Vendredi 26 juin 2009

On est resté un instant allongé, en sueur, sans rien dire, juste à souffler et à se remettre de nos émotions dans les draps trempés et défaits comme deux corps morts, les yeux dans le vague, accrochés au vide sidérant du plafond. Je venais de passer un moment de pure exaltation à m’en faire péter les sens et je me sentais mort, sans force, épuisé, déconnexé de tout dans un état décrit comme une petite mort. Juste la tête lourde et un gout de sang dans la bouche. Et puis le cœur qui bat à tout rompre, et le souffle court du marathonien à l’arrivée.

J’ai touché sa main, elle était bouillante. J’ai remonté le long de son bras collant et chaud et je me suis retourné pour la regarder. Elle semblait ailleurs, incapable de parler, le visage empêtré dans une masse de cheveux poisseux. Je les lui ai ramené sur le coté et lui ai caressé la joue, elle m’a pris la main dans la sienne et s’est retournée à son tour pour me dévisager, le visage grave, scrutateur, les yeux plongés au fond de mon âme.

-                     Tu es un drôle de type, Louis.

-                     Qu’est ce que tu veux dire ?

-                     Tu restes mystérieux pour ceux qui te connaissent, tu parais simple à comprendre mais tu ne livres qu’une partie de toi, le moins possible.

-                     Pourquoi tu dis ça ?

-                     Je dis ce que je pense.

-                     Pourquoi ?

-                     Parce que tu ne dis rien justement. Tu ne te livres jamais entièrement, il faut tout deviner, tu caches des blessures, des cicatrices.

-                     Il n’y a rien à dire.

-                     Il y a beaucoup à dire justement, tu traines un blues permanent, tu vis avec, tu travailles avec, tu dors avec, tu baises même avec.

-                    

-                     Parfois tu es là et tu semble ailleurs, je te parle même et tu n’entends pas, tu traines dans ton monde, tout seul, je me demande même parfois jusqu’à quelle mesure le monde réel peut avoir de l’importance pour toi !

-                     Tu crois que je me fiche de tout ?

-                     Non, je sais que tu prends les choses à cœur et que tu as même un degré d’empathie hors du commun, mais tu es là et en même temps tu sembles ailleurs…

-                     Ouais, c’est le bordel, hein !

-                     Inutile d’ironiser, je te parle sérieusement.

-                     ….je sais. Mais comment dire…j’aimerais être plus simple, moins m’en faire et être un parfait petit soldat, mais je n’y arrive pas.

-                     Tu fais tout en dilettante.

-                      Au sens péjoratif ?

-                     Carrément, oui ! ton boulot te plaît ?

-                     Non.

-                     Pourquoi le fais-tu alors ?

-                     C’était une simple opportunité, j’en faisais un autre, je voulais changer, celui-ci me tentait bien alors j’ai sauté sur l’occasion, il y avait cent candidats pour le poste, c’est moi qui l’ai eu, c’est tout.

-                     Et celui d’avant ?

-                     C’est une autre histoire ! mais dans le fond, c’était aussi une histoire d’opportunité.

-                     Mais avant encore ? tu voulais faire quoi ?

-                     Rien, je n’ai jamais eu d’idées précises, même après le bac je voulais entrer en fac d’Anglais, d’Histoire, de socio, entrer aux beaux arts, devenir photographe, travailler dans la pub, bosser pour un musée, malheureusement il a fallu que je parte, alors j’ai attrapé les boulots comme on surf une vague, et quand j’analyse tout ça, je me dis que j’ai vachement bien surfé, pas une fois j’ai bouffé le sable !

-                     Sauf qu’au fond, tu n’as jamais fait ce que tu voulais réellement faire.

-                     C’est vrai.

-                     La fille, c’est toi, juste toi, Louis. Elle est une manifestation de ton esprit. C’est toi qui la fais vivre, elle est là, dans ta tête. C’est pour cette raison que personne d’autre que toi ne la voit.

-                     Ça n’est rien que ça alors ?

-                     Oui, je pense que c’est ça.

-                     En gros je me tape un « bad trip » tout seul sans acide !

-                     En gros oui.

-                     Je te dois combien docteur ? je ne suis pas cinglé quand même, je l’ai vue avec mes yeux, je lui ai parlé, elle m’a répondu, c’était foutrement réel, merde !

-                     Tu devrais peut-être voir un psy ?

-                     « no way ! » n’y pense même-pas !

-                     Comme tu veux. Je te donne simplement la meilleure explication que j’ai pu trouver. Maintenant si tu en as une autre…

-                     Non, rien, rien d’autre que le hasard, un peu de mystère et….je ne sais pas quoi d’autre, c’est très déstabilisant.

 

Je me suis remis sur le dos, elle a posé sa tête sur ma poitrine et s’est tue. Je pouvais sentir les battements de mon cœur à travers elle.

-                     Parle-moi encore un peu de toi, dis-moi quel genre de petit garçon tu étais.

-                     Pourquoi tu veux savoir ça ?

-                     Pour mieux te connaître, pour t’aider à t’extérioriser.

-                     Il n’y a pas grand-chose à dire.

-                     Tu sortais ? tu faisais des bêtises ?

-                     Non, j’étais plutôt du genre renfermé, entre dix et quinze ans je vivais plongé dans mes livres, je dévorais des bibliothèques entières.

-                     Ta manière de fuir le monde réel ?

-                     Une manière d’échapper à l’ennui, plutôt ! j’avais une conscience assez aigue de la modestie de notre condition sociale, nous n’avions jamais de vacances, peu d’ouvertures sur le monde dans un quartier aussi gris qu’un coron. Je me sentais à l’étroit, je me sentais différend aussi. Jouer dans un club de foot ne m’intéressait pas, trop de braillards et de pères alcoolisés aux buvettes des stades, je trouvais ça pitoyable. J’ai fais une année de tennis dans un club où nous n’étions pas plus de cinq inscrit, ça n’a duré qu’un an, je suppose que ma mère ne savait pas quoi faire pour me faire sortir, j’étais d’un ennui désespérant !

-                     Et après ?

-                     Après, je me suis totalement lâché après avoir fait le plein de littérature ! j’ai découvert la musique appliquée au nihilisme, je suis devenu un petit con de rebelle ridicule! j’ai poussé en hauteur et en épaisseur, comme je n’étais pas comme les autres on se méfiait de moi, pourtant je ne cherchais pas les embrouilles, elles sont venues me trouver toutes seules !

