, se change et se lance sur le boulevard vers la station de métro. Au loin une sirène hurle dans une rue, à fond, très vite. Les petits épiciers sont encore ouverts, il pense parfois qu’ils ne dorment jamais.

Il fait une chaleur étouffante dans la voiture ; à cette heure ci il y a de moins en moins de monde, c’est mieux, plus calme qu’au beau milieu de la journée. Il se dit qu’il aurait mieux fait de prendre un vélo, mais il préfère arriver à pied en sortant de la station, les mains dans les poches qu’en vélo.

 

Les rues autour du forum des halles sont vides, c’est presque flippant. Les bars de la place sont fermés, elle se tient près du socle du gigantesque pot doré, un trois quart sur le dos, en lin, ou quelque chose de ce genre, léger et confortable, adapté à la saison. Elle a des lunettes sur le nez, un air dur, le genre beauté glacée. Elle est en avance, il n’est pas en retard.

 

-                     Serais-je en retard ?

-                     Non, je viens d’arriver !

-                     Les bars sont fermés !

-                     Il y en a un d’ouvert en bas de chez moi, un peu plus loin.

-                     On y va alors ?

-                     Ok !

Les rues du marais sont un peu moins vides, plus de bars, plus de clubbers, une vie nocturne constante sous les lampes orange des lampadaires vieillissants. Le bar est proche, un bar à cocktails, une terrasse couverte, quelques couples, ils s’installent au fond, là où ils seront tranquilles et commandent deux mojitos, la serveuse est jolie remarque t-il, la jupe courte et un joli décolleté. L’éclairage lui donne un air bronzé, une peau dorée.

-                     Alors ?

-                     Oui ?

-                     Un petit moment de gêne au début c’est toujours compréhensible.

-                     Je ne suis pas gênée…

-                     A moi d’attaquer alors ?

-                     Si tu veux.

-                     Tu chasses sur Internet ?

-                     Ce n’est pas exactement le terme que j’emploierai.

-                     Mariée ?

-                     Jamais, hors de question.

-                     Alors ?

-                     Alors quoi ?

-                     Hé bien je suppose que tu voulais te faire une idée ? qu’est ce que ça donne ?

-                     Parles moi de toi.

-                     Je n’ai pas grand-chose à dire sur moi.

-                     Si tu ne chasses pas tu fais quoi ?

-                     J’essaye de changer ma vie.

-                     Tu cherches une gentille femme ?

-                     Il y a de ça. Tu es gentille ?

-                     Définitivement non.

-                     Aucune chance que l’on finisse nos jours ensemble alors !

-                     Aucune ! Je prends, je consomme, je jette.

-                     Inutile de demander pourquoi ?

-                     En effet, ça ne regarde que moi !

-                     Tu as des critères quand même ?

-                     Aucun, c’est à l’instinct, au bluff, et puis il faut avoir des couilles pour me suivre, il y en a qui se dégonflent. Tu vas te dégonfler ?

-                     Ça n’est pas dans mes habitudes de me dégonfler, mais j’avoue que ça n’est pas non plus dans mes habitudes de m’aventurer dans ce genre de plan.

-                     T’en penses quoi ?

-                     Je ne sais pas, c’est juste inhabituel…tu étais en ligne avec un autre, tout à l’heure, pas vrai ?

-                     Oui, il s’est déballonné, les mecs n’aiment pas se faire draguer de manière si directe.

-                     Je comprends, le chasseur chassé. Ça déboussole !  Tu habites réellement le quartier ?

-                     Juste là, en face.

Elle est impassible, détendue sur son siège en rotin, elle le regarde intensément, droit dans les yeux. Son cerveau bout, c’est elle qui commande, qui prendra les rennes, telle une amazone, une mante religieuse. Il comprend que l’on puisse avoir peur, à moins d’être inconscient. Au fond, il la comprend, ou crois comprendre, elle est l’homme, il se retrouve femme.

-                     Pourquoi pas…

-                     On y va ?

-                     Juste un coup ?

-                     Juste la nuit, c’est tout.