-                     Comment t’en es-tu sorti ?

-                     Stoïquement, j’ai donné quelques baffes, après on me foutait  royalement la paix ! ensuite il y a eu les filles, un peu de drogue, un peu d’alcool, j’ai expérimenté comme on expérimente entre quinze et vingt ans quand il n’y a pas de père pour distribuer les bons coups de pieds au cul dans les moments opportuns.

-                     Tu as trouvé à t’intégrer dans une bande ?

-                     On peut dire ça, on a fait quelques conneries pas racontables, on a croisé la route de flics à quelques occasions, fait un peu de garde à vue, mais c’était pour la bonne cause !

-                     Tu t’en es sorti ?

-                     Tout seul, c’est pour ça que je suis parti très loin, directement, pour me retrouver ici, là, maintenant, harcelé par une muse des temps anciens, à moitié fée clochette, à moitié Jimmy Criquet.

-                     Peut-être parce que tu as gardé une âme d’enfant, tout au fond, comme Pinocchio tu dois apprendre à grandir, mais il y a un Peter Pan tout au fond, là.

Nat pointait mon cœur avec son index, je la repris dans mes bras, tout cela était ridicule.


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Jeudi 25 juin 2009

J’ai attendu un peu avant de passer la porte et frapper à la sienne. Je voulais simplement lui laisser le temps de souffler avant de lui imposer ma présence.  Nat se conforme chaque fin de journée au même rituel, elle rentre, dépose ses clés dans le vide poche en bambou, sur la console à gauche, se déchausse et range ses escarpins ou ses bottes dans l’armoire à chaussures juste devant elle. Ensuite elle file vers la salle de bain en se déshabillant en chemin. L’appartement n’est pas suffisamment grand pour qu’elle y arrive dans le plus simple appareil, mais c’est juste une manière de gagner du temps et sauter dans la douche plus rapidement. En été elle enfile simplement une robe d’hôtesse ramenée du Liban, l’hiver elle opte pour une tenue d’intérieure molletonnée, dans le genre vieux survêtement usé mais confortable. L’un comme l’autre, j’adore, parce que je sais qu’elle ne porte jamais rien en dessous. C’est à la fois très sage parce qu’on ne voit rien et à la foi chargé d’une intensité érotisante quand on sait.

Ce changement de peau est vital, une coupure nécessaire avec le monde de dehors. Sa vie « dedans » est tout aussi importante pour elle, un temps privilégié pour son développement personnel, ses plongées dans les vieux livres chinés chez les bouquinistes ou les méthodes de méditation zen en musique. Parfois elle m’appelle pour regarder un film – le dernier, Mort à Venise nous à laissé endormis l’un contre l’autre au bout d’une demi-heure – dans des répertoires qui peuvent aller des vieux nanars de série Z remplis de monstres caoutchouteux jusqu’à la « nouvelle vague » en passant par l’avant-garde nord Européenne et les films romantique qui font pleurer les filles. Parfois elle passe me prendre pour descendre à un vernissage dans une improbable galerie du VIème arrondissement et se pointe toujours en tenue immonde, mais je crois qu’elle fait exprès.

Ce soir, je lui ai laissé un peu de temps avant de taper à sa porte. Elle m’a ouvert en souriant, les cheveux encore mouillés, avec son sourire doux et bienveillant, un sourire craquant, fondant, désarmant. C’est un sourire de femme et de mère tout à la fois, la promesse d’instants paisibles, comme un cocon protecteur. Près de ce sourire rien de grave ne pouvait arriver, au contraire, je pouvais lui parler de ce qui me tourmentait, elle m’écouterait attentivement.

-                     Salut Nat, ça va ce soir ?

-                     Disons que ça peut aller.

-                     Tu avais une petite voix au téléphone ce matin, tu as des problèmes ?

-                     Un énorme coup de blues qui m’a submergée ce matin, je me sentais vraiment mal, oppressée.

-                     Il y a une raison à cette crise d’angoisse ?

-                     Je n’en sais rien, pas mal de tension en ce moment avec cette foutue crise. Beaucoup de cynisme et de pression.

-                     Pourquoi tu ne m’écoutes pas quand je te dis que la banque ça n’est pas pour toi ?

-                     Que voudrais-tu que je fasse d’autre ?

-                     Je te verrais bien genre prof de méditation ! enfin, tu vois le genre…une sorte de gourou de l’âme et du corps.

-                     Ouais, j’y réfléchirais…Et toi ? qu’est ce qui n’allait pas ?

-                     Tu ne me croiras jamais !

-                     Et bien essaye !

-                     Je suis suivi par une fille depuis quelques jours.

-                     Oh ! mon pauvre ! et qu’est ce qu’elle a, elle est repoussante ?

-                     En fait elle ne me suit pas vraiment, elle apparaît sur mon chemin, comme ça et elle me dit que je dois changer de vie, que c’est important, ce genre de choses.

-                     ….

-                     Tu m’écoutes ?

-                     Oui, vas-y, continue, développe un peu !

-                     La première fois c’était du coté du boulevard Saint Michel et une galerie de Saint Germain dans la même après midi. On a causé un peu, on a échangé quelques points de vue sur l’art en général, quelques banalités. Ensuite je l’ai retrouvée quelques jours après près de l’hôtel de ville. On s’est fait prendre par une averse alors ont a été boire un café vers les halles avant qu’elle ne parte.

-                     Et sur quoi portait la conversation ?

-                     Pas grand-chose, des banalités, elle avait un grand sac avec des carnets à dessins détrempés, elle était déçue pour ses dessins.

-                     Une artiste ?

-                     Amateur.

-                     Tu l’as laissée filer alors ?

-                     Oui, tu sais bien que je ne suis pas du genre à m’imposer.

-                     Ensuite ?

-                     Ensuite, je l’ai retrouvée à la cité de la musique, il y avait une expo de photos.

-                     Je l’ai vue aussi, l’expo je veux dire…

-                     Je l’ai retrouvée avec son grand sac, ses crayons et ses carnets, et puis toujours la même robe qu’elle porte. Le plus étonnant c’est que Julien ne l’a pas vue, elle a disparue d’un coup, comme ça !

-                     Tu l’as vue disparaître ?

-                     Non, j’ai tourné la tête vers Julien et je me suis retourné elle n’était plus là. Pourtant elle était assise près de moi, j’aurais du le remarquer !

-                     Elle sait se faire discrète !

-                     Ouais, et bien ce matin elle était encore sur mon chemin, je l’ai retrouvée sur le Champ de Mars, même robe, mêmes carnets, mêmes crayons. On a marché un peu dans le parc et c’est là qu’elle m’a dit qu’elle était là pour moi, pour m’aider à changer, qu’elle était ma « muse », tu te rends compte ? n’importe quoi !

-                     Tu connais son nom ?

-                     Chloé, non Cléo, un truc comme ça.

-                     Clio ?

-                     C’est une voiture, ça, non ?

-                     C’est aussi le nom d’une muse, une vraie !

-                     On entre dans la mythologie, là ! Les grecs, l’olympe et les dieux querelleurs, mais on est à Paris et au XXIème siècle, tu ne m’aide pas beaucoup, là !

-                     Elle apparaît, elle disparaît, il n’y a que toi qui la vois…

 

Nat nous avait servi deux mojitos et s’affairait dans la cuisine à mitonner un petit plat de crevettes et riz thaï à la sauce parfumée, je sentais l’odeur du gingembre envahir le salon, chaude et subtilement épicée.

-                     Je ne crois pas au surnaturel et aux apparitions, il doit forcement y avoir une autre explication !

-                     Bon, de toute façon, visiblement elle ne te veut aucun mal, non ?

-                     C’est vrai !

-                     Alors laisse-toi aller, prend les choses comme elles viennent. Ce n’est pas comme si tu étais harcelé par une malade mentale !

-                     Et qui te dis qu’elle n’est pas malade ?

-                     Ouvre-toi l’esprit !

-                     Zen, hein ?

-                     Oui, sois zen !

 

Je me suis levé et m’étirant, je me suis approché d’elle doucement pour la prendre par la taille alors qu’elle s’occupait du repas. Je suis resté un moment comme ça et je lui ai déposé un baiser dans le cou avant d’enfoncer ma tête dans le creux de son épaule.


Photo : Jardin Zen de Peter SAMUELS

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Mercredi 24 juin 2009

En d’autres temps je lui aurais fait une vraie cour, et en d’autres circonstances elle aurait sans doute accepté de faire appartement commun, de vivre une vraie relation, mais j’avais déjà un divorce difficile derrière moi et j’étais trop épris de ma nouvelle liberté. De son coté elle avait toujours eue des relations compliquées avec ses ex, des alcooliques, des dépressifs, des grandes gueules, des dominateurs, des violents, des pleurnichards, des illuminés, des méprisants, des coureurs, des joueurs, des losers, parfois une combinaison d’un peu de tout ça et, même si elle n’avait pas renoncé à trouver celui qui serait un gentil mari qui lui ferait de gentils mômes avec un boulot, une situation et des projets d’avenir, elle préférait faire un break prolongé pour se purifier et se débarrasser des dernières traces du dernier à lui avoir pourri la vie. Le type bossait dans la même agence, l’avait travaillée au corps comme un bon commercial qu’il était. L’enjeu était de taille, c’est sa propre personne qu’il devait lui vendre.

Il lui avait fait le grand jeu mais il y avait dans ce jeu-là la ronde mortelle du charognard, l’approche du félin, celui qui s’apprête à manger tout cru et sur place. Un collectionneur qui pensait avec sa queue avant de penser avec sa tête, du genre à rouler en coupé sport pour bien signifier que les chiards c’est pas pour lui. « Contente-toi de ça bébé ! Je n’ai rien d’autre à offrir que le siège passager et ma matraque télescopique et si tu pouvais éteindre avant de partir… »

Il lui avait dit des « je t’aime », des « comme t’es belle ! » mais avait fini par la virer comme on jette un préservatif, ça ne sert qu’une fois. Nat en avait éprouvée une immense humiliation, d’autant plus sévère qu’elle continuait à le croiser chaque jour et que tout le monde était au courant. Si au moins on l’avait mise au courant à son arrivée ! Immonde bizutage qui vous cloue au sol et vous enfonce le nez dans la merde humaine quotidienne. Quel était le  problème de ce type ? Un manque d’amour en phase  pré pubère ? Victime de violences paternelles et de châtiments corporels ? Et quoi encore ?  Attraper les femmes comme un caprice, leur prendre le meilleur et les jeter sans y attacher plus de sentiment que si on jetait un vieux journal, vous plaçait définitivement loin de l’humanité tel qu’elle devait être selon Rousseau, mais vous rapprochait du connard que se complaisent à étudier les psy de bas étage. Certains malins avaient compris très vite l’intérêt de soutirer quelques millier d’euros à ce genre de patient alors que le diagnostic était évident et tenait en un mot : « Connard ».

En plus de vingt années de vie active j’avais beaucoup bougé et j’avais eu l’occasion de vérifier que le monde parfait des gentils collègues n’existe que dans les rêves des naïfs. J’avais croisé des tarés, des connards, des faux culs, des mal-baisés, des revanchards et des frustrés – et quelques types bien aussi malgré tout. Je savais que le connard sévirait encore, et encore, et encore, jusqu’au jour où, trop vieux pour plaire, il deviendrait un vieux beau, un simple con.