Photo : Florian Gerus
le pot de fleur : Jean-Pierre Raynaud


Page copy protected against web site content infringement by Copyscape
Par jlm - Publié dans : Une vie parisienne - Communauté : les auto-édités
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 29 mai 2009

          
                   


        Elle est arrivée à Paris il y a maintenant deux ans. Deux longues années, à l’aube de la quarantaine. Pour certains elle a fuit par lâcheté, pour d’autres elle a disparu sans laisser d’adresse, rompant avec une vie aliénante et ennuyeuse dans une bourgade de province parce qu’elle n’en pouvait plus. Une vie à se farcir les visites à la famille, les critiques sur ses choix de vie, ses amours, ses amants. Une vie étouffante, comme un chemin de croix qui mène à la folie douce et à la schizophrénie. Elle en avait marre de son supérieur, de son job, de ses clients faux culs et de ceux qui étaient plus directs, plus crades, plus infects, ceux qui lui mataient le cul et ceux qui touchaient sans gène parce que finalement ça n’est pas bien méchant, pas de quoi en faire un plat. Marre aussi de ces heures passées sur la route, a vendre pour des laboratoires des produits miracles et de la poudre aux yeux.


Elle est belle, sensible et intelligente, trois défauts majeurs, trois sujets d’incompréhension. Quand on est jolie on ne doit pas se plaindre, les autres n’ont pas cette chance, une jolie fille doit être heureuse et penser que c’est un cadeau du ciel, un « pass » pour la fortune, pour peu qu’elle la ferme. Sa sensibilité lui fait s’intéresser à des causes dont tout le monde se fout. Elle aurait aimé aller au devant des autres, aider ceux qui en ont vraiment besoin, elle aurait aimé s’engager pour une cause et partir, l’injustice la révolte, la misère aussi « Mais qu’est ce que ça peut te foutre !  Personne ne s’occupe de toi ma pauvre, occupe toi plutôt de moi ». Il ne voyait pas plus loin que le bout de ses chaussures, il était plutôt étroit d’esprit, la tirait vers le bas, lui enfonçait la tête dans les taches du quotidien et la baisait quand ça lui prenait, pas quand elle le voulait, ni comme elle l’aurait souhaité. « Et c’est quoi ces bouquins que tu lis, on ne comprend rien », lui ne comprenait rien. Rien du tout.
Elle avait donc tout lâché, non pas sur un coup de tête, mais après avoir muri son plan, prit le temps de le peaufiner. Elle lui avait tout laissé sauf peut-être ses albums photos, quelques livres et quelques fringues. Elle avait prit l’essentiel, ses papiers, son fric, sa tasse de café. « Tu n’arriveras jamais à trouver quelqu’un d’aussi conciliant que moi ! » Elle avait au moins l’intention d’essayer.

 

Elle s’est installée dans un petit deux pièces de la place de Clichy, un appartement miteux dans un cinquième sans ascenseur, une douche moisie et une cuisine sans meuble. Elle se retrouve sous les toits, il y fait très chaud l’été, très froid l’hiver sans double vitrage, sans isolation. Le monde qui grouille en bas lui fait parfois un peu peur en fonction de l’heure. Tous ces camés à la porte de la pharmacie, les bagarres et les règlements de compte, elle se souvient particulièrement de ce type avachi contre la vitrine d’un restaurant de la place, mort, comme ça, seul comme un chien aux pieds des passants qui ne lui jetaient pas un regard, juste deux flics à coté de lui attendant une civière pour qu’on l’évacue. Elle se souvient de son visage presque noir, de ses pieds nus, de son vieux survêtement troué.

 

Elle a décroché un job dans une SS2I pas regardante sur son expérience professionnelle, et a fait son trou, sans personne, sans sa famille, toute seule. Elle a découvert à Paris une vie culturelle qu’elle ne connaissait pas avant. Une foule d’opportunités, d’évènements, et l’anonymat le plus complet. Sans plus personne pour la juger, personne pour lui dire « quand même à votre âge ! Il vous faut un gentil petit mari ». Elle ne veut pas d’un « gentil petit mari », elle ne veut pas d’une mauviette, d’une larve qui la rabaisse, elle veut un mec, un vrai. Elle cherche un prince pas si charmant, un dur qui la comprenne, qui la secoue et lui fasse connaître l’aventure. Ses nouvelles amies lui disent qu’elle cherche l’impossible, que les mecs d’aujourd’hui ne valent rien, qu’il suffit peut-être de le choisir riche, sinon à l’abri du besoin parce que la vie ici n’est pas facile, que tout est cher. Ses nouvelles amies sont mariées ou divorcées ou seules, aucune n’a la solution magique, toutes se sont trompées. Les quelques types de la boite ne s’intéressent pas vraiment à elle. Ils ont de petites vies, des petites femmes et de petits enfants. Elle se sent seule, désespérément, elle en pleure parfois. Elle en a assez de sa situation précaire, la vie ici n’est pas donnée. Elle aimerait rentrer le soir et enlacer un mari, un fiancé, un amant, quelqu’un. Une personne à qui parler.