Nat avait longtemps vécue dans l’idée que ça n’était pas grave et que « les gens ne sont pas comme ça ». Et bien si ! Les gens sont comme ça. On ne fabrique pas un pays de nazis ou de collabos par hasard, l’homme est faible, veule et traitre, c’est sa nature. Bien sur quelques uns sortent du lot, mais la bêtise et la méchanceté étaient choses aisées, une facilité confortable qui vous permettait de vous fondre dans la masse anonyme. Les héros sont adulés parce qu’ils sont rare et leur position peu envieuse, trop risquée Flattez l’imbécile et vous déplacerez des montagnes. Ce type, comme tant d’autres, s’était comporté avec elle comme un imbécile et elle avait beaucoup pleuré. Ce qui faisait la différence c’est que je n’avais pas insisté pour la baiser ni le premier soir, ni le second. Je m’étais juste contenté d’être un voisin sympa qui sait quand se pointer avec une  bonne bouteille et écouter. Les femmes adorent parler. Sauf que Nat n’avait pas eu grand-chose à dire au début – chatte échaudée craint l’eau chaude ! Nous nous sommes contenté de nous croiser, de nous saluer en grommelant, jusqu’au jour où elle était venue frapper à ma porte pour une histoire de plombs qui sautaient, elle avait grillée son vieux four, je l’avais invitée à manger un morceau, c’était deux mois après son arrivée en face de ma porte. Quinze jours après je partageais son lit et nous convenions que nous ne sortirions pas ensemble, qu’il n’y aurait pas de « je t’aime » et que nous étions complètement libre de tout engagement réciproque. Pour cette raison elle n’avait pas voulue se joindre au petit groupe que nous formions Julien, Claire et moi, tout comme je n’avais jamais insisté pour rencontrer ses amis. A tout moment l’un de nous pouvait partir, tomber amoureux, changer de vie, nous l’avions déjà fait par le passé, il n’y avait aucune raison pour que le temps se fige aujourd’hui.

Cependant j’aimais son amitié, ses sourires et ses bras réconfortants, j’aimais ces instants que nous improvisions, à parler de nos vies et de nos soucis, de nos petites joies aussi, des revanches que nous prenions parfois sur les esprits étroits, assis sur son canapé, un verre à la main. Parfois nous allions directement au lit sans passer par la cuisine et nous nous abandonnions totalement au plaisir de la chaire pendant des temps qui nous paraissaient interminables et merveilleux. Nat est une véritable source d’apaisement comme un condensé de cannelle. Quand je pense à elle c’est cette odeur qui me vient à l’esprit, cette couleur aussi et ses yeux pétillants.

 

J’ai passé l’essentiel de mon après-midi à travailler mes dossiers sur la petite table de mon salon à recouper des emplois du temps, des plannings et des formations bidons sur un tableau Excel à entrées multiples. J’avais avec moi des kilos de paperasse à trier, de multiples clés d’entrée pour débloquer le cadenas de la fraude organisée en réseau que je transformerais plus tard en annexes à mon rapport. Quand j’ai relevé la tête, il y avait des feuilles partout, l’ordinateur chauffait, et j’avais mal aux doigts à force de taper, mal au crâne aussi, je me sentais vidé, lavé, rincé.

Je me suis relevé courbaturé et j’ai pris une douche à peine tiède pour me remettre les idées en place, et puis j’avais dans l’idée de dormir chez Nat ce soir encore après avoir passé la soirée à parler de tout et de rien. Je me suis rendu compte également sous le jet que je n’avais pas pensé à la fille un seul instant cet après-midi. J’avais réussi à l’évacuer par le travail.

 Vers vingt heures j’ai entendu Nat rentrer et claquer doucement sa porte. Dans ces vieux murs le moindre bruit résonnait toujours...



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Lundi 22 juin 2009

J’ai parcouru tout le champ de mars à vélo et j’ai cherché partout, vraiment partout ! Elle n’était nulle-part. J’ai remonté les allées plusieurs fois du quai Branly jusqu’à l’école militaire en fouillant les contre-allées et les marchants de journaux, personne n’avait vu de jeune femme en robe à fleur. Pire, un type que j’interrogeais me dit même qu’il m’avait bien vu pousser mon vélo quelques temps avant, mais il ne se souvenait pas de me voir accompagné. La fille, Cléo, semblait ne pas exister, Julien non plus ne semblait pas l’avoir vu l’autre soir. Je suis arrivé perturbé au bureau, et perturbé, c’est le moins que je puisse dire ! J’ai posé mon portable sur mon fauteuil et je suis parti voir si Julien était arrivé. Naturellement il n’était pas là. Je l’ai appelé et lui ai donné rendez vous à  l’extérieur, j’avais besoin de lui parler.

J’ai rongé mon frein pendant une heure, considérant la pile de contrôles en cours, Les cartons qui débordaient de pièces de procédure posés sur la desserte près de la fenêtre. J’aurais bien tout balancé dehors dans un moment d’exaspération, mais j’étais au rez-de-chaussée, et pire, le patio dehors était légèrement plus haut que mon plancher, inutile de s’énerver. Je me suis fait couler un café dans ce qui nous servait de cuisine, ignorant mes collègues qui arrivaient les uns après les autres et je suis retourné devant mes dossiers, mon écran plat et le reste de mon capharnaüm permanent. Je voyais Cléo me sourire, Julien Claire et Nat, je voyais mes adversaires, avocats véreux, comptables complices et les cravatés drapés dans leur innocence virginale, je me suis demandé si, quand on devenait fou, on voyait, comme à l’ultime instant, sa vie défiler devant soit.

 

J’avais chaud, des sueurs froides et je me sentais à l’étroit. Je suis finalement sorti sans toucher à ma tasse fumante, prétextant un contrôle du coté de la Courneuve. En gros ça voulait dire « je me tire, ne me cherchez pas de la journée ». J’avais besoin d’air et puis de toute façon je pouvais travailler à l’extérieur, je disposais des éléments nécessaires dans ma sacoche.

J’ai retrouvé Julien un peu plus tard, il m’attendait à la terrasse d’un café, non loin du Palais de Tokyo, il avait un rendez-vous dans le quartier et n’avait que peu de temps à m’accorder. Il lisait un gratuit trouvé sur place ou dans le métro tout en observant sa voisine qui lui tournait le dos. Une fille aux cheveux châtains, robe légère et bottes texanes, le visage décoré par une paire de Ray Ban disproportionnée au dessus d’un décolleté vertigineux.

Julien posa sa feuille de chou quand je me suis assis en face de lui et sourit en voyant ma tête.

-                     Ça n’a pas l’air d’aller !

-                     Pas vraiment, non.

-                     Tu voulais me raconter tes petits problèmes alors ?

-                     Si tu savais !

-                     Bah, vas-y !

-                     Tu te rappelle la fille dont je t’avais parlé ?

-                     Oui, alors t’as un rencart ?

-                     Ce n’est pas vraiment ça en  fait. Je ne sais pas comment t’expliquer.

-                     Essaye !

-                     Je crois que je perds la boule, je l’ai encore vue ce matin en rejoignant le bureau. Elle se tenait sur les marches du mur pour la paix, en face de l’école Militaire, tu vois ?

-                     Oui

-                     Pile au moment où je passais, elle était là ! bon sang, tu crois au hasard ?

-                     Pour l’instant ça n’a rien d’exceptionnel, un peu surprenant quand même cette succession de hasard, mais ce n’est pas la mer à boire !

-                     Sauf qu’à chaque fois elle disparaît comme par magie, qu’elle semble me connaître, et se pique de vouloir m’aider. Je lui parle, je tourne la tête et pfft ! il n’y a plus personne ! Et tu peux me croire ce matin j’ai cherché partout dans le parc !

-                     C’est la sœur de Gemini Cricket, voilà tout, elle est ta conscience !

-                     Tu te fous de moi ?

-                     Ecoute, c’est certainement une drôle de fille, alors comme il semble qu’il y ai des chances pour que tu la revoies, et bien la prochaine fois, invite-là à manger un morceau avec nous, qu’on en juge.

-                     Ouais ! quelque-chose me dit que ça va être simple…

-                     Un café ?

-                     Serré.

-                     Qu’est ce que tu crois ? que cette fille n’est pas réelle ? que tu pètes un plomb ?

-                     Je n’en suis pas encore là.

-                     Une conspiration alors ? quelqu’un se fout de ta gueule ?

-                     C’est toi ?

-                     Ça ne va pas, non ! mais qu’est ce qu’elle te veut au juste ?

-                     C’est ça qui est dingue, elle  prétend vouloir m’aider à changer ma vie, qu’elle est là pour m’inspirer ou me donner du courage, enfin, tu vois.

-                     Tu m’avais vaguement parlé d’un projet de création d’activité, il faudrait que tu prennes le temps de m’en dire plus !

-                     Ouais, on pourrait en parler un de ces soir si tu veux bien, là j’ai cette fille en tête.

-                     Un plan drague ?

-                     Ça n’y ressemble pas beaucoup en tout cas.

-                     On dirait que tu viens de te faire aborder par une adepte d’une secte New Age, du genre « rien n’est impossible à celui qui croit – La foi déplace les montagnes et vide votre compte en banque ».

-                     Non, ce n’est pas ça non plus, cette fille est mystérieuse, je n’arrive pas à la cerner, et puis je vois bien que je la rencontre vraiment là où je l’attends le moins, chaque fois que je suis seul.

-                     Tu risques de la croiser souvent !

-                     Sans doute.

-                     Tu as ton portable ?

-                     Oui, toujours, pourquoi ?

-                     Hé bien prend une photo ! il prend bien des photos ton truc, non ?

-                     Bien sur !

-                     Et bien voilà, la prochaine fois tu la flash et tu m’envois le cliché en MMS, c’est pas beau le progrès ? bon ce n’est pas que tu m’emmerdes, Louis, mais il faut vraiment que j’y aille. Tu vas faire quoi de ta carcasse ?

-                     Je n’en sais rien, je crois que je vais rentrer, je vais bosser de chez moi…

-                     Très sage résolution ! tiens-moi au courant.

-                     Ok Julien, à plus tard.

 

Je suis reparti vers le Champ de Mars, dans l’espoir de la revoir, mais visiblement une apparition par jour, ça semblait bien suffisant. J’ai appelé Nat pour lui proposer de manger un morceau entre midi et deux, mais elle n’avait pas le temps. Elle me proposait en revanche de passer chez elle le soir même pour boire un verre et squatter un peu.

Je sentais à sa voix qu’elle aussi avait besoin de poser sa tête sur une épaule, la mienne ne lui allait pas si mal.

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Par jlm - Publié dans : Une vie parisienne - Communauté : les auto-édités
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Vendredi 19 juin 2009

Ce blog a un an aujourd'hui !

Sacré chemin parcouru sur une distance ma foi plutôt courte mais symbolique. pas mal d'histoires aussi,  Les Anges, Isa, Ned's Rock, trois projets menés à leur terme, ça fait beaucoup pour une année !
Si je me mettais un peu moins de pression je me relirais encore, je me corrigerais et je m'attacherais à les rendre plus présentable ! je trouverais des titres plus pertinents aussi !

En tout cas, merci à tous ceux qui me suivent régulièrement et qui n'hésitent pas à me faire part de leurs commentaires !
Et maintenant ? Cap sur la deuxième année ? serais-je aussi prolifique ? retirerais-je suffisamment de leçons pour améliorer mon écriture ? Qu'importe ! Le plaisir d'écrire reste.

Par jlm - Publié dans : ma life ! - Communauté : les auto-édités
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Vendredi 19 juin 2009

J’ai passé la semaine sans sortir de chez moi autrement que pour aller bosser de l’autre coté de Paris. Métro exécré, foule bovine, abattoir permanent. Je me demandais si les porcs avaient conscience de leur fin quand on les chargeait dans les grandes bétaillères, si les parisiens avaient conscience qu’on leur suçait la moelle jour après jour. J’avais conscience de servir la collectivité comme eux, je faisais mon job ni plus ni moins qu’eux et je me voyais comme eux passer les portiques de sécurité, les portes qui ne s’ouvraient que dans un sens, celui qu’on nous programmait. J’étais Sam Lowry(1), mon salut était dans mon rêve, j’étais dévoré tout cru par l’administration et les canaux d’alimentation de la machine, passant d’une veine à une autre chaque jour. J’effectuais un retrait sensible, un pas de coté, en dehors de cet univers Kafkaïen, je refusais le rôle de Joseph K(2), j’entrais progressivement en résistance avec le risque du rejet. 

Soit un bon soldat, ne te fais pas remarquer, va chez le coiffeur, mets un costume, rase-toi chaque matin, met un pied devant l’autre et recommence, ne t’arrête pas, marche droit, marche au pas, ne pointe pas du doigt, met la main devant la bouche quand tu éternues, excuse-toi, demande pardon, dis bonjour à la dame, au docteur, au curé, à ton chef, ne roule pas trop vite, attention aux panneaux, ne fume pas, ne bois  pas, ne te drogue pas, ne baise pas, c’est pas bien, c’est mal poli, c’est mal élevé, ça ne se fait pas, tu seras puni, tu iras en prison, tu n’ira pas au paradis, tu l’emportera en enfer. Tout était fait pour briser la moindre idée de révolte, le plus petit atome de pensée alternative ou de comportement déviant. J’ai un numéro INSEE, un numéro de sécu, un numéro de mutuelle, un numéro de téléphone, un numéro d’appartement, un code postal, une plaque minéralogique, un numéro gagnant ou un numéro perdant. J’ai pourtant un nom et un prénom. Plus tard j’aurais un numéro d’allée et un numéro de travée, sur ma tombe j’aimerais qu’on grave un code-barres, ou simplement mon numéro de sécu.