 

Alors elle a cherché ailleurs, elle a fait les petites annonces sur internet, là où se trouvent les désespérés et les chasseurs, des rencontres faciles et rapides, des rendez-vous dans des lieux ouverts, sans danger. Elle en a rencontré quelques-uns, quelques déceptions, quelques bonnes surprises, quelques coups foireux, des généreux, des pingres, des idéalistes, des artistes, des connards aussi.  Elle a eu une aventure avec un salaud un peu artiste, surtout fumiste, une petite frappe qui ne lui promettait rien,  que du sexe et jamais une nuit complète, au moins il avait annoncé la couleur, et il était brillant, beau… mais salaud.

 

Elle est tombée sur lui un jour de printemps, une rencontre sous le carrousel, entre la pyramide et les bassins des tuileries. Il l’attendait, un peu en avance, un type à l’air un peu dans le vague, un peu timide, pas très bavard. Juste un type banal. Ils se sont raconté leurs quêtes d’absolu, leurs vies d’avant, leurs rêves et leurs espoirs. Ils ont remonté la rue de Rivoli jusqu’à la place du palais royal et ont bu un verre dans un vieux café parisien, une table au fond de la salle, près de la vitre qui donne sur la rue.

 

Ils se sont découverts des points communs, des affinités, une facilité déconcertante à s’extraire de la réalité et à vivre à l’intérieur. Ils sont sorti, sont monté dans sa voiture et ont quitté la ville pour la campagne, c’était une belle journée ensoleillée. Ils ont roulé longtemps, plein nord, vers la mer. Ils se sont arrêtés sur le bord d’une plage, à coté d’une petite ville dont ils n’avaient même pas fait attention au nom. Un village de Normandie, une fin de journée, une couverture sur le sable et les yeux loin, très loin. Ils ont regardé la mer, ont attendu que le soleil se couche et sont rentré chez eux roulant de nuit sur une route isolée, presque seuls. Oui, c’est un drôle de type, un peu sauvage, un peu seul, comme elle, il est trop comme elle, elle n’est pas attirée, mais elle en a fait un ami, un compagnon de route, une épaule pour soirées difficiles. Elle l’avait laissé près de chez lui, sur le boulevard, près d’une station de métro. Il lui avait demandé s’ils se reverraient, s’ils resteraient amis, elle lui avait répondu « bienvenu au club ».

 

Page copy protected against web site content infringement by Copyscape
Par jlm - Publié dans : Une vie parisienne - Communauté : les auto-édités
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 28 mai 2009

Bon, voilà le nom du nouveau projet.

"Une vie Parisienne", les souvenirs que m'ont laissés cette ville le temps que j'y ai habité.Il y aura encore une part de fantasme et une part de réalité, allez savoir ce qui est vrai !
Paris a de multiples visages, il y a la carte postale habituelle, mais derrière les beaux quartiers se cachent souvent des réalités plus sordides. Loin derrière les vitrines du Fouquet's, il y a des gens qui crêvent de faim, et loin des trottoirs rutilants des beaux quartiers, il y a des zones complètes dont on se fiche pas mal, plus sales, qui puent vraiment.  Mais même dans les ordures il y a toujours une fleur qui pousse, et la beauté n'est pas toujours là où on le croit. Bonne lecture...




Photo : Gérard Laurent
Par jlm - Publié dans : Une vie parisienne - Communauté : les auto-édités
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 28 mai 2009

C’est une matinée d’orage et de tempête, un vent violent souffle entre les immeubles, une pluie intermittente rince les piétons et les vitrines des boutiques, une pluie qui tombe de travers, avec la complicité du vent qui empêche d’ouvrir les parapluies. Les gens courent n’importe comment, pressés d’en finir avec cette douche matinale qui ruine les costumes aussi sûrement qu’un bus qui passe un peu trop près d’un trottoir. L’enfant en a marre, il se sent poisseux, il fait quand même chaud sous le vêtement de pluie, l’école n’est plus loin, mais quelque chose lui dit que la journée entière sera pourrie.


Le père subit sans broncher, il en a vu d’autres dans sa vie d’avant. Il se dit que ruiné pour ruiné, trempé comme il est, ça ne vaut plus la peine d’essayer de courir, ou tout simplement d’ouvrir un parapluie. Il a bien vu celui de la voisine s’envoler dans la cour de l’immeuble. Elle n’a pas su le retenir, il est parti, vers le haut, elle a lâché un juron.