Ce matin, je prends un vélo et je décide de traverser Paris en passant par les grands boulevards pour rejoindre mon bureau. La Fayette, Opéra, Madeleine, Concorde, les invalides et La Motte Piquet. C’est en abordant le champ de Mars que je l’ai vue, assise sur les marches du mur de la paix ironiquement élevé devant l’école militaire, son grand cahier à la  main,  l’air appliquée à dessiner la vieille statue du glorieux soldat. J’ai failli tomber, percuter une voiture. Il avait suffit d’un simple regard vers la droite, juste un. J’aurais tout aussi bien pu ne pas regarder, attendre quelques secondes et porter mon regard sur la tour Eiffel, mais non, j’ai regardé cette absurdité, rien de pire pour symboliser la paix qu’un mur, fût-il fait de verre, et bordé de poteaux dont on espère qu’ici, à Paris, ils ne serviront pas pour des exécutions. Toujours la même robe à fleur, la même posture concentrée.

J’ai créé une belle panique en coupant la route pour la rejoindre sans me faire tuer. Un concert de klaxons, quelques injures et des crissements de pneus en plein freinage. Elle se tenait là face à moi, perdue sur la grande feuille blanche tandis que son crayon dansait une chorégraphie compliquée, faites de longs sauts et de petits pas nerveux.

-                     Vous saviez que j’allais passer, n’est ce pas ?

-                     Bonjour ! répondit-elle en souriant. C’est une belle journée n’est ce pas ?

-                     Oui, peut-être un peu tôt pour dessiner à l’heure ou les gens vont au boulot.

-                     Non, voyez comme la lumière donne un effet particulier aux plis de son visage ! c’est tout à fait l’heure, au contraire.

-                     Vous vous moquez de moi.

-                     Et pourquoi ça ?

-                     Vous me suivez. Je ne sais pas comment vous faites mais vous me suivez !

-                     Allons, allons, quelle idée ! je vous signale que c’est vous qui arrivez toujours là ou je dessine, sauf peut-être à la galerie, mais c’était un hasard.

-                     Il n’y a pas de hasard, c’est trop gros.

-                     Quand bien même, ma présence vous gène?  C’est vous qui m’avez abordé près de l’hôtel de ville, c’est vous qui êtes venu vers moi à la Villette, c’est encore vous qui avez traversé la rue pour venir me retrouver ce matin, encore, qui suit qui ?

Un bref instant j’eu l’impression que nous étions seuls au monde, dans une bulle intemporelle, j’étais traversé par une sourde angoisse, la gorge sèche et la sensation de ne rien comprendre.

-                     Vous voulez marcher un peu, louis ? me demanda t-elle.

-                     Pourquoi pas, après tout.

Elle se leva et nous partîmes en direction des quais par l’allée centrale, moi en poussant mon vélo, elle en serrant contre son flanc son grand sac à dessins.

-                     Qui êtes-vous ?

-                     Personne en particulier. Et vous ? qui êtes-vous ?

-                     Vous n’avez pas répondue à ma question, pourquoi devrais-je répondre à la votre ?

-                     Que voulez vous savoir alors ?

-                     Me suivez-vous ?

-                     J’avoue, oui !

-                     Pourquoi ?

-                     Vous avez besoin d’aide.

-                     Je n’ai besoin de personne.

-                     Vous ne le savez pas, c’est tout.

-                     Je ne comprends pas !

-                     Pourquoi toujours chercher à comprendre, vous passez votre temps à vous faire des nœuds au cerveau, Louis, vous avez besoin d’aide, je l’ai vu, c’est tout, prenez-le comme ça.

-                     Comment l’avez-vous vu ? je veux dire, ça se voit sur mon visage ? j’ai une aura lumineuse qui clignote et qui fait « help ! »

-                     On peut se passer de vos sarcasmes !

-                     Désolé, vous me perturbez, vous êtes comme une interférence dans mon existence. Vous arrivez comme un cheveu sur la soupe, vous télescopez mes trajectoires, et vous jouez à la sublime ingénue mystérieuse, comment vous faites ?

-                     C’est de la magie.

-                     Vous voyez ? vous recommencez !

-                     Quoi ? non, prenez-moi au sérieux pour une fois ! je suis votre muse, Louis, je dois vous aider à vous révéler, vous n’êtes encore qu’une chenille dans un costume trop étroit, d’ailleurs vous le sentez bien vous-même, votre vie ne vous convient plus, vous avez d’autres aspirations, d’autres rêves, je suis là pour vous dire, « Allez-y, foncez ! » vous trouverez la force suffisante en vous pour démarrer une nouvelle aventure, et puis vous le savez bien ! toute votre vie tendait vers ce but. Tout le reste n’était qu’une répétition ou un grand tâtonnement. Vous avez marché dans le noir, vous vous êtes cogné aux murs, vos rêves vous ont apportés la lumière comme une évidence, je suis vos rêves.

-                     Ouais, c’est ça ! et la marmotte elle met le chocolat dans l’alu ! c’est quoi ? une caméra cachée ? c’est un tour de Julien ?

Je me suis retourné, elle devait avoir un complice, Julien se foutait de moi, et se planquait certainement quelque part à se gondoler comme un malade. J’ai cherché, j’ai scruté les planques possibles, il n’était pas là.  J’ai appelé, même et je me suis retourné vers elle, elle avait disparue…
Sam Lowry : Héro du film "Brazil" de Terry Gilliam (1985)
Joseph K : Personnage principal du roman "le procès" de Franz Kafka (1925), qui se réveille un matin et qui pour une raison que l'on ne découvre jamais, est arrêté et soumis aux rigueurs de la justice.


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Par jlm - Publié dans : Une vie parisienne - Communauté : les auto-édités
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Jeudi 18 juin 2009

J’ai fini par téléphoner à Julien pour avoir des nouvelles de Claire. Il était près de midi et je le réveillais.  Julien, la voix pâteuse, me certifia encore une fois qu’il tuerait probablement le connard qui lui avait refilé de la merde, et me rassura sur la santé de sa copine. Elle dormait encore ou plutôt, elle dormait enfin après avoir  passé une partie de la nuit sur la cuvette des chiottes à se vider d’un coté comme de l’autre. Il avait passé une partie de la nuit près d’elle à lui éponger le front et à lui faire boire des tisanes tièdes pour lui éviter de ne gerber que de la bile tandis qu’elle lui déversait ses colères, puis il avait fini par la lâcher et la laisser se débrouiller seule. Elle lui en avait voulu, il l’avait envoyée promener et c’en était resté là, je ne pouvais pas compter sur eux avant un bon moment.

Je suis finalement rentré chez moi dans l’idée de bosser un peu. J’avais besoin d’écrire, de jeter sur mon écran les plans de mon avenir incertain. Il fallait que je pose les choses comme on construit un mur, en plaçant les parpaings les uns après les autres, ou comme un casse tête que l’on fait et que l’on défait jusqu’à sa réalisation parfaite. Oui, un casse tête, l’idée me semblait plus juste que le mur de briques. J’avais de sacrés écueils sur ma route. D’abord le montage d’un dossier bétonné et étayé, un business plan qui tienne la route, faire un état des lieux des existants, du marché, de la demande, tout ce micmac se bousculait dans mon esprit et je me demandais si je ne devais pas faire profil bas et continuer de faire ce que je faisais.

Je suis tombé sur Nathalie, ma voisine qui sortait de chez elle pour relever le courrier de la semaine. Ça sentait bon derrière sa porte, elle était en train de cuisiner ou venait de finir, un parfum d’Italie, une odeur de pâtes et de parmesan, d’oignon et de basilic.

-                     Salut Louis !

-                     Salut Nat, ça sent bon chez toi !

-                     C’est un plat de pâtes qui mijote, tu as faim ?

-                     Ça me donne faim en tout cas !

-                     Hé bien rentre, il y en a pour deux.

-                     On pourrait se boire un verre de vin qu’en dis-tu ? je peux aller en chercher une bouteille chez moi.

-                     Bonne idée !

Nathalie vit seule depuis près d’un an, depuis qu’elle s’est installée juste en face de chez moi après une rupture compliquée. Depuis elle se concentre sur son boulot, son chat et son blog culinaire qu’elle alimente de ses expériences dont je suis parfois le cobaye. J’ai de la chance, c’est souvent excellent. Accessoirement elle a aussi expérimenté avec moi le concept de « fuck friend » après une soirée où nous avions arrosé la mort de sa cuisinière électrique. Elle avait un plat sur la plaque, les plombs avaient sautés, paniquée elle avait frappé à ma porte et nous avions terminé la cuisson chez moi en buvant sans doute plus que de raison. Nous avions discutés d’un peu n’importe quoi, elle m’avait confié une partie de ses histoires avec son ex et ses chagrins dans un instant propice au réconfort. Je l’avais prise dans mes bras un peu maladroitement, elle m’avait embrassé et déshabillé sur le vieux canapé du salon. Le lendemain, nous nous sommes réveillés en nous demandant comment nous en étions arrivé là, et passé le choc du réveil, avions convenu avoir passé une nuit sommes toute « intéressante » mais que ni l’un ni l’autre n’étions près à nous lancer dans une nouvelle aventure. Malgré cela, nous passions du temps à inventer des prétextes pour passer du temps chez l’un ou chez l’autre. Pas de sentiment amoureux, juste du sexe. Il n’était pas question que je frappe à sa porte pour lui demander si elle voulait baiser, elle s’en abstenait aussi. Mais voilà, ça venait comme ça, il suffisait de se croiser et de se trouver dans les  mêmes dispositions au même moment.

    Le temps de prendre une bouteille dans ma cuisine, nous nous sommes retrouvés devant sa porte. Elle portait un ensemble en lin coloré certifié bio équitable, une paire de tong en paille tressée et un bandana dans les cheveux. Pour le reste, elle ne semblait rien porter d’autre, la conjoncture semblait favorable, j’en profitais donc pour lui caresser discrètement les fesses. Elle se retourna vers moi en souriant et glissa la clé dans la porte.

Mon appartement donnait à l’Est, le sien vers l’Ouest. J’avais peu d’ensoleillement à cause du bâtiment d’en face, elle profitait du soleil à partir de midi et jusqu’au soir, n’ayant pour tout masque qu’un lointain immeuble dont elle était séparé par un grand jardin. J’appréciais sa déco dépouillée, zen, et son salon comme une vaste banquette circulaire autour d’une vieille table ronde indienne. Sur le mur opposé recevant le soleil trônait un bouddha débonnaire encadré de brûloirs à encens, trip new age ou conviction profonde, je n’en savais rien, la semaine elle prenait une posture plus conventionnelle pour filer vendre des assurances et des téléphones à des clients qui ne désiraient qu’ouvrir un compte ou discuter de leurs découverts. Je lui demandais parfois par jeu si la banque n’était pas devenu le nouveau repaire d’escrocs à la mode ou ce qu’ils avaient fait de nos bons vieux banquiers et des cohortes de conseillers financiers qui semblaient avoir disparus. Je lui demandais où se situait son éthique et sa confiance dans le système, elle me répondait qu’elle ne se nourrissait pas de rêves.

En parlant de rêves je lui fis part du mien, de ce que je ruminais depuis un bon bout de temps.

-                     J’ai le projet d’ouvrir une galerie d’art.

-                     Oh ? ça te prend comme ça ?

-                     Non, ça fait longtemps déjà. Je pense à un lieu où les amateurs pourront échanger avec les artistes, mais des jeunes, pas des vieux connards prétentieux ! Un espace humain comme chez un disquaire, avec des toiles dans des bacs, un espace pour des show cases et une machine à café.

-                     Tu rêves mon pauvre vieux ! les galeries obéissent à des codes, s’organisent en réseaux d’initiés, tu ne connais personne.

-                     Je n’en ai rien à foutre, justement ! je ne travaillerais que pour des jeunes artistes, ceux dont tout le monde se fout.