Les voitures filent, les conducteurs sont concentrés sur la route, sur les véhicules devant eux, ils ne prêtent aucune attention aux piétons sur les clous, traversent au feu rouge, comme d’habitude dans cette ville. « Ils conduisent à la romaine » lui avait dit sa voisine d’en face, une jolie célibataire un peu plus jeune que lui qu’il n’a pas osé inviter à boire un verre. Lui, il pense tout simplement qu’ils conduisent à la parisienne, qu’ils sont tous cinglés, trop pressés et agressifs, qu’un jour peut-être il se battra, en attrapera un et se défoulera. Un vieil homme un peu plus loin devant, se fait asperger par un taxi qui roule trop près du caniveau débordant. Lui aussi étouffe un juron et lève un poing au ciel, comme si le ciel devait être témoin de la folie des hommes, un poing levé contre la bêtise, le combat est vain.


L’homme arrive au carrefour et dépose son fils à l’école, pas exactement devant, il n’est plus un bébé, mais une centaine de mètre en avant, qu’il ai le sentiment d’être plus autonome, plus grand.

Il repart dans l’autre sens et décide de continuer à pied vers son bureau, toujours sous la pluie, tant pis. De toute façon, le métro est encombré de voyageurs mouillés, trempés, en sueur, dégoulinants et puants.

Il y a des rafales de vent, de fortes rafales sur le boulevard de Strasbourg, les grandes enseignes de néons se balancent. Il plisse les yeux et chasse l’eau qui lui entre dans les yeux puis enfonce les mains dans les poches.

Devant lui, des vendeurs sauvages de maïs grillés, impassibles et à l’abri de bâches plastiques, poussent leurs caddies et leurs braseros portatifs, certains vendent des marrons grillés dans des cornets de papier trempés. Les habituels rabatteurs des coiffeurs afro se tiennent et s’invectivent à la rambarde de la station Château d’eau, attrapant au passage les voyageuses noires qui remontent des entrailles du métro en leur mettant sous le nez leurs cartes plastifiés des salons de la rue, des clandestins qui s’éparpillent à la vue des voitures de police. Des pauvres types qui ont cru au mirage de l’occident providentiel. L’homme sait bien que le racisme n’est jamais très loin ici, le communautarisme aussi, tout le monde ici appartient à une tribu, aucune ne se mélange.


Une vieille dame tombe, personne ne l’aide à se relever, elle s’est fait mal, reste un instant au sol. Un vendeur de sandwiches agacé sort de son échoppe et la relève, une vieille allongée devant chez lui, ça fait mauvaise impression.

Un peu plus loin, une paire de « marcheuses », des prostituées chinoises qui ne se baladent jamais seules, se planquent sous le porche d’une vieille porte cochère. Un abri bien précaire pour ces filles loin de chez elles, dont le seul vocabulaire appris en quelques heures ne leur sert qu’à donner leur tarif  aux clients du quartier entre saint Denis et République. Les flics les connaissent, les arrêtent parfois, les relâchent, les plus pourris les baisent et les rackettent.


Il les trouve vieilles, fatiguées, et pense qu’il faut une sacrée dose d’imagination pour les trouver appétissantes. Il pense qu’elles doivent être paumées, apeurées, désespérées pour en arriver à faire le voyage jusqu’ici. Tout ça pour ça. Il les imagine sous la coupe d’un mac chinois, un vendeur de sommeil ou un passeur néo esclavagiste. Il se dit que peut être la vie, là bas n’a pas la même valeur qu’ici, que selon les idées reçues les chinois sont comme des fourmis, qu’un de perdu ça n’est pour le reste de la communauté qu’un de perdu et rien d’autre, qu’elles vivent entassées à six dans des chambrées encore plus inconfortable qu’une cellule à la santé. Il se demande ce qu’il fout là, pourquoi il n’est pas resté en province, tranquillement. Il est trempé, lavé, purifié. Il s’arrête à l’angle du boulevard, rentre dans le vieux McDonald cradingue, commande un café et s’installe face à la rue. Il renonce à aller plus loin, il n’ira pas au bureau aujourd’hui, il sort son téléphone et préviens de son absence. Des éclaires strient le ciel noir, la pluie redouble d’intensité, il y a de la buée sur la vitre, le gobelet de café lui réchauffe les mains, la salle se remplit d’un coup.


Il y a trois étages de librairie qui lui tendent les bras juste à coté, il se dit que c’est certain, il y passera un bon moment en attendant que ça se calme. D’autres « marcheuses » s’installent près de lui et jacassent en mandarin à moins que ça ne soit du cantonais ou du Wu de Shanghai. Pas besoin de traduction pour qu’il comprenne qu’elles se disent que la pluie et l’orage sont une bénédiction, elles n’auront pas à monter dans des chambres miteuses, à moins que peut-être elles se lamentent du manque à gagner. C’est une matinée de merde à Paris, Babel des temps nouveaux. Il pense à son fils au chaud dans la classe, aux gens dans la rue, là dehors qui galèrent pour gagner trois sous, aux grossistes du Sentier qui doivent râler après leurs porteurs et la marchandise trempée, les vieilles prostituées de la rue saint Denis qui resteront chez elles ce matin à attendre que ça se passe. Il pense au sud qui l’attend et au soleil, à la mer bleue et aux galets chauds des petites criques de Cassis, aux falaises blanches, éclatantes et au parfum de la lavande, bientôt.