-                     Des artistes à deux balles ?

-                     Et alors ? qu’importe le prix, ce qui compte c’est la vibration de l’art, celle qui pénètre en toi, celle qui fait que tu n’as pas envie d’avancer mais de rester devant parce que dedans il y a quelque chose qui t’intrigue qui te colle, qui te fait entrevoir l’ombre ou la lumière, l’espoir ou le désespoir. Et si ça ne vaut pas grand-chose, parce que l’artiste n’est pas coté, alors on aura une chance de toucher un vaste public, celui qui croit que l’art n’est que pour les plus fortunés. De même que Warhol disait que chacun pouvait avoir son quart d’heure de célébrité, moi je dis que tout le monde peut avoir accès à l’art.

-                     T’es fou.

-                     Tant pis, ou tant mieux, le monde manque de fous dans mon genre.

-                     Et puis quoi ? Tes client ce seront toujours les mêmes, si tu créés un buzz ils viendront vampiriser tes œuvres et au final tu ne seras qu’une galerie de plus, noyée parmi les autres, un simple marchand de peintures

-                     Tu veux me saper le moral ?

-                     Non, je teste ta résistance à la critique, tiens, débouche ta bouteille.

-                     Franchement, dis-moi, tu crois que c’est irréalisable ?

-                     Je n’en sais rien, je n’y pas grand-chose dans ce secteur. Mais objectivement, Paris est une ville très ouverte et compte beaucoup sur ce marché, non ? Et puis je suppose que la matière ici ne manque pas…Mais le nerf de la guerre !

-                     Tu n’aurais pas cent mille euros à me prêter ?

-                     Tu as déjà fait tes comptes ?

-                     Non pas encore, il faut que je voie ça. J’ai encore tout à faire. Mais je comptais un peu sur toi pour me guider.

-                     Si tu n’as pas un centime d’avance ça va être difficile !

-                     Ouais, je n’ai rien, mes poches sont vides.

-                     Tu sais quoi ? on va manger, après on va prendre un peu de bon temps !

Nat est une démineuse de conflit, spécialiste du désamorçage par le sourire et le yoga en tandem. Elle est désarmante, rassurante, captivante. Nous avons donc mangé en silence, assis sur le tapis profond et avons passé une partie de l’après-midi  dans sa chambre à coucher, illuminés par le soleil. Sans réel vis-à-vis, Nat laissait toujours la fenêtre ouverte quand il faisait beau, même pour faire l’amour. Elle détestait les corps à corps dans le noir, l’amour étant une histoire de sens, elle n’y prenait vraiment plaisir que lorsque tous ses capteurs participaient à la fête.

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A propos de moi...

  • sentiers-battus
  • : Que dire ? que j'écris, que ça vient tout seul, que je ne sais pas encore quand cela s'arretera. J'ai déjà créé une belle gallerie de personnages et j'aime les faire vivre un court instant pour saisir une tranche de vie. et vous ça va ?

Présentation

Pour résumer...

 

  "Les Anges" est une gallerie de personnages de la Bay Area, des gens ordinaires pris en flagrant délit de rien, dans leurs vies de tous les jours, comme un recueil d'instantanés. "Les Anges" parle de vous, de moi, de tout le monde. Des vies ordinaires, insignifiantes, mais baignées par le vent, le fog et le soleil californien et l'esprit de ceux qui m'ont influencés. Kerouac, Djian, et le vieux dégueulasse. Il se trouve maintenant (et pour moins cher) chez "thebookedition"

  Isa (Too Drunk To Fuck) c'est la rencontre de Dave, Isa et Theo, mais c'est aussi Phoebe et Ed, une bande de trentenaires en décalage avec la morale et les conventions entre le Castro et Valencia, North Beach et Oakland. Ensemble ils vont affronter quelques épreuves, les conneries d'Isa, l'homophobie et les principes religieux. Il y aura bien de l'alcool, de la drogue et du sexe, il y en aura pour tout le monde, homos ou hétéros, mais c'est surtout une chronique de la tolérance au quotidien autour de la baie de San Francisco.

 


Ned's Rock est une histoire sur le deuil et la résilience,  une rencontre entre deux personnes écorchées par la vie, dans le nord de l'Amérique et la région de Seattle. C'est aussi un retour sur le passé pour une femme et un homme qui n'ont pas grand chose d'autre en commun que leurs regards sur de vieilles blessures et la manière d'y faire face.

OD comme Over-Dose, comme ode, comme Over-Drive, comme Oscar Douglas, comme Occupation Double, comme Opération Délicate, comme Origine Diverse, comme Objet Direct, surchauffe, des bouts de rien, des morceaux de pas grand chôse, rien de très joli en tout cas, ni rien de sérieux...

 
http://www.wikio.fr

Art Generation

 


Un peu de pub gratuite pour une enseigne que j'adore (cliquez sur la vignette pour le lien direct)


Art Génération est né de l'envie de rendre l'art accessible à tous, de partager des émotions et de faire découvrir la diversité de la création contemporaine. C'est aussi le désir de défendre des artistes dont le talent mérite d'être reconnu. Et surtout de réconcilier l'art, parfois trop élitiste, avec le grand public.

La galerie Art Génération sélectionne des artistes et propose leurs oeuvres à un prix d'entrée accessible. Le prix des oeuvres d'art a toujours été lié au succès de l'artiste. La côte de l'artiste évolue donc en fonction de la demande. C'est une façon de récompenser le talent de l'artiste et l' œil averti du collectionneur.

Avec sa salle des ventes Art génération propose d'agir en véritable connaisseur. Vous pourrez céder ou rechercher une oeuvre pour faire évoluer votre collection. Avec le temps les goûts évoluent et l'oeil s'affine.

Art Génération est un lieu de rencontre et de convivialité où tous les amateurs d'art contemporain peuvent échanger leurs idées, leurs impressions et partager leurs émotions en toute simplicité. vous pouvez aller à leur rencontre à Paris et à Lyon.

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Musak...

La vie trépidante d’Eve, fan des Cramps, des Adicts et de tout le punk old school en général. La musique et le cul, le tir de scud, et les problèmes de ménage entre deux binouzes.  C’est très drôle. Si vous n’aimez que le mainstream, passez votre chemin..

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