Photo : Christophe Jacrot

Page copy protected against web site content infringement by Copyscape
Par jlm - Publié dans : Une vie parisienne - Communauté : les auto-édités
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander

A propos de moi...

  • sentiers-battus
  • : Que dire ? que j'écris, que ça vient tout seul, que je ne sais pas encore quand cela s'arretera. J'ai déjà créé une belle gallerie de personnages et j'aime les faire vivre un court instant pour saisir une tranche de vie. et vous ça va ?

Présentation

Pour résumer...

 

  "Les Anges" est une gallerie de personnages de la Bay Area, des gens ordinaires pris en flagrant délit de rien, dans leurs vies de tous les jours, comme un recueil d'instantanés. "Les Anges" parle de vous, de moi, de tout le monde. Des vies ordinaires, insignifiantes, mais baignées par le vent, le fog et le soleil californien et l'esprit de ceux qui m'ont influencés. Kerouac, Djian, et le vieux dégueulasse. Il se trouve maintenant (et pour moins cher) chez "thebookedition"

  Isa (Too Drunk To Fuck) c'est la rencontre de Dave, Isa et Theo, mais c'est aussi Phoebe et Ed, une bande de trentenaires en décalage avec la morale et les conventions entre le Castro et Valencia, North Beach et Oakland. Ensemble ils vont affronter quelques épreuves, les conneries d'Isa, l'homophobie et les principes religieux. Il y aura bien de l'alcool, de la drogue et du sexe, il y en aura pour tout le monde, homos ou hétéros, mais c'est surtout une chronique de la tolérance au quotidien autour de la baie de San Francisco.

 


Ned's Rock est une histoire sur le deuil et la résilience,  une rencontre entre deux personnes écorchées par la vie, dans le nord de l'Amérique et la région de Seattle. C'est aussi un retour sur le passé pour une femme et un homme qui n'ont pas grand chose d'autre en commun que leurs regards sur de vieilles blessures et la manière d'y faire face.

OD comme Over-Dose, comme ode, comme Over-Drive, comme Oscar Douglas, comme Occupation Double, comme Opération Délicate, comme Origine Diverse, comme Objet Direct, surchauffe, des bouts de rien, des morceaux de pas grand chôse, rien de très joli en tout cas, ni rien de sérieux...

 
http://www.wikio.fr

Art Generation

 


Un peu de pub gratuite pour une enseigne que j'adore (cliquez sur la vignette pour le lien direct)


Art Génération est né de l'envie de rendre l'art accessible à tous, de partager des émotions et de faire découvrir la diversité de la création contemporaine. C'est aussi le désir de défendre des artistes dont le talent mérite d'être reconnu. Et surtout de réconcilier l'art, parfois trop élitiste, avec le grand public.

La galerie Art Génération sélectionne des artistes et propose leurs oeuvres à un prix d'entrée accessible. Le prix des oeuvres d'art a toujours été lié au succès de l'artiste. La côte de l'artiste évolue donc en fonction de la demande. C'est une façon de récompenser le talent de l'artiste et l' œil averti du collectionneur.

Avec sa salle des ventes Art génération propose d'agir en véritable connaisseur. Vous pourrez céder ou rechercher une oeuvre pour faire évoluer votre collection. Avec le temps les goûts évoluent et l'oeil s'affine.

Art Génération est un lieu de rencontre et de convivialité où tous les amateurs d'art contemporain peuvent échanger leurs idées, leurs impressions et partager leurs émotions en toute simplicité. vous pouvez aller à leur rencontre à Paris et à Lyon.

Catégories

Musak...

La vie trépidante d’Eve, fan des Cramps, des Adicts et de tout le punk old school en général. La musique et le cul, le tir de scud, et les problèmes de ménage entre deux binouzes.  C’est très drôle. Si vous n’aimez que le mainstream, passez votre chemin..

/


SONIC YOUTH
The Eternal

CAT POWER :
Juke Box

FU MANCHU
We Must Obey



BAD RELIGION :
New Maps of Hell



KRISTIN HERSH :
Slippershell

PJ Harvey & John Parrish
A Woman A Man Walked By

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